Des
origines à 1598
Favorisées par le climat de liberté intellectuelle
de la Renaissance, les idées de Luther et de Zwingli pénètrent en France ;
le Noyonnais Jean Calvin (1509-1564) les approfondit et en propose un
exposé systématique dans « l’Institution de la Religion Chrétienne »
(1536). Exilé à Genève, il accompagne le développement des Églises
réformées qui rassemblent à leur apogée 15 à 20 % des Français. Les
Guerres de Religion (1562-1598) opposent les catholiques et les
protestants dans des affrontements sanglants (massacres de la
Saint-Barthélémy en 1572). Malgré la victoire du chef protestant Henri de
Navarre – le futur Henri IV – le courant réformé est amoindri et restera
très minoritaire.
De
1598 à 1685
L’Édit de Nantes promulgué par Henri IV (converti au
catholicisme) est un compromis garantissant à la minorité protestante des
droits politiques et militaires, tout en la privant de toute possibilité
d’expansion religieuse. Les rois Louis XIII et surtout Louis XIV
entameront les libertés protestantes, avant de déclencher de féroces
persécutions («les dragonnades») : les protestants abjurent en masse et
Louis XIV en tire prétexte pour révoquer l’Édit de Nantes
(1685).
De
1685 à 1787
C’est la période la plus sombre du protestantisme
français : le culte est interdit, les temples rasés, les pasteurs
emprisonnés ou exécutés. 200 000 protestants choisissent l’exil dans les
pays voisins (Europe du Refuge) ; dans les Cévennes, la révolte des
Camisards est une aventure héroïque sans lendemain. Entre soumission
apparente et clandestinité (« culte au Désert» ), une poignée de fidèles
maintiennent la flamme du protestantisme. Progressivement, l’influence des
idées des Lumières atténue les persécutions : « toléré »
administrativement en 1787, le protestantisme français ne retrouve sa
liberté qu’en 1789.
De
1787 à 1905
« Les Articles Organiques » de 1802 réorganisent les
Églises réformées et luthériennes (surtout en Alsace et au Pays de
Montbéliard). Bien réinsérés dans la société française, les notables
protestants participent activement à son développement économique et
social ; plus à la base, un mouvement de Réveil spirituel ranime et
reévangélise mais les divisions entre « orthodoxes » (restés strictement
fidèles aux Réformateurs) et « libéraux » (plus modernistes) séparent les
Églises.
De
1905 à nos jours
Acquis de longue date aux principes de la laïcité,
le protestantisme accepte la Séparation des Églises et de l’État (1905) et
s’organise au sein de la Fédération Protestante de France. Les familles
réformées s’unissent presque toutes en 1938 autour d’une Déclaration de
Foi commune, constitutive de l’Église Réformée de France.
Depuis 1945,
le protestantisme français suit les mutations de la société ; conscient de
sa précarité, il reste néanmoins vivace et capable de faire entendre la
voix de sa différence .