Armoiries de Baudricourt, Jean d'Alençon, Jean de Brosse, Jacques de Chabannes, Jean de Bueil

Récits et Témoignages


Lettre de trois angevins à la reine le jour du sacre, le 17 juillet 1429. 

Lettre de Guy de Laval à sa mère et à sa grand-mère, le 8 juin 1429.


Armoiries de Pierre de Beauveau

Description héraldique

Armes . - D’argent cantonné de quatre lions de gueules armés, lampassés et couronnés d’or.

Cimier. – Une hure de sanglier de sable, avec tortil d’argent et de gueules et des lambrequins d’argent doublés de gueules.  

Lettre de trois gentilshommes angevins adressée le jour du sacre à la reine de France (Marie d’Anjou) et à la reine sa mère (Yolande d’Aragon) :

« Nos souveraines et très redoutées dames, vous plaise savoir que hier le roi arriva en cette ville de Reims, en laquelle il a trouvé toute et pleine obéissance. Aujourd’hui, il a été sacré et couronné ; et a été moult belle chose à voir en ce beau mystère, car il a été aussi solennel et accoutré de toutes les besognes y appartenant, aussi bien et si convenablement pour faire la chose, tant en habits royaux et autres choses à cela nécessaires, comme s’il eut mandé un an auparavant ; et y a eu autant de gens que c’est là chose infinie à écrire, et aussi la grande joie que chacun en avait.

« Messeigneurs le duc d’Alençon, le comte de Clermont, le comte de Vendôme, les seigneurs de Laval et de La Trémoïlle y ont été en habits royaux, et monseigneur d’Alençon a fait le roi chevalier, et les dessus dits représentaient les pairs de France ; monseigneur d’Albret a tenu l’épée durant ledit mystère devant le roi ; et pour les pairs de l’Église y étaient avec leurs crosses et mitres messeigneurs de Reims et de Châlons, qui sont pairs ; et en lieu des autres, les évêques de Sée et d’Orléans et deux autres prélats, et mon dit seigneur de Reims y a fait ledit mystère et sacre qui lui appartient.

« Pour aller quérir la sainte ampoule en l’abbaye de Saint Rémy et pour l’apporter en l’église de Notre-Dame, où a été fait le sacre, furent ordonnés le maréchal de Boussac, les seigneurs de Rais, Graville et l’amiral (Culan), avec leurs quatre bannières que chacun portait en sa main, armés de toutes pièces et à cheval, bien accompagnés pour conduire l’abbé dudit lieu, qui apportait ladite ampoule ; et entrèrent à cheval dans ladite grande église et descendirent à l’entrée du chœur, et en cet état l’ont rendue après le service en ladite abbaye ; lequel service a duré depuis neuf heures jusqu’à deux heures. Et à l’heure où le roi fut sacré, et aussi quand on lui assit la couronne sur la tête, tout homme cria : Noël ! et trompettes sonnèrent en telle manière qu’il semblait que les voûtes de l’église se dussent fendre.

« Et durant ledit mystère, la Pucelle s’est toujours tenue joignant le roi, tenant son étendard en la main. Et était moult belle chose de voir les belles manières que tenait le roi et aussi la Pucelle. Et Dieu sache si vous y avez été souhaitées.

« Demain s’en doit partir le roi tenant son chemin vers Paris. La Pucelle ne fait doute qu’elle ne mette Paris en obéissance.

« Nos souveraines et redoutées dames, nous prions le benoît Saint-Esprit qu’il vous donne bonne et longue vie.

« Écrit à Reims, ce dimanche XVIIe de juillet.

« Vos très humbles et obéissants serviteurs : Beauveau, Moréal, Lussé. »


Armoiries de Guy de Laval

Description héraldique

Armes. — D’or à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d’argent et cantonnée de seize alérions d’azur.

Cimier. — Un chapeau d’hermine rebrassé de gueules, surmonté d’une tête de lion de gueules lampassé d’or dans un vol d’hermine. Lambrequins d’hermine doublés de gueules.

Nota. — La famille de Laval porte les armes des Montmorency brisées par les coquilles, telles qu'elles avaient été adoptées par Guy VI dit de Laval († v.1265), fils de Mathieu II de Montmorency, marié à Emma, fille de Guy V de Laval qui fut le dernier mâle de la branche directe des Laval.
Lecimier rappelle, par le lion et l'hermine, le lien de parenté avec le duc de Bretagne. Le cimier des Laval-Montmorency est généralement une tête de braque d'or.


Lettre (extrait) écrite par Guy de Laval à sa mère et à sa grand-mère (Louise de Laval, veuve de Du Guesclin), le 8 juin 1429, depuis Selles-en-Berry (Selles-sur-Cher) où Jean d'Alençon réunit l'armée royale en vue d'une campagne sur la Loire :

« [...] A notre arrivée à Selles (lundi 6 juin 1429), j’allai voir la Pucelle à son logis. Elle fit venir du vin : " Je vous en ferai bientôt boire à Paris ", me dit-elle. Son fait, ses actions, la voir, l’entendre, sont choses toutes divines.

« Cette merveilleuse jeune fille a quitté Selles ce lundi, à l’heure de Vêpres, pour aller à Romorantin, avançant de trois lieues ses avant-postes ; elle était accompagnée du maréchal de Boussac (Jean de Brosse), d’un grand nombre d’hommes d’armes et de personnes de la commune. Elle était armée tout en blanc (harnoys blanc : armure d'acier poli), sauf la tête, elle avait en main une petite hache. Je la vis monter à cheval sur un grand cheval noir. [...] Un gracieux page portait son étendard déployé, elle-même tenait en main sa petite hache. Un de ses frères, arrivé depuis huit jours, partit avec elle ; il était également armé tout en blanc.

« Aujourd’hui lundi, Mgr d’Alençon est arrivé à Selles avec une grande troupe. J’ai joué à la paume avec lui et j’ai gagné la partie.

« Le comte de Vendôme (Louis de Bourbon), mon beau-frère, n’est pas encore ici. J’ai rencontré l’un des gentilshommes de mon autre beau-frère, Guy de Chauvigny, qui avait appris mon passage à Sainte-Catherine-de-Fierbois. Ce gentilhomme m’a dit que mon beau-frère avait déjà lancé sa convocation à tous les nobles de sa seigneurie qui espéraient nous rejoindre bientôt : ma sœur fait toujours avec lui un excellent ménage et en ce moment se porte mieux que jamais.

« On dit ici que Mgr le connétable (Richemont) vient avec 600 hommes d’armes et 400 hommes de trait, que Jean de La Roche vient aussi et que le roi n’a pas eu depuis longtemps autant de troupes que maintenant. Jamais on n’alla plus volontiers en guerre qu’en cette occasion. Mon cousin de Rais doit arriver ici aujourd’hui et augmenter ma compagnie. Quoi qu’il en soit, ce que nous avons amené est déjà bien présentable ; le seigneur d’Argenton (Guy de Chauvigny, voir plus haut) est un des principaux officiers que j’y ai mis. [...]

« Aujourd’hui (8 juin), Mgr d’Alençon, le Bâtard d’Orléans et Gaucourt doivent quitter Selles et suivre la Pucelle. [...]

« Ce soir (8 juin), sont arrivés ici Mgr de Vendôme, Mgr de Boussac et d’autres. La Hire s’est approché de l’armée. On va donc agir bientôt. »