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Pourquoi la violence religieuse au XVIe siècle ? |
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De nombreuses violences mettant en scène les populations civiles agissant à côté des armées constituées ont caractérisé les guerres de religion. Faut-il y voir des accès de folie dans un chaos de conduites aveugles ou plutôt l'explosion d'une tension latente ayant conservé une logique nourrie des codes culturels traditionnels ? Trois objectifs commandent et légitiment la violence : défendre la vraie doctrine en désignant ostensiblement l'erreur, délivrer la communauté d'une souillure qui risque de s'étendre sans une intervention radicale, soutenir ou remplacer les pouvoirs civils et religieux dont l'activité répressive n'apparaît pas suffisamment forte. Dans les justifications des révoltés, la fréquence du terme « pollution » permet de comprendre comment bien des gestes de brutalité sont conçus comme des rites de purification devant régénérer le corps des croyants menacé par une tumeur maligne. La légitimation de l'action comme renfort ou remplacement de l'autorité légale, qui n'agit pas assez vigoureusement, rappelle celle des émeutes de la faim. Dans cette régulation, toutes les formes d'imitation des institutions politiques en usage dans les fêtes traditionnelles sont réutilisées pour donner du sens à l'intervention collective. Les mises à mort et les profanations de cadavres reproduisent également les rites judiciaires de la monarchie, que la foule est appelée régulièrement à voir en spectacle pour mieux s'imprégner de l'ordre royal. Ces explosions de violence ne sont pas des débordements des classes sociales inférieures ou de marginaux sans foi ni loi, mais des réactions d'hommes et de femmes respectables, bien intégrés dans la communauté, issus de tous les milieux sociaux. Les prêtres et les religieux catholiques sont à l'origine de bien des mobilisations par leurs prêches enflammés. Les notables, gens de justice, marchands, responsables municipaux, officiers de la milice bourgeoise, apportent souvent caution et encadrement. Les artisans, petits chefs d'atelier dont les corporations forment un encadrement fondamental de la vie urbaine, assurent l'essentiel de la troupe. Les jeunes, les femmes, mais aussi les enfants, ne sont pas les derniers à participer, apportant même par leur innocence présumée une légitimation supplémentaire et une absence de culpabilité dans les pires brutalités. |