Le miracle de la liquéfaction du sang de Saint Janvier

Saint Janvier a vécu jusqu'en 305, date à laquelle il fut décapité. Sa dépouille a été transportée à Naples et, de nos jours, deux ampoules conservent encore une substance considérée être du sang de ce personnage. Le miracle, notion bien agréable pour les mystiques car elle les dispense de chercher une explication plus sérieuse, est que ce «sang» a la propriété de se liquéfier aux grandes occasion, à savoir, entre autres, le 19 septembre. En fait de faibles variations de température peuvent très bien expliquer le phénomène, les chimistes savent très facilement réaliser des préparations qui entrent en fusion à la température ambiante. Cela avait déjà été exposé dans le Grand Dictionnaire Universel Larousse du XIXè siècle. Il n'est pas difficile de comprendre qu'une procession, un défilement de fidèles venant toucher la précieuse (pour les finances de l'Eglise) fiole puisse liquéfier le mélange par une légère augmentation de température. Naturellement le clergé tient ici un excellent instrument de domination de son public niais et l'a utilisé à plusieurs reprises à des fins politiques.

source: Le paranormal, Henri Broch, Points Seuil, 1989

Un « miracle » reproduit en laboratoire


     Extrait du Québec Sceptique no 21, page 31, hiver 1992.

La liquéfaction du sang de saint Janvier : Un «miracle» reproduit en laboratoire

Pas de procession, ni de bénédiction, pas d'enfant et surtout pas de sang ; juste du chlorure de fer en solution aqueuse et un peu de calcium que l'on filtre avant de laisser reposer. Il suffit ensuite d'agiter pour obtenir à volonté un «miracle de saint Janvier». C'est à peu de choses près l'expérience tentée au laboratoire de chimie organique de l'Université de Pavie par trois chercheurs italiens. Ces derniers ont reproduit à partir d'une solution gélatineuse sensible au mouvement mécanique le phénomène inexpliqué jusque-là de la liquéfaction du sang du saint patron de la ville de Naples.

Contenu dans deux ampoules gardées précieusement dans un reliquaire, le sang de saint Janvier, archevêque martyr décapité en 305 après Jésus-Christ, se «liquéfie» deux fois par an le 19 septembre (jour anniversaire de la mort du saint) et le samedi qui précède le premier dimanche du mois de mai (anniversaire cette fois du transfert des reliques du martyr dans les catacombes de Capodimonte).

Alors quoi, de la gélatine et non du sang ? Un peu de chimie, et rien de surnaturel ? Il est vrai que le «miracle» bisannuel (non reconnu par le Vatican) n'est après tout qu'un prodige, mais tout de même... Il y avait déjà les interminables querelles sur la datation du Saint-Suaire de Turin. Faut-il admettre à présent que, depuis la terrible famine de 1389, lorsque les ampoules de sang furent promenées pour la première fois en procession pour protéger la ville, tout Naples s'inclinerait devant le faux le plus retentissant de la longue histoire des reliques falsifiées ?

En révélant leurs travaux dans le numéro de la revue scientifique Nature daté du 10 octobre 1991, Luigi Garlaschelli, Franco Ramaccini et Sergio della Sala qui précisent avoir utilisé des méthodes et des molécules existant déjà au Moyen-Âge (et donc propres à être utilisées par un chimiste très motivé par le trafic de reliques, rentable à l'époque) ont en tout cas déclenché une polémique de taille. Somme toute, concluent-ils, il suffit de sortir les ampoules et de les agiter en dehors des dates fatidiques pour prouver qu'il n'y a aucun miracle «mécanique».

«Erreur» ont immédiatement rétorqué les défenseurs de saint Janvier, qui rappellent au passage qu'il existe une bonne douzaine de cas de «liquéfaction» de sang de saints moins connus en Italie. Et d'asséner leur argument-choc : il y a des années (en 1976 notamment) l'ampoule, en dépit de huit jours d'invocations et de «manipulations», refusa de se liquéfier. Il arrive aussi que le «miracle» soit en retard. Saint Janvier aurait même, parait-il, boudé le pape Pie IX qui s'était rendu à Naples en 1849.

De plus, la curie de Naples a fait savoir que, en 1989, l'éminent professeur Pier Luigi Baima Bollone avait, à la demande de Mgr Michele Giordano, procédé à une analyse spectroscopique qui aurait révélé des traces d'hémoglobine. Travaux qui, selon les trois chercheurs de Pavie, ne prouvent rien...

On en est là, et la seule solution serait bien sûr d'ouvrir les ampoules pour en analyser le contenu. Ce qui ne manquerait, étant donné leur vétusté, de les mettre irrémédiablement en péril. Quand on sait que la ville calcule ses futurs malheurs sur la liquéfaction ou non des ampoules de saint Janvier, on ne s'étonne pas d'apprendre que l'hypothèse aie suscité une levée de boucliers.

Mgr Strazullo, gardien du trésor de la chapelle de saint Janvier, s'est insurgé dans les journaux locaux contre ceux qui voudraient faire croire que les autorités ecclésiastiques se livreraient à quelques tours de prestidigitation. Et monsignore de conclure avec une sagesse sans appel : «La foi c'est une chose, la science en est une autre.»

 

 

© Les ingrédients pour reproduire le miracle de la liquéfaction du sang de Saint Janvier à Naples

Le miracle de la liquéfaction du "sang de Saint Janvier" à Naples, qui a toujours lieu de nos jours, peut très bien s'expliquer par... une simple recette chimique qui se trouve dans le dictionnaire de Pierre Larousse du XIXème siècle!  Une "ampoule miraculeuse" fabriquée il y a près de vingt ans par Henri Broch (cf. "Le Paranormal") présente toutes les caractéristiques du miracle dans lequel la surnaturelle transition dur - liquide se fait en fonction... de la température.
La nouvelle hypothèse, récemment médiatisée à la suite de la publication d'une lettre dans la revue Nature en 1991, d'une substance thixotrope (qui se liquéfie sous l'effet d'un choc) pour expliquer le miracle de Saint Janvier... n'est pas si nouvelle que cela puisqu'elle a déjà été publiée plusieurs fois par le passé et, de plus, elle n'explique pas toutes les caractéristiques du miracle.