Qu'est-ce qu'un Politique ?

Un Politique est un catholique qui en vient à défendre une démarche gouvernementale tolérante pour mettre fin à la guerre civile considérée comme le mal absolu. Souvent hostile au calvinisme auquel il reproche d'avoir amené la division dans le royaume, il opte par réalisme pour une attitude de conciliation parce qu'il pense que l'importance numérique de la communauté réformée rend inefficace une solution simplement militaire.

Attaché avant tout à la préservation de l'autorité de l'État pour le maintien de la sûreté des biens et des personnes et la conservation de l'ordre social, il est conduit à opérer une distinction entre les sphères religieuse et politique, le roi ne devant intervenir dans la première que dans son rôle traditionnel de père pour pousser à la réconciliation. La protection de la paix l'amène ainsi à envisager une certaine laïcisation de l'État.

Ce choix est nourri d'un puissant élan de patriotisme qui désespère de voir les luttes internes affaiblir le royaume et le livrer aux appétits des impérialismes étrangers. Cette expression quasi viscérale d'une conscience nationale se traduit par une hostilité radicale à l'Espagne de Philippe II, accusée de manœuvrer la Ligue pour imposer une hégémonie habsbourgeoise sur le continent européen. Se méfiant, par nature, du pouvoir pontifical, les Politiques ne conçoivent la régénération de l'Église que dans une solution gallicane, c'est-à-dire dans l'affirmation d'une claire autonomie de l'Église de France vis à vis du Saint-Siège.

D'une façon plus philosophique, ces modérés restent marqués par l'influence de l'humanisme chrétien. Fidèles aux leçons d'Érasme sur la tempérance de l'affirmation dogmatique par la charité, refusant qu'on puisse légitimer la violence au nom de Dieu, ils sont révulsés par la sacralisation des débordements des deux partis. Nourris du principe du respect de la nature humaine, confié au droit et à la raison contre l'exacerbation des passions, ils en tirent comme conclusion la nécessaire acceptation d'une cohabitation transitoire.

Entre le Ligueur qui refuse la tolérance comme une trahison et le Politique qui s'y résigne par raison d'État, le principal clivage oppose donc une pensée théocratique catholique à dimension universelle et une vision monarchique plus sécularisée à priorité nationale.