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Qu'est-ce qu'un protestant ? |
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Le terme Protestant vient de l'attitude de protestation adoptée par les partisans de Luther à la diète de Spire en 1529 où l'empereur Charles Quint affirma sa volonté de maintenir l'unité catholique du Saint Empire romain germanique en luttant contre la diffusion de cette « hérésie » condamnée par la papauté en 1521. Si le terme de Réforme englobe toutes les écoles de protestantisme dans l'Europe du XVIe siècle, celui de Réformés désigne plus spécifiquement les calvinistes qui suivent les idées de Jean Calvin (1509-1564). La pensée de ce réformateur d'origine française, réfugié définitivement à Genève en 1541, s'enracine dans l'œuvre du théologien allemand Martin Luther (1483-1546) tout en se singularisant par des apports spécifiques. Le tronc commun du protestantisme européen est formé de trois grandes affirmations : la justification (obtention du salut) par la foi et non par les œuvres, la souveraineté absolue de la parole de Dieu et le sacerdoce universel qui exclut l'idée de clergé ordonné. La première nouveauté concerne la réponse à l'angoissante question de l'obtention du salut éternel après la mort. Luther insiste sur la nature pécheresse de la créature humaine depuis le péché originel. Contrairement à la croyance catholique qui voit alors dans la multiplication des gestes rituels (dons charitables, legs à l'Église, culte des reliques, achats de messe) une manière de se racheter aux yeux du Juge suprême, il nie toute valeur automatique aux œuvres en expliquant que seule la qualité de la foi, c'est-à-dire l'espoir d'imiter le Christ, attire le regard de Dieu. De par son indignité, l'homme ne mérite jamais d'être sauvé, mais certains le sont à cause des seuls mérites du Christ qui a souffert la Passion pour le rachat de l'humanité. Le calvinisme durcit cette théologie de la prédestination au salut en rejetant l'idée de tout apport humain. Même la foi ne compte plus, Dieu choisissant dans sa liberté mystérieuse de créateur ceux qu'il sauve et ceux qu'il abandonne à la corruption. Il ne reste plus aux fidèles que l'espérance confiante d'appartenir au groupe des élus, ce dont aucun calviniste ne doute. Le second principe précise la manière de nourrir cette foi dont la qualité est signe d'élection. Dans les références doctrinales de l'Église catholique, les protestants ne conservent que la Révélation (Bible) et répudient la Tradition, c'est à dire les textes produits par les théologiens des premiers siècles du christianisme ainsi que par les conciles œcuméniques (assemblées de tous les évêques autour du pape). Ce dernier n'a aucune autorité divine pour la définition du dogme et, est soumis, comme tous les fidèles, à la seule autorité de la parole de Dieu conservée dans la Bible. L'Ancien Testament, qui regroupe plusieurs livres de genres très divers rédigés à des dates différentes dans l'histoire du peuple hébreu, et le Nouveau Testament, qui est formé des quatre Évangiles, des Actes des apôtres, des Épîtres des apôtres (Saint-Paul) et de l'Apocalypse de Saint-Jean, sont érigés en référence unique et absolue pour la définition de la vérité dans l'expression religieuse. La troisième affirmation, qui provoque une rupture profonde avec l'Église romaine, repose sur le principe qu'il ne peut exister une différence de nature entre les chrétiens. Les protestants posent le postulat que l'Écriture est intelligible à tous les croyants et que les liens directs avec Dieu dans la méditation personnelle restent toujours supérieurs à tout discours extérieur. Les pasteurs, utiles pour conduire l'éducation religieuse vers la vérité, ne peuvent prétendre à aucune supériorité sacrée. Cette affirmation de l'égalité religieuse aboutit au rejet d'une église ordonnée, c'est-à-dire d'un clergé ayant reçu, par le sacrement de l'ordination, une grâce divine spécifique qui lui réserve le monopole de certains rites comme la célébration de la messe ou la rémission des péchés. Cette qualification de Réformés déplaît aussi à l'Église romaine parce que cette dernière estime à juste titre s'être également réformée depuis le concile tenu à Trente (Italie) en plusieurs sessions de 1545 à 1563. De cette assemblée est sortie une volonté de régénération que certains appellent Contre-Réforme pour souligner que son objectif essentiel est de contrer le succès du protestantisme en Europe, mais que d'autres préfèrent nommer Réforme catholique pour insister sur une volonté d'approfondissement d'un christianisme considéré comme trop superficiel. Si on préfère une synthèse des deux approches, l'expression plus englobante de Réforme tridentine présente l'avantage de la relier à son acte fondateur : le concile de Trente. Les catholiques de la fin du XVIe siècle ont inventé le sigle RPR., ou « religion prétendue réformée », pour dénoncer la prétention des huguenots à la formulation de la vraie foi chrétienne, en rappelant que la seule doctrine fondée en vérité est celle qui est enseignée par la sainte Église romaine placée sous l'autorité du pape. |