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Croyances / Caractère sacré du sang [Partie précédente : Déclaration solennelle] La vie est sacrée
Conformément aux principes bibliques, les Témoins de Jéhovah considèrent la vie comme sacrée. Par conséquent, ils accordent une grande importance à leur santé et à celle de leurs enfants, et font tout ce qui est en leur pouvoir pour la préserver. Ils s'abstiennent du tabac, de la drogue, et font un usage modéré de l'alcool. Ils recourent à la médecine moderne et ne font pas appel aux guérisons miraculeuses. Contrairement à une idée répandue, ils ne s'opposent pas à la vaccination. Ils n'acceptent pas la transfusion du sang allogénique (le sang d'un tiers). Ce choix est fondé sur leur compréhension des textes bibliques 3. Les seuls produits de l'arsenal thérapeutique actuel dont, le cas échéant, le patient Témoin de Jéhovah pourrait s'abstenir sont le sang total, les concentrés globulaires, les concentrés plaquettaires, les concentrés leucocytaires ainsi que le plasma. Toutefois, certains Témoins de Jéhovah considèrent, conformément à leur libre choix religieux, que les principes bibliques impliqués n'écartent pas l'utilisation des produits de fractionnement du plasma tels que l'albumine, les immunoglobulines, l'antithrombine et les facteurs de coagulation 4. De plus, de nombreux Témoins acceptent la transfusion de sang autologue (le sang de la personne elle-même) au cours de procédures telles que l'hémodilution normovolémique et la récupération per- et postopératoire du sang. Ils évitent ainsi de nombreuses maladies transmissibles par le sang, dont certaines sont potentiellement mortelles. Ainsi, à propos des Témoins de Jéhovah, le Commissaire du Gouvernement Patrick Hubert considère qu'il faut se placer sur le seul " terrain des faits et évaluer les risques en tenant compte des individus en présence " 5. Les patients Témoins de Jéhovah recourent systématiquement aux soins médicaux, comme tout un chacun, et souhaitent bénéficier de leurs bienfaits. Ils sont très reconnaissants au corps médical qui se dévoue au bien-être des patients. Leur position spécifique, en tant que groupe religieux, ne concerne que les produits sanguins avec les nuances mentionnées plus haut. Il s'agit donc d'un choix thérapeutique, ce qui n'est pas assimilable à un refus global de soins 6. Cette option est d'autant mieux admise par le corps médical que, malheureusement, les dangers des produits sanguins se sont manifestés de façon spectaculaire et dramatique dans les années 80 avec l'avènement de l'infection par le HIV. Nous n'oublierons pas les risques immunologiques (incompatibilité entre le receveur et le donneur) potentiellement létaux, connus depuis longtemps, ainsi que les autres risques infectieux, comme l'hépatite C 7. Actuellement, la baisse potentielle de l'immunité à la suite d'une transfusion 8 ainsi que le risque de transmission d'agents infectieux non conventionnels responsables des affections telles que la maladie de Creutzfeldt-Jakob 9, à issue fatale systématique, ont éveillé de nouvelles craintes en cours d'investigation. Bien que ces facteurs puissent influencer le choix des Témoins de Jéhovah, leur position relève principalement de leur respect individuel des instructions divines relatives à l'usage du sang : il appartient à chacun d'entre eux d'utiliser son libre arbitre. Dès lors, ces patients bénéficient des techniques d'épargne sanguine, comme, par exemple, en chirurgie cardiaque. Une des premières équipes qui a relevé le défi de soigner ces patients dans le respect de leurs convictions a été celle du Pr Denton Cooley, dans l'un des tout premiers centres cardiologiques mondiaux (Houston, Texas) 10. En 27 ans, 663 adultes Témoins de Jéhovah y ont été opérés à cœur ouvert par cette équipe. Les auteurs concluent que la chirurgie cardiaque est possible chez ces patients avec des résultats très satisfaisants 11. Ils ont ensuite étendu ces techniques aux enfants, avec des résultats tout aussi probants, et en particulier une excellente tolérance à l'hémodilution 12. D'autres auteurs, dont des Français, ont aussi publié des résultats positifs 13. La chirurgie sans transfusion, par respect des convictions religieuses, a été à l'origine de travaux qui ont permis des avancées substantielles dans le domaine de la recherche scientifique et d'importantes économies de produits sanguins 14. À ce propos, le Professeur Jacques Belghiti, chef de service de chirurgie digestive de l'hôpital Beaujon, à Clichy, a déclaré lors d'un colloque international sur la chirurgie sans transfusion, qui s'est tenu à Paris, au Palais des Congrès, en février 1996 : " C'est ce défi qui a contribué à nous pousser à utiliser très tôt une technologie de plus en plus élaborée, par exemple dans la chirurgie hépatique [...]. C'est ce défi qui a conduit les équipes anesthésistes à utiliser les techniques de récupération, à pousser les limites de l'hémodilution et, de façon inattendue, une position délibérément non scientifique a coïncidé avec les découvertes scientifiques des dangers de la transfusion. D'un engagement à respecter ces convictions résultent pour tous les malades un développement des interventions programmées avec autotransfusion, une maîtrise des techniques de préservation sanguine, une meilleure utilisation des méthodes de substitution et une meilleure évaluation des difficultés d'une intervention. " 15 Ainsi, l'efficacité de la chirurgie sans transfusion ne se limite pas à la chirurgie cardiaque. Il s'agit d'une réalité dans toutes les disciplines médico-chirurgicales, y compris dans les transplantations d'organe 16, et en chirurgie infantile 17. Une étude récente a regroupé 61 rapports publiés de 1970 à 1993 montrant la possibilité de la chirurgie lourde sans transfusion chez des Témoins de Jéhovah avec un risque médicalement acceptable. Cette étude englobe les chirurgies générale, urologique, gynécologique, carcinologique, cardio-vasculaire, urgente et traumatologique, ainsi qu'orthopédique réglée 18. D'autres études confirment ces résultats 19. Il apparaît donc que la chirurgie sans transfusion sanguine est possible dans la grande majorité des cas même si, chez des patients atteints d'affections cardiovasculaires, elle pourrait présenter un risque supplémentaire 20. Le rapport risque/bénéfice est acceptable par de nombreux médecins. Aujourd'hui, la littérature médicale abonde en articles sur les alternatives à la transfusion, en chirurgie particulièrement 21, y compris dans les urgences traumatologiques 22. Reconnaissant implicitement cette réalité, le Royal College of Surgeons d'Angleterre a publié en 1996 une brochure consacrée aux soins et au respect des patients Témoins de Jéhovah 23. La prise en charge de ces patients est aussi assurée dans d'autres disciplines où le recours au sang est fréquent, notamment en cancérologie et en hématologie. Afin de faciliter le recours à la chirurgie sans transfusion, un nombre croissant d'établissements hospitaliers publics et privés ont mis en place quelque 120 programmes de soins sans transfusion à travers le monde, dont 12 en France. Ces protocoles regroupent les praticiens d'un même centre qui sont intéressés non seulement par le défi technique de la médecine et de la chirurgie sans transfusion, mais également par la dimension humaine et éthique du respect de la volonté du patient. Ces centres peuvent aujourd'hui assurer les soins médicaux, les urgences et la chirurgie réglée sans transfusion dans les différentes disciplines médico-chirurgicales. [Partie suivante : La question des mineurs] |
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