LES TRÈS RICHES HEURES
DU DUC DE BERRY

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Octobre - October

OCTOBRE

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Cette miniature est à rapprocher de celle du mois de juin. Toutes les deux, du même artiste, se situent sur la rive gauche de la Seine, à proximité de l'hôtel de Nesle. Mais, si dans celle de juin, on regardait vers l'Est, vers le Palais de la Cité, on se tourne maintenant vers le Louvre, reconstruit par Charles V.

 

On discerne, au centre, le donjon qu'on appelait la tour du Louvre et qui renfermait le trésor royal ; puis de droite à gauche, la Tour de la Taillerie, la façade orientale avec deux tours jumelées, la tour de la Grande Chapelle, et la façade méridionale munie elle aussi de deux tours jumelées. Au-devant, court une enceinte avec des tours, des bretèches et une poterne.
Sur le bord de la Seine, des personnages conversent ou se promènent ; ils portent un vêtement sombre, unicolore, court et cintré, qui est propre au milieu du XVème siècle. L'un d'eux s'apprête à partir dans une barque, tandis que l'autre amarre la sienne.

L'enceinte est renforcée par des tours et des bretèches, ouvrages avancés qui pouvaient prendre plusieurs formes : chemise crénelée en maçonnerie, construction en bois ou terrasse.

Au premier plan, à gauche, un paysan , monté sur un cheval, herse un champ ; sa herse est alourdie par une grosse pierre pour permettre aux dents de pénétrer plus profondément dans la terre. A droite, un autre homme sème à la volée. Des pies et des corneilles picorent les semences à proximité d'un sac blanc rempli de grains et d'une gibecière. Un épouvantail et des fils tendus les éloignent de la partie arrière.
L'épouvantail représente un archer. Ceux-ci, à l'exemple des Anglais, jouaient un rôle plus important dans les batailles. Par l'ordonnance du 28 avril 1448 furent même créées des compagnies de francs archers que les communes devaient équiper, et qui se rendirent très vite impopulaires par leurs exactions et leur lâcheté au point qu'ils furent supprimés en 1480. Ainsi naquit le type comique du franc archer vantard et couard (Monologue du franc archer de Bagnolet, écrit entre 1468 et 1480).

Les pies et les corneilles n'appartiennent pas à l'espace amoureux du monde courtois comme les rossignols, les merles, les alouettes…, mais à la réalité campagnarde. D'autre part, ils passaient pour des créatures du Diable, révoltées contre Dieu et de mauvais augure.