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 12 Février 1429,

La Journée des Harengs.

détail d'une miniature du XVe s.


Depuis le début du siège d'Orléans, peu de combats significatifs avaient été livrés. Le 8 février 1429, arrivent d’importants renforts français conduits par Guillaume d’Albret, avec un fort contingent de 1000 Écossais commandés par les frères Jean et Guillaume Stuart. Le lendemain, arrive un autre maréchal de France, Gilbert Motier de La Fayette, avec 300 hommes. Près de la ville se tient un corps de réserve commandé par Charles de Bourbon, comte de Clermont.

Armoiries de Charles de Bourbon, comte de Clermont

 Armes. — De France, brisé d'une bande de gueules dentelée en chef. A la mort de son père, il prend les armes pleines de Bourbon, savoir : de France, brisé d'une bande de gueules.

Cimier. — La double fleur de lis de France, ou bien le cimier du duc de Bourbon qui est un bouquet de plumes de paon d'or miraillées d'azur sortant d'un cuveau d'argent et d'une couronne d'or.

Charles VII avait confié à celui-ci la mission d’intercepter les convois anglais qui devaient ravitailler les assiégeants d’Orléans. Cousin du roi, ce prince descend du sixième fils de Saint Louis, Robert de Clermont (1256-1317), qui avait épousé en 1267 l’héritière du Bourbonnais, Béatrice de Bourgogne († 1310), dame de Bourbon et de Charolais et dont le fils Louis († 1341) fut le premier duc de Bourbon. Charles Ier de Bourbon, comte de Clermont et de Forez, né en 1401, est le fils aîné de Jean Ier, duc de Bourbon (1380-1434), et de Marie de Berry († 1434) ; le duc de Bourbon avait été fait prisonnier à la bataille d’Azincourt et sera retenu captif en Angleterre jusqu’à sa mort. Charles était donc le chef de la famille de Bourbon. Il se maria en 1425 à Agnès (1407-1476), sœur de Philippe le Bon, duc de Bourgogne.

Le 9 février 1429, on apprend l’approche d’un convoi de ravitaillement anglais envoyé de Paris vers Orléans, sous la protection de John Falstolf. Le comte de Clermont est prévenu par Jacques de Chabannes et Regnault de Fontaines, qui avaient réussi à traverser les lignes anglaises. Il est décidé que l’ensemble des troupes françaises se rejoignent pour intercepter le convoi dans la plaine de Beauce. Imbu de son commandement et de son titre princier, Charles de Bourbon demande aux capitaines français sortis d’Orléans de ne pas passer à l’action sans lui.

Mais le bâtard d’Orléans, Xaintrailles et La Hire, et surtout Jean Stuart, impatients d’en découdre, ne l’attendent pas et se ruent sur les Godons. La scène est digne des meilleurs « westerns ». Falstolf, au sud-est de Rouvray, sur la route de Janville, a fait former un cercle défensif avec ses quelques trois cents chariots. Derrière ces fortifications improvisées, les archers anglais attendent l’ennemi. Encore une fois, l’attaque impétueuse de la chevalerie franco-écossaise lui coûtera cher. D’autant que les Ecossais de Stuart chargent à pied, contrairement aux ordres donnés par Clermont qui avait demandé que les troupes restent montées et qui souhaitait faire donner préalablement son artillerie composée de veuglaires et de couleuvrines.

Charles de Bourbon, mortifié, fait retraite, endossant ainsi la responsabilité de l’échec lamentable de cette bataille. Les forces potentielles françaises étaient pourtant de 5 à 6 000 hommes, dont les 3 000 de Clermont qui n’avaient pas donné, contre seulement 1 500 Anglais environ. En cette période de carême, le convoi de vivres comprenait essentiellement des poissons qui, à l’issue de cette funeste journée, jonchaient le champ de bataille. Ce 12 février 1429 resta dans l’histoire sous le nom de « journée des harengs » (*Battle of the Herrings*).

L’armée française laisse sur le terrain les corps de deux cent cinquante combattants. Une centaine de capitaines et environ cent cinquante gens d’armes avaient perdu la vie inutilement. Parmi ces victimes, seuls sont restés à la postérité les noms suivants : Guillaume d’Albret, second fils du connétable tué à Azincourt, seigneur d’Orval et de Saint-Amand-Montrond ; John Stewart of Darnley, comte d’Evreux, seigneur de Concressault et d’Aubigny-sur-Nère, connétable de l’armée écossaise ; son demi-frère William Stewart of Castlemilk ; Jean de Lesgo, gentilhomme gascon, capitaine de Sully-sur-Loire ; Oudet de Verduzan, un autre Gascon ; Jean de Naillac, vicomte de Bridiers et seigneur du Blanc, grand panetier de France, qui était à la fois le beau-frère de Raoul de Gaucourt (dont il avait épousé la sœur Isabelle, dame de Berghes) et du maréchal de Boussac (marié à Jeanne de Naillac, dame de la Motte-Jolivet) ; Louis de Rochechouart, seigneur de Montpipeau ; et Thibault Chabot, seigneur de La Grève, Moncontour et Montsoreau. Jean Bâtard d’Orléans avait eu la chance d’être blessé à la jambe dès le début de l’engagement et d’avoir été évacué du champ de bataille, échappant au pire.


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