Compilation arthurienne réalisée par Micheau Gonnot
Une grande compilation commandée par Jacques d'Armagnac
Centre de la France, vers 1470
Parchemin, 230 f., 430 x 300 mm
Provenance : Jacques V d'Armagnac ; famille de Montjehan (XVIe siècle) ; connétable de Bourbon ; entré à la Bibliothèque du roi sous François Ier
BnF, Manuscrits, français 112, t. I (f. 183 v°-184)
On lit sur le dernier feuillet de ce tome : "Et est au duc de Nemours, Conte de la Marche, pour Castres, Jacques V." Il s'agit de Jacques V d'Armagnac, comte de Nemours, qui fut décapité en 1477 sur l'ordre du roi Louis XI, en raison de sa participation à la révolte de la ligue du Bien public. Bibliophile fastueux, il avait hérité une partie de la bibliothèque de son bisaïeul, le duc Jean de Berry, et avait également fait exécuter de nombreux manuscrits - notamment des romans de la Table ronde - pour ses châteaux de Castres et de Carlat.
Depuis sa restauration dans les années 1980, le manuscrit BnF, fr. 112 est découpé en trois tomes correspondant aux livres II à IV (le livre I manquait déjà au XVIe siècle). Enluminé par Évrard d'Espinques, un de peintres ordinaires de Jacques V, il contient l'une des plus ambitieuses compilations arthuriennes de la fin du Moyen Âge, comparable par son ampleur à la Lancelot-Compilatie néerlandaise, au Buch der Abenteuer réalisé par Ulrich Fuetrer pour le duc de Bavière en 1473-1483, ou à Le Morte Darthur de Thomas Malory. Mais, contrairement à ces ouvrages, le texte du manuscrit BnF, fr. 112 n'a connu aucune diffusion ultérieure.
Micheau Gonnot, l'un des scribes attitrés de Jacques d'Armagnac, avait déjà copié pour lui un manuscrit du Tristan en prose (BnF, fr. 99), lorsqu'il réalisa à son intention cette compilation qui combine le Lancelot-Graal, le Tristan en prose, Guiron le Courtois, le cycle dit de la Post-Vulgate et les Prophéties de Merlin. La technique du compilateur vise à faire l'histoire totale des chevaliers d'Arthur en établissant des liens entre les romans qu'il utilise, en abrégeant leur matière et en réunissant en récits continus des épisodes qui étaient fragmentés par l'entrelacement. Le passage exposé est un exemple de cette technique : il donne d'abord la fin d'un épisode provenant sans doute de Guiron le Courtois mais qui ne se trouve que dans un autre manuscrit, également copié pour Jacques d'Armagnac et enluminé par Évrard d'Espinques (Turin, BNU, R 1622) - la délivrance de Brunor le Noir, le Bon Chevalier sans peur, par Nabon le Noir, son avènement comme roi d'Estrangorre, son assassinat et le départ de son fils Brunor, le Chevalier à la Cotte mal taillée, pour la cour d'Arthur ; puis le début du tournoi de Sorelois, d'après une version particulière du Tristan en prose que donne aussi le BnF, fr. 99. Pour cette partie, Micheau Gonnot a donc trouvé sa source dans deux manuscrits que possédait son commanditaire, Jacques d'Armagnac, et dont l'un avait été copié par lui.