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L'enluminure à la fin du Moyen Age

Jusqu'à l'invention de l'imprimerie vers 1450-1455 par Gutenberg, les procédés de fabrication et de multiplication du livre étaient entièrement manuels et artisanaux : la transcription du texte était le fait du copiste, la décoration du manuscrit étant confiées à divers artistes ou artisans spécialisés. Les deux phases essentielles de l'écriture et de l'enluminure étaient précédées en amont par diverses opérations préliminaires : préparation du parchemin (support le plus courant, bien que concurrencé, à la fin du Moyen Age, par le papier, moins coûteux) ; découpage de celui- ci en doubles feuilles ou bifolia pliés ensuite de façon variée en fonction du format désiré, l'assemblage, en nombre variable, de ces doubles feuillets constituant le cahier (le type de cahier le plus courant était le quaternio, réunion de quatre doubles feuillets) ; réglure (à la pointe sèche ou à l'encre) destinée à calibrer de façon homogène la surface écrite du feuillet. Une ultime opération, en aval, consistait à réunir les différents cahiers constitutifs du manuscrit et à leur donner une protection, la reliure. Les délais d'exécution étaient longs et le produit final coûteux. La mise en vente et la diffusion de celui-ci étaient assurées par le libraire, personnage qui joue un rôle essentiel, à partir du XIIIe siècle, dans la chaîne de fabrication du livre

L'enluminure n'était exécutée qu'après la transcription du texte que devait contenir le manuscrit, et dans les espaces réservés par le copiste dans sa mise en page de ce texte. Il existait plusieurs niveaux de décor, dont chacun était attribué, avec plus ou moins de rigueur selon l'organisation et l'importance du centre de production ou de l'atelier, à des praticiens spécialisés : au sommet de la hiérarchie, l'enlumineur- illustrateur exécutait les peintures ou 'histoires', mais cet artiste 'noble' n'intervenait qu'après ses deux collègues de moindre rang, l'enlumineur chargé de la décoration filigranée (décor tracé à la plume avec des encres de couleurs) et l'enlumineur chargé de la décoration peinte, c'est à dire des lettrines, bordures et encadrements (on désignait ces derniers sous le terme générique de 'vignettes'). Sauf les plus grands artistes, les enlumineurs-'historieurs' avaient peu d'initiative dans le traitement des sujets, qu'ils exécutaient le plus souvent à partir d'indications préalablement écrites ou esquissées à la mine de plomb, à proximité des images qu'ils devaient peindre. La durée d'exécution variait en fonction de l'importance du cycle d'illustrations à accomplir, cette durée étant augmentée par les périodes de séchage qui interrompaient l'application des différentes couches de couleur.

Le statut social des enlumineurs de la fin du Moyen Age pouvait être très variable : c'était le plus souvent de simples artisans travaillant en boutique, isolément ou sous forme de petites entreprises familiales, et dans des quartiers spécialisés lorsque ils étaient installés dans des centres importants comme Paris, où l'essentiel des moyens de production du livre était massés entre la cathédrale Notre-Dame et l'Université. Il y avait également l'artiste indépendant et itinérant, qui se déplaçait de ville en ville, à la recherche des commandes. Les meilleurs enlumineurs, et les plus réputés, avaient rang d'artiste de cour : attachés au service exclusif d'un puissant mécène, ils jouissaient d'une certaine stabilité de l'emploi, mais pouvaient être amenés eux aussi à changer d'horizon en cas de décès de leur protecteur, ou en fonction des déplacements de celui-ci. C'est à cette élite qu'appartenaient des artistes comme Jean Le Noir, Jacquemart de Hesdin et les frères de Limbourg, qui furent successivement employés par le duc Jean de Berry , et qui enluminèrent ses Petites Heures (BNF, Lat 18014).


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