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DU COMBAT ENTRE L'OMBRE ET LA LUMIÈRE |
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Le Moyen Age s'achève lentement, et
surgissent ici et là des hommes dont les regards et les désirs se
veulent tournés vers un avenir qu'ils pressentent comme nouveau et
positif. L'apparent paradoxe, c'est que ce sont des humanistes, c'est à dire des savants oeuvrant à la
redécouverte de la littérature et des philosophies gréco-latines qui
réclament des changements dans tous les domaines. RABELAIS, jeune moine érudit écrit à
BUDÉ, le plus grand savant de France, qu'il est
grand temps de se tourner vers la lumière du soleil (de
l'intelligence et du savoir). Et il ne comprend pas que certains se
complaisent encore dans les brouillards d'une époque révolue. Bien
des hommes refusent pourtant les évolutions qui s'opèrent malgré
eux. D'où le conflit, que le grand historien MICHELET comparait au
combat entre l'ombre et la Lumière, qui est en quelque sorte l'enjeu
du siècle. C'est un conflit mortel pour celui qui y
prend part sans certaines précautions. On ne plaisante pas à cette
époque avec les idées et ceux qui seront jetés sur des bûchers pour
une phrase ayant déplu à tel ou tel censeur seront nombreux. Il n'y
a que deux possibilités : s'allier au pouvoir politique ou prendre
le pouvoir religieux. Le moine RABELAIS devient le protégé des Du BELLAY, et le moine
LUTHER celui de FREDERICK LE SAGE à la Wartburg.
Le premier frôle à plusieurs reprises l'emprisonnement, voire pire,
et le second crée sa propre Eglise. Car c'est sur le terrain religieux que les choses vont se jouer. Et
en France il faudra attendre deux cent cinquante ans pour voir ce
combat entre l'"ombre et la lumière" se situer sur le terrain
exclusif de l'homme et de sa place dans la cité sans référence à
Dieu. |
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LES TRADITIONALISTES |
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La force qui s'oppose le plus aux évolutions
et aux nouveautés reste l'Eglise. Tout du moins une partie
agissante, nantie et dotée du pouvoir de juger. Contrairement à ce
qu'on pourrait penser ce ne sont pas que des membres du haut clergé
qui freinent les changements. Il est des évêques qui sont conscients
des réformes nécessaires à l'insertion de la foi dans un monde qui
bouge, qui ne se satisfait plus d'une croyance béate, et dont le
discours est en complet décalage avec les pratiques scandaleuses de
certains. Mais ce sont les théologiens, coupés des réalités du
monde, et parmi ceux-ci les français de la Sorbonne, qui occupent une place centrale dans
l'opposition à toute pensée nouvelle. Ils ont sur les questions
religieuses une approche scolastique héritée du Moyen Age. Un ami
d'ÉRASME écrivait en 1517 " j'ai assisté récemment à
une dispute en Sorbonne.....on n'en voulait pas peu à Adam, notre
premier père, de n'avoir pas mangé des poires au lieu de pommes, et
tous ces hommes graves contenaient à peine leur
indignation."... |
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LE POUVOIR |
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L'Eglise et ses théologiens ne sont pas
seuls du côté de la tradition. Le pouvoir politique en est aussi,
qui évoluera d'un côté ou de l'autre, selon ses intérêts. L'Etat a
sa part de responsabilité dans la répression et le contrôle des
consciences en instituant la censure. FRANÇOIS 1er pourtant favorable à la nouveauté
s'effraye des conséquences des idées nouvelles sur son propre
pouvoir. Favorable aux HUMANISTES, il va s'opposer à la Réforme
luthérienne. Son conseiller Antoine DUPRAT l'y incite tant par conviction que
par intérêt personnel, naturellement porté dans ce sens par crainte
du changement et la difficulté de maîtriser ce nouveau vecteur
d'information et de liberté de conscience qu'est LE
LIVRE. |
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LES REFORMES |
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L'Italie, mère des arts et dépositaire des savoirs grecs et
latins crée la Renaissance et stimule LES HUMANISTES, qui cherchent une voie nouvelle de
croire en Dieu et d'envisager le monde. Leur rigueur intellectuelle
ne se dérobe pas au doute et entraîne une remise en question d'un
certain nombre de pratiques religieuses et de modes de pensée. ÉRASME
en est la figure emblématique. Mais c'est
l'Allemagne qui produit LA REFORME. Particularisme culturel ? Très
germanique sens du sérieux ? REUCHLIN, MELANCHTON et LUTHER sont des clercs en révolte par qui l'Europe
du Nord va basculer dans un mouvement d'émancipation de la tutelle
papale. Le Sud reste catholique. Entre les deux, la France,
mi-latine mi-nordique, produit avec CALVIN son propre mouvement Réformé. Contrairement
à ce qu'on aurait pu imaginer, l'austérité ne sera pas au Nord.
LUTHER mêle joie et foi, et reconnaît au corps des droits et des
plaisirs. Mais la branche allemande comme la française vont devoir
lutter pour résister à leur destruction programmée par les
"Papistes". Et les deux camps antagonistes se retourneront contre
les véritables penseurs de liberté, les HUMANISTES. RABELAIS partage
avec ÉRASME le privilège d'avoir été vilipendé ou inquiété
physiquement par la Sorbonne et par les Réformés. |
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