Les guerres civiles n'ont-elles que  des causes religieuses ?

Dans les affrontements qui déchirent le peuple français, si le clivage religieux est celui qui reste le plus visible, le jeu complexe des clans aristocratiques, qui se disputent l'influence sur le conseil du roi, ne saurait être oublié. Les Grands, de très ancienne noblesse, disposant d'immenses domaines qui leur assurent de forts moyens d'action, cherchent à conserver un lien puissant avec le roi pour bénéficier des avantages de l'État monarchique. Prétendant siéger de droit au conseil étant donné leurs prestigieuses origines, ils se partagent les grands offices de la couronne, les bénéfices ecclésiastiques les plus opulents, les postes de commandement de l'armée royale, les fonctions de gouverneur représentant le roi dans les provinces et les pensions tirées du Trésor royal. La puissance d'une grande maison aristocratique se mesure en partie à sa capacité à redistribuer à sa clientèle tous les bienfaits qu'elle aura pu obtenir de l'État. La compétition à la Cour et au conseil, pour maintenir une relation privilégiée avec le roi, est donc d'une importance capitale.

Les prises d'armes des Grands s'accompagnent toujours de déclarations justificatives dans lesquelles la prétention de libérer le roi de l'influence de mauvais conseillers, qualifiés souvent d'étrangers, tient une place primordiale. Dans ce qui est présenté comme un « devoir de révolte » pour la défense du Bien Public, il est délicat de démêler la sincérité d'une culture politique de l'égoïsme des intérêts claniques. Dans la culture nobiliaire, la révolte armée n'est pas destinée à durer mais à débloquer une situation figée : elle appartient donc encore, malgré sa radicalité, à la gamme des moyens ordinaires qui structurent le dialogue entre la noblesse et la monarchie.

Les proclamations de Condé dans les premières guerres, celles de François d'Alençon (le frère des trois derniers rois Valois, chef du parti des Malcontents alliés aux huguenots dans les guerres de 1574 à 1580) et le programme ligueur de Péronne de 1585 inspiré par les Guise, puisent leurs références dans une culture politique commune exaltant le rôle des Grands dans le gouvernement royal. Les guerres de religion sont ainsi partiellement une manifestation de la grande crise d'adaptation de la noblesse française au modèle de monarchie absolutiste recherché par François Ier et Henri II.