Jean Maugin, dit l'Angevin, Histoire du noble Tristan, prince de Leonnois, chevalier de la Table ronde, et d'Yseulte, princesse d'Yrlande, royne de Cornoüaille
Le Nouveau Tristan de Jean Maugin
Paris, Nicolas Bonfons, 1586
In-4°, [2]-184 f.
Provenance : collection de Gaston d'Orléans, léguée à Louis XIV et entrée à la Bibliothèque royale en 1666
BnF, Réserve des livres rares, Rés. Y2. 562 (page de titre)
En 1554 est publié à Paris le Premier livre du nouveau Tristan. par Jan Maugin. Réécriture du début du Tristan en prose, l'ouvrage se veut vraiment "nouveau" et sa belle allure s'accorde avec ses ambitions : in-folio, en caractères romains (alors que les romans de chevalerie s'impriment encore en gothique), il s'ouvre sur une dédicace à un dignitaire d'Henri II, une ode de Jean- Pierre de Mesmes (l'italianisant ami des poètes de la Brigade) et un privilège royal.
Maugin, jusque-là "arrangeur" de textes pour le libraire parisien Étienne Groulleau, n'a pas confié son Nouveau Tristan à ce dernier, mais l'a placé chez la veuve La Porte, éditrice depuis 1552 de Ronsard et ses amis. Et tout indique que son roman soutient leur grand projet d'"illustration de la langue françoyse", dans un contexte de rivalité avec l'italien encouragée par le pouvoir royal. Les matières de Bretagne et de France sont d'ailleurs un domaine sensible : leur supposé pillage par l'Arioste pour son Orlando furioso (1516-1531) est devenu un lieu commun que De Mesmes reprend ici, s'écriant que de "ce vieil rommant [l'Italien] tout le plus beau retire [et s'est] embelli de ce qui n'est sien". À Maugin la lourde tâche de faire revivre ce texte, "ennobli de nouvelle éloquence".
Ce Nouveau Tristan chargé de tant d'espérances n'est pourtant pas un grand succès : le suspense sur lequel il se termine n'intrigue pas assez de lecteurs pour que les trois derniers livres annoncés soient publiés. Non dépourvu de qualités littéraires, mais maladroitement placé entre deux publics, il déçoit sans doute ceux qui rêvaient d'une grande épopée française, tout en déconcertant, avec ses habits Renaissance, les amateurs habituels de la Table ronde. En 1567, il reste assez d'invendus de l'édition originale pour que le repreneur des La Porte, Gabriel Buon, en fasse une nouvelle émission. Le texte passe ensuite chez des libraires populaires : après Benoît Rigaud en 1577, Nicolas Bonfons signe en 1586 la dernière édition, présentée ici dans un exemplaire ayant appartenu à Gaston d'Orléans, sans doute le premier grand collectionneur de romans de chevalerie.