DU DUC DE BERRY
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DÉCEMBRE
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Cette miniature qui rappelle un dessin de Giovannino dei Grassi (Bibliothèque de Bergame) est sans doute l'œuvre de l'artiste inconnu des années 1438-1442.
Derrière la forêt épaisse dont les
arbres ont conservé leurs feuilles et qui était un des séjours favoris des rois
de France (Saint Louis s'y rendait la justice sous un chêne) se dressent les
tours carrées et le donjon du du Bois-de-Vincennes, achevés par le roi Charles
V. Celui-ci y entreposa une partie de son trésor. Il avait compris que le
prestige de la couronne se mesurait à la splendeur des bâtiments où s'exerçait
la fonction royale. Au XIVème siècle, il y eut une rivalité entre les
constructeurs de châteaux. La hauteur des murs et la forme du donjon
traduisaient la puissance du seigneur, au même titre que les trésors qui y
étaient entreposés.
Ce château où Charles V aimait à résider et qui clôt la
série des douze mois, symbolise la force physique et morale, comme dans la
miniature de Jean Fouquet qui, vers 1455, a donné le même cadre à la scène de
Job sur son fumier dans les Heures d'Etienne Chevalier.
Le donjon est ressenti comme le cœur du château : y conduire un hôte , c'était lui témoigner confiance et amitié autant que démontrer sa propre puissance. C'est là qu'on enferma les armes des Parisiens quand on les leur confisqua. Si le donjon perd alors de son efficacité militaire, il conserve sa valeur symbolique.
L'artiste a représenté le terme d'une
chasse à courre : l'hallali par terre du sanglier que finit de sonner de son cor
un veneur. Comme la quête du sanglier était moins subtile que celle du cerf, on
s'attardait surtout sur la mise à mort. C'est une chasse d'hiver. On se servait
de l'épieu ou de l'épée pour tuer l'animal. Par rapport à la fauconnerie, la
vénerie offrait un plaisir plus sportif, plus violent et plus dangereux. C'était
pour l'aristocratie une manifestation de sa force guerrière.
Les chiens
s'acharnent sur le sanglier, bête alors redoutée et appréciée pour sa viande.
Le veneur devait soigner les chiens,
entretenir les chenis, tresser des filets, relever les traces et débusquer le
cerf, crier et sonner. Sans son Livre de la chasse, Gaston Phébus s'attarde sur
l'éducation du veneur. Un maître, dès l'âge de sept ans, doit lui apprendre à
aimer et à soigner les chiens par tous les moyens, y compris le châtiment
corporel. L'enfant deviendra successivement valet de chien, puis vers vingt ans,
aide ; enfin, il sera veneur, portant cor, couteau, et souvent estortoire, pour
écarter les branches. C'est l'homme-clef de la chasse à courre, et son existence
est dévouée à son métier.
Gaston Phébus, dans le Livre de la chasse
(1387-1391), distingue cinq races de chiens de chasse : l'alant, le lévrier, le
courant, le chien d'oiseau et le mâtin. Hormis le lévrier, ce sont des chiens
lourds et lents. On choisissait les chiens les plus forts et les plus sauvages
pour chasser l'ours, le loup et le sanglier. Le prince place en tête le lévrier
pour ses qualités esthétiques et sa sociabilité, et ensuite les chiens courants
qui sont la base des meutes.
