Nouvel Observateur   N° 1967   (18/7/2002)
 

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La réponse d’un rabbin libéral

« Déductions hasardeuses »


On connaît l’anecdote de l’archéologue qui affirme doctement qu’on a trouvé des preuves de ce que la télégraphie sans fil existait déjà à l’époque romaine. Lesquelles, lui demande-t-on avidement? Eh bien, on a fait des fouilles et on n’a pas trouvé de fils! ... 
Je ne voudrais pas ridiculiser les découvertes de la «nouvelle archéologie» représentée par Israël Finkelstein, directeur de l’Institut d’Archéologie de Tel-Aviv, mais seulement remarquer que les déductions qu’il fait de ses travaux sont pour le moins inconsistantes. Soucieux de ne pas utiliser la Bible comme guide des recherches archéologiques, mais les recherches comme confirmation ou infirmation de la Bible, il en vient à infléchir le récit biblique pour étayer ses thèses. 
Ainsi, dans l’interview accordée à Victor Cygielman, il prétend se livrer à une psychanalyse sauvage des états d’âme du roi de Juda, Josias (640-609 av. J-C.). Selon lui, le manuscrit découvert lors de la réfection du Temple serait un document traitant de l’époque des rois David (1010-970 av. J.-C.) et Salomon (970-931 av. J.-C.). Or nous lisons: «Le grand prêtre Hilkiyahou dit au secrétaire Shafane : j’ai trouvé le livre de la Loi (séfer hatora) dans le Temple de l’Éternel.» Tous les commentateurs juifs et chrétiens s’accordent à dire qu’il s’agissait probablement d’une copie du Deutéronome, cinquième livre de la loi de Moïse. D’où M. Finkelstein tire-t-il que ce rouleau servira à justifier des prétendues conquêtes de Josias dont aucun texte biblique ne parle par ailleurs? 
Quelques remarques s’imposent : L’historicité du récit biblique est loin de représenter l’intérêt majeur de ce livre aux yeux des croyants. L’absence de preuves ne prouve rien : que les personnages d’Abraham, de Moïse ou de Jésus n’aient laissé aucune trace archéologique n’ôte rien à la valeur des spiritualités et religions bâties sur le récit de leurs vies. Les découvertes des «nouveaux archéologues» semblent arriver à point nommé pour rabattre les prétentions territoriales de certains nationalistes religieux. Tant mieux ! Mais on ne les a pas attendues pour entendre la voix d’Itzhak Rabin mettre en garde ces nationalistes contre l’utilisation de la Bible comme un cadastre !  

L’objectif «deux peuples, deux Etats» pourra être atteint, nous l’espérons, autrement qu’en revisitant l’histoire biblique par des allégations hasardeuses. 

D. F. (*) Rabbin du Mouvement juif libéral de France.

Daniel Fahri*