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Cette scène
peinte par les frères de Limbourg représente la fête du premier mai qui était
une fête de l'amour :
On se rendait en cortège dans une forêt voisine pour en couper
des rameaux dont on décorait ensuite les maisons et les rues en vue de célébrer
le renouveau. "A minuit, tous les citadins sortirent pour se rendre au bois. La
ville avait la réputation d'être le temple de la gaieté. Le matin, quand le jour
fut bien clair, tous chargés de feuilles, de glaïeuls, de rameaux verts et
feuillus, ils apportèrent leur arbre de mai (...) Ils montèrent leur mai aux
étages et l'exposèrent aux fenêtres, embellissant tous les balcons: sur les
pavés, partout, ils jetèrent de l'herbe et des fleurs pour célébrer la solennité
de ce jour et de cette haute assemblée" (Jean Renart, Guillaume de Dole).
Emmenées par des musiciens qui jouent de la trompe et de la flûte, les
participants portent des couronnes et des colliers de feuillage. Les dames sont
habillés de longues robes vertes, alors de rigueur ce jour-là. Le cavalier qui
se retourne vers la première des cavalières serait le Comte de Clermont, Jean de
Bourbon, et la dame serait sa troisième épouse, Marie de Berry, fille du Duc de
Berry. Si leur mariage fut célébré le 24 juin 1400, Jean devint Duc de Bourbon
en 1410. Ce qui renforce cette identification, ce sont les emblèmes des harnais
des chevaux, des cercles d'or à sept petits ronds, et, d'autre part, le château,
qui serait le Palais de la Cité à Paris, où fut célébré le mariage. Les Très
Riches Heures sont donc une chronique des fastes princiers autour du Duc de
Berry et de sa famille.
A l'arrière-plan, on distingue à gauche la tour
carré du Châtelet, avec une échauguette, puis quatre tours qui existent encore:
le sommet de la tour d'angle, les deux tours de la conciergerie, la tour de
l'Horloge.
Le Châtelet, édifié dès 1130 pour défendre le Grand
Pont et remanié par Charles V, était, dans la partie droite, le siège d'une
administration royale, la prévôté de Paris, et, dans la partie gauche, une
prison.
Les couleurs ne sont pas dénuées de
valeurs symboliques, à en juger ce que nous apprend Guillaume de Machaut dans le
Remède de Fortune (vers 1201-1210) et la Louange des dames (ballade
no212): le rouge signifie l'ardeur amoureuse, le blanc la joie et le
noir la douleur; le vert est lié à la naissance de l'amour, tandis que le bleu
azur (pers ou fin azur) désigne la loyauté. Le jaune, couleur de la fausseté,
est banni. Donner des fêtes n'est pas seulement un divertissement frivole, mais
un devoir des princes. Triomphe du paraître et de la mode, elles imposent la
recherche de l'élégance et de la perfection des manières.
Le couple princier. Jean de Bourbon a revêtu un
somptueux habit noir, mi-parti rouge et blanc. Marie de Berry porte une robe
verte dont la doublure est bleu azur avec des fleurs d'or. L'azur semé de fleurs
d'or est une expression de la grandeur et de la solennité. Sa coiffe blanche est
ornée de feuilles vertes.