Qu'est-ce qu'un Ligueur ?

Un Ligueur est un catholique intransigeant qui ne peut se résoudre à accepter une solution de cohabitation avec les calvinistes parce qu'il place la défense de la religion catholique, définie comme la vraie foi par rapport à l'hérésie réformée, au-dessus de toutes les autres considérations. Considérant que le pouvoir royal n'accomplit pas sa mission, il pense nécessaire de constituer un groupe de pression pour le ramener dans le droit chemin et pour empêcher que la couronne ne puisse revenir à un protestant.

La Ligue, qui émerge en 1576 comme refus du laxisme de l'édit de Beaulieu, est véritablement relancée en 1584 par le rejet de l'éventualité d'une succession protestante. Après l'assassinat des deux frères Guise aux états généraux de Blois en décembre 1588, la Sainte Union se déchaîne contre la « tyrannie » des rois Henri III et Henri IV. C'est la phase la plus intense d'un militantisme politico-religieux radical. L'action politique est rythmée par des temps forts de mobilisation religieuse avec des prêches extrémistes qui justifient la rébellion et des processions qui tiennent plus de la manifestation que du rituel de dévotion, comme le montre celle du 14 mai 1590 à Paris, où nombre de moines défilent armés de mousquets. Cet engagement total au service d'une monarchie régénérée dans la théocratie exige naturellement l'épuration de tous les pouvoirs publics et fait régner une véritable terreur, nourrie par la délation.

Deux courants coexistent en réalité, qui ont de plus en plus de difficultés à s'entendre. Il existe une ligue nobiliaire, guisarde, préoccupée de restaurer les prérogatives de la noblesse dirigée par ses Grands, soucieuse d'une solution nationale, inquiète des formulations politiques des extrémistes du tiers-état et une ligue urbaine, bourgeoise, axée sur la théorie du contrat et la souveraineté du peuple, tournée d'abord vers la « République chrétienne » romaine. La peur des premiers, suscitée par le radicalisme des seconds, est certainement une des causes du ralliement de la grande noblesse à Henri IV dans un premier temps, et à l'absolutisme dans un second.