| Nouvel Observateur N° 1967 (18/7/2002) | |
|
Le mauvais usage du savoir L’archéologie contre Israël?Les sujets discutés dans «la Bible dévoilée» touchent à l’actualité brûlante. Le conflit qui oppose les Palestiniens aux Israéliens a donné naissance à un débat où l’occupation des territoires conquis en juin1967 n’est pas seule en cause. C’est la légitimité même de l’Etat d’Israël qu’on tente d’attaquer en s’appuyant – à leur corps défendant – sur les travaux de ceux qu’on pourrait appeler les «nouveaux archéologues», qui feraient suite à ceux des «nouveaux historiens». Le récit biblique, dit-on, est remis en question, de l’histoire des patriarches à la construction du Temple par le roi Salomon. Donc la thèse sioniste selon laquelle les juifs ont fondé leur Etat sur la terre de leurs ancêtres ne tient plus. Les archéologues n’ont trouvé de trace ni des ruines du Temple détruit, ni des splendeurs du royaume de Salomon, ni de bien d’autres choses. Or, contrairement à ce que l’on pourrait croire, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman ne réduisent en rien l’histoire ancienne du peuple juif à une simple légende. Les royaumes de David et Salomon, par exemple, ont bel et bien existé, bien que leur puissance et leur importance aient été beaucoup plus modestes que celles décrites dans la Bible. De nombreuses références extra-bibliques l’attestent. Et quand bien même le récit biblique n’aurait aucune base réelle, ne serait qu’une pure fabrication de l’esprit, cela ne changerait rien à l’attachement du peuple juif à ce petit bout de terre appelé en hébreu Eretz-Israël (le pays d’Israël) et en arabe Falastine. Même en partie mythique, l’histoire contée par la Bible est devenue, au cours des siècles, une référence unificatrice pour le peuple juif. Peu importe, au fond, que ses ancêtres soient réels ou imaginaires. La force, le rayonnement d’un mythe national n’ont pas besoin de «preuves» pour nourrir la dynamique de la renaissance nationale d’un peuple. D’autant que la légitimité d’Israël est principalement juridique. En votant pour le partage de la Palestine sous mandat britannique en deux Etats, un juif et un arabe, le 29novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU a reconnu l’attachement du peuple juif à la terre de ses ancêtres, exprimé par la reconstruction sioniste d’une vie nationale juive en Eretz-Israël. La légitimité internationale de l’Etat d’Israël, comme celle du futur Etat palestinien, découle de cette résolution de l’ONU. Utiliser les travaux de l’archéologie moderne pour «prouver» l’absence des liens historiques des juifs avec le pays où vécurent les anciens Hébreux, leurs ancêtres, en vue de justifier des revendications palestiniennes sur l’ensemble du territoire contesté est un exercice à la fois futile et dangereux. Futile, parce que ce type d’arguments ne convainc que les convaincus. Dangereux, parce que ces thèses pseudo-scientifiques ne servent, in fine, qu’à resserrer les rangs des Israéliens autour de Sharon. Le Premier ministre israélien répète sans cesse qu’il ne défend pas seulement les implantations juives en Cisjordanie et Gaza, mais qu’il se bat pour «la maison d’Israël», contre l’ennemi palestinien, qui dénie à l’Etat juif le droit de vie et cherche à le détruire. La polémique le sert. | |