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LE LIVRE ET L'EGLISE
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AU NOM DE LA ROSE

Pendant dix siècles, les oeuvres écrites anciennes sont préservées avec plus ou moins de respect par des moines. S'efforçant de sauvegarder les ouvrages des pillages, des incendies et de l'usure du temps, ils stockent, rénovent, recopient les manuscrits des Anciens, Grecs et Latins. Ils en créent de nouveaux aussi. Le livre est une denrée rare et d'un prix si astronomique que seuls les souverains ou des nobles peuvent s' en offrir. A force d'être copiées et recopiées, les oeuvres des auteurs Grecs ou Latins ont été édulcorées, voire censurées. Les discours théologiques se fondant sur le texte écrit auquel il est constamment fait référence, il y a peu de chance de se voir contredit. Il existe en effet une sorte d'autorité naturelle de la chose publiée (c'est écrit, donc c'est vrai) qui tient sans doute à la rareté des ouvrages. La CITATION a presque valeur de preuve et de démonstration. Comme personne ou presque ne possède de livre, les débats restent limités aux clercs qui ont accès aux bibliothèques. Dans cette société totalement dominée par le religieux, le média de référence est entièrement entre les mains des hommes de la foi.

LA RÉVOLUTION DE L'IMPRIMERIE


imprimerie au 16èmeL'imprimerie modifie radicalement cette situation acquise au fil du temps. Par une diffusion de masse des ouvrages religieux de référence (La Bible, les Pères de l'Eglise) mais aussi la diffusion d'autres pensées, telles que celles des philosophes grecs, le monopole du savoir des théologiens est battu en brèche. Le débat peut descendre dans la rue. Et chacun peut se faire une idée sur la validité de telle ou telle opinion en se procurant les ouvrages incriminés ou cités. Dès l'apparition de l'imprimerie, et surtout dès que des ouvrages contraires à leurs idéaux paraîtront, les théologiens de la Sorbonne n'auront de cesse de guerroyer contre cette évolution technologique.
D'abord en essayant d'interdire le Grec, son étude, ses ouvrages et leur possession (1523) . Ensuite, en condamnant, exilant ou faisant brûler les imprimeurs coupables d'avoir imprimé des œuvres interdites ( Estienne, Augereau ) Enfin, en arrachant au roi François 1er un édit qui INTERDIT purement et simplement l'imprimerie.
Bien entendu, il n'est pas si facile d'arrêter le progrès et l'Eglise elle même allait utiliser l'imprimerie dans le cadre de la Contre- Réforme. Mais les théologiens, à la tête desquels se trouve Noël Beda , obtiennent finalement que le Parlement de Paris fasse office de censeurs des œuvres. La Commission de censure est née.
Cette commission de censure de l'expression écrite à laquelle l'Eglise participa va perdurer quelques siècles et il faudra attendre le vingtième pour en voir l'abolition. Entre-temps le Pouvoir de la Parole était transféré successivement aux Politiques, qui utilisèrent cette censure à leur profit, puis à la sphère de l'Économique, alors que s'atténuait consécutivement l'influence et le pouvoir de l'Eglise.