LES TRÈS RICHES
HEURES
DU DUC DE
BERRY
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AVRIL
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L'arrivée du printemps, espoir d'une nouvelle vie. L'herbe est verte et un couple nouvellement formé et promis, s'échange une bague au premier plan du tableau, accompagné par les amis et la famille. Le château est une autre possesion de Jean de Berry, c'est le château de Dourdan. Ce tableau, réalisé par les frères Limbourg entre 1410 et 1416, représente, dans un décor de renaissance printanière, une scène de fiançailles princières, probablement celles du Duc Charles d'Orléans et de Bonne d'Armagnac, petite-fille de Jean de Berry, célébrées le 18 avril 1410 à Gien. Charles a chanté Bonne dans une ballade (no47):
"Pour le plus heureux sous la nue
Me tiens quand m'amie
m'appelle
Car en tous lieux où est connue
Chacun l'appelle la plus belle.
Dieu doint (Que Dieu me donne) que,
malgré le rebelle
Danger, je la voie briefment
Et que de sa bouche me
die
Ami, pensez que seulement
C'estes vous de qui suis amie".
Les fiancés échangent leurs anneaux devant deux témoins, tandis
que deux élégantes suivantes cueillent des fleurs. Plus petit, derrière le
groupe, on reconnaît un fou de cour. Le printemps, qui exprime la beauté, la
joie, et le bonheur, concourt à la réussite de la fête chevaleresque, qu'exalte
la splendeur des couleurs et de la lumière: la clarté est la valeur esthétique
essentielle de l'aristocratie médiévale.
Le château, auquel sont accolées
les maisons du bourg, est difficile à identifier. On pense à l'ordinaire à celui
de Dourdan qui appartenait au Duc de Berry depuis 1400, et dans ce cas, la
rivière qui coule au pied du château serait l'Orge. Mais peut-être est-ce celui
de Pierrefonds, propriété du Duc d'Orléans: nous aurions alors au-devant,
l'Etang du roi, et sur la droite, le Parc, comportant un bâtiment et un verger
entouré de murs.
Froissart, dans ses Chroniques, insiste sur la
beauté des châteaux du Duc de Berry, et sur leur décor intérieur. Le château,
s'il doit permettre d'exercer le pouvoir, l'exprime et le magnifie tout autant.
De plus, s'opposant à la ville grouillante et à la campagne menaçante, il offre
le cadre d'un monde clos et protégé d'où le peuple est exclu.
Dans la peinture du groupe princier,
les frères Limbourg ont apporté une attention particulière à l'équilibre de la
composition, au paysage qui fait son apparition, aux oppositions de couleurs, à
la somptuosité des vêtements, révélatrice du pouvoir (la livrée du jeune prince
est semée de couronnes princières). La manière de les porter classe les
personnages et exprimes leurs qualités morales autant que leur noblesse.
L'expression des sentiments est bien rendue: la fiancé regarde amoureusement sa
promise qui baisse les yeux. Dans cette scène courtoise, qui est un dialogue
réglé entre les deux sexes, la femme ne devait pas être parée comme l'homme. Le
costume féminin a conquis sa singularité dans les sociétés princières du
XIVème siècle.
Une des deux suivantes porte une houppelande, qui
apparaît autour de 1390 et se maintient jusque vers 1440. Elle n'est pas ouverte
devant ni fendue latéralement comme celle des hommes. La ceinture de tissu,
bouclée dans le dos, est placée juste sous les seins. Les manches sont
"ouvertes", amples, soit "closes" resserrées aux poignets. La houppelande est
taillée dans un drap de laine ou d'or, un satin ou un velours figuré, qui sont
fréquemment fourrés.
Quant à la coiffure, à partir de 1380-1390, les
oreilles sont dégagées et la chevelure est réunie sous une coiffe. Pour mettre
en valeur le front, les cheveux, séparés par une raie médiane, soit tirés en
arrière; cependant, on peut les porter épars sur les épaules. Le bourrelet
d'étoffe, rembourré de coton ou d'étoupe, s'ajoute à la coiffe au début du
XVème siècle; il peut être brodé, orné de plumes ou de chatons.
