|
Ils sont tous là à Paris : Rabelais, Berquin,
Budé, Loyola, Beda, Du Bellay, Calvin, Augereau.... Mais leur rencontre possible ou
probable relève de la fiction, du scénario. Ici c'est de haute politique qu'il est
question. A cet égard, l'année 1528 ne semble pas plus
exceptionnelle que les autres. Pourtant en y regardant mieux, on
s'aperçoit qu'elle est un tournant dans l'attitude du Pouvoir à
l'égard des Humanistes et de la Réforme.
|
|
LES FORCES EN PRÉSENCE |
|
Tout d'abord il y a le Roi, dont l'action se manifeste dans deux
directions : rétablissement (ou établissement) de son autorité, qui
annonce le pouvoir despotique qui culminera sous Louis XIV, et, corollaire
de ce pouvoir, le développement des arts et lettres,
protégés et voulus par le roi comme une manifestation concrète de
celui-ci. Avec son désir de marquer son temps François 1er va
jusqu'à prêter une oreille bienveillante aux idées nouvelles, en
particulier celles des Humanistes . De l'autre côté on a les
corps constitués : Parlement, Université, Eglise, en pleine
effervescence dans un moment de double défensive : position de
défense contre le Roi qui cherche à s' imposer au delà de la
division traditionnelle des pouvoirs, et position d'attaque contre
les idées nouvelles des Humanistes et des réformés, qui remettent en
cause directement ou indirectement les bases dogmatiques de la foi
et mutatis mutandis de la société traditionnelle et de ses
hiérarchies. Enfin, mouvance sans parti, il y a le clan des
Humanistes et celui de la Réforme , tout d'abord indissociables,
puis de plus en plus différenciés, parfois inconciliables. Des hommes
tels que BUDÉ, LEFÈVRE D'ETAPLE, ÉRASME tentent d'exprimer leurs souhaits de
changement depuis plus d'une dizaine d'années. D'autres comme LUTHER en Allemagne, sont en train de l'imposer
par l' audacieux coup de force doctrinal de 1517, appuyés par des
intérêts politiques locaux.
|
|
LA GUERRE "SAINTE" DE FRANÇOIS 1er |
|
Le 22 JANVIER 1528, FRANÇOIS 1er déclare à
nouveau la guerre contre Charles QUINT. Il fait arrêter deux de ses
ambassadeurs, et envoie deux hérauts à Madrid afin de défier
l'Empereur en combat singulier. Le métier d'ambassadeur n'est pas de
tout repos : Les deux hérauts sont eux aussi jetés aux fers. Cette
déclaration de guerre va totalement à l'encontre du traité de Madrid
et du serment d'allégeance que François 1er a prononcé envers
Charles Quint. En vertu de ce serment le Roi avait été relâché
contre rançon par son ennemi personnel. François 1er justifie ce
manquement à sa parole par l'argument selon lequel ''Tout homme de
guerre sceust assez que prisonnier gardé n’est tenu à nulle foy ny
ne se peult obliger à rien...”. Sa décision, un peu dérisoire et
ridicule dans la forme en dit long sur les obsessions chevaleresques
du roi, mais elle met en route l'appareil militaire français,
mettant en danger de rétorsions ses propres enfants qui sont restés
prisonniers de l'Empereur en échange de sa personne. Le fait que le
FRANÇOIS 1er n' hésite pas une seconde à sacrifier
ses fils montre le degré de passion haineuse qu'il voue à celui qui
a réussi à lui faire perdre la face. Le corollaire de cette
déclaration de guerre, c'est que le roi a besoin d'alliés pour
repartir au combat contre l'Espagnol. Or cette aide, il peut la
trouver auprès du Pape, dont la ville et les possessions viennent
d'être pillées par les Lansquenets allemands au service de Charles
Quint. La guerre de François 1er prend du même coup une coloration
de guerre sainte, et lave le parjure du Roi sous les apparences
d'une nécessité chrétienne. Mais pour cela, un accord doctrinal avec
la Papauté est plus que jamais souhaitable. Et cette situation va
avoir des conséquences négatives sur le soutien du roi aux partisans
de la Réforme. De surcroît, Le Roi envoie Jean Du BELLAY en Angleterre afin d'obtenir
l'appui d'Henri VIII contre l'Espagnol. Cette absence d'un membre
influent du courant humaniste va manquer à la cour au moment de
prendre des décisions délicates.
|
|
LA GUERRE "SAINTE" DE L'EGLISE DE FRANCE |
|
Les Conciles Provinciaux de Paris, de Lyon,
de Bourges demandent l'extirpation de l'hérésie. Mais ils appellent
aussi à une réforme de l'Eglise. C'est Antoine DUPRAT, Chancelier du Roi et archevêque de
Sens, qui préside ce concile provincial qui va durer du 3 Février au
9 Octobre. Le Concile dénonce les erreurs de LUTHER, ZWINGLI, et des
autres réformés en vertu des différences de doctrine qui sont "çà et
là professées". Il réaffirme la prééminence du Pape et de l'Eglise
de Rome, qui est de droit divin le centre et la tête de l'Eglise
Universelle. Conséquences ou non de l'action de DUPRAT, il est à
noter que ces conclusions vont clairement dans le sens des intérêts
et des alliances stratégiques du Roi. Mais ce Concile n'a pas pu
cacher l'influence profonde des idées réformatrices sur le haut
clergé. Il préconise même des changements importants dans les
mentalités et les pratiques, qui font trembler les tenants de
l'immobilisme tel que Noël BEDA . Quarante décrets condamnent les abus
les plus visibles . Ainsi, les curés sont tenus à résidence et
doivent expliquer tous les dimanches, en langue vulgaire les dix
commandements de Dieu... les prêtres vivant dans l'incontinence
seront punis....ceux qui chasseront ou s'occuperont d'affaires
séculières seront aussi punis.... Ces descriptions en disent long
sur l'état de l'Eglise de cette époque. Enfin, le
Concile en appelle au Roi pour qu'il fasse preuve de son attachement
à la tradition catholique. Cet appel est assez éloquent sur la
crainte de la hiérarchie catholique de France quant aux penchants du
Roi pour la cause de la Réforme. Pour les traditionalistes, il
serait urgent de ramener le Roi à la raison...
|
|