Les Petites Heures de Jean de Berry (BNF, Lat 18014)
Le livre d'heures, recueil de textes de dévotion et d'offices à l'usage des laïcs, fut l'ouvrage de piété le plus répandu et le plus prisé de la fin du Moyen Age. Il est le plus souvent enrichi d'illustrations en rapport avec les divers éléments du texte, la qualité assez variable de ce décor peint étant fonction du rang social et des ressources du destinataire. Comme les plus grands bibliophiles de son temps, Jean de Berry eut du goût pour ce type de manuscrit : son nom est associé à une prestigieuse série de cinq livres d'heures qu'il fit exécuter pour son usage entre le dernier quart du XIVe siècle et sa mort, en 1416, et qui comptent parmi les chefs d'œuvre de l'enluminure française, voire européenne du Moyen Age finissant. Le premier en date de ces livres d'heures est le manuscrit des Petites Heures. Les 182 miniatures de ce manuscrit n'ont pas été peintes d'un seul tenant et l'on y reconnaît l'intervention de plusieurs artistes successifs : le plus ancien est identifiable avec Jean Le Noir, disciple et continuateur du plus grand enlumineur parisien de la première moitié du XIVe siècle, Jean Pucelle. Seules les miniatures de l'office de la Passion sont entièrement dues à Le Noir, mais bien d'autres scènes, achevées par d'autres, avaient été à l'origine conçues par lui au cours des années 1370. Après une interruption due sans doute à la mort de l'artiste, les travaux reprirent vers la fin des années 1380 sous la direction d'un enlumineur nouvellement recruté par le commanditaire, Jacquemart de Hesdin, qui put mener à bien le reste du programme. C'est à cette époque que fut exécuté le calendrier. L'iconographie symbolique très particulière de ce dernier, oeuvre d'un collaborateur de Jacquemart, remonte à un prototype imaginé par Pucelle. On retrouve également un écho de ce calendrier en Catalogne, dans le Bréviaire de Martin d'Aragon (BNF, Roth 2529) . L'ultime miniature des Petites Heures, représente le duc partant en pèlerinage : c'est une addition tardive due à l'un des trois frères de Limbourg, les artistes attitrés de Jean de Berry à la fin de sa vie.