Comment s'est arrêtée la guerre civile ?

Selon la loi salique, première loi fondamentale du royaume, c'est-à-dire principe de type constitutionnel de la monarchie, le trône revient de droit à Henri de Navarre après l'épuisement biologique de la dynastie Valois. Cette règle, adoptée en 1328 pour empêcher un roi d'Angleterre de monter sur le trône de France, exclut les femmes de la transmission de la couronne. Parmi les branches familiales issues de la dynastie des Capétiens, les Bourbons se trouvent être les princes de sang royal les plus proches puisqu'ils descendent de Robert de Clermont, neuvième fils de Saint-Louis, célèbre monarque du XIIIe siècle.

Le calvinisme de Henri de Navarre est alors le principal obstacle à son acceptation comme roi de France en août 1589 car, pour beaucoup de Français, le principe de catholicité du roi était ressenti de fait comme une autre loi fondamentale. Lorsque Henri IV, reconnaissant cette réalité, abjure le 25 juillet 1593, se fait sacrer dans le rite catholique à Chartres le 24 février 1594 et obtient l'absolution du pape Clément VIII le 17 novembre 1595, il lève progressivement tous les obstacles religieux qui empêchaient les catholiques modérés d'accepter complètement son autorité. Pour beaucoup, la religion ne pouvant plus être invoquée comme justification supérieure de la guerre, celle-ci n'est plus perçue que comme conséquence négative des ambitions politiques des Grands. Selon la profondeur du sentiment catholique, les ralliements s'enchaînent à partir de 1593.

Beaucoup s'opèrent cependant au prix de sévères tractations politiques et financières qui montrent que le rétablissement de l'ordre royal est autant une affaire de marchandage qu'un produit des victoires de l'armée royale, peu influentes en 1589-1590, plus décisives contre les Espagnols en Bourgogne en 1595 et en Picardie en 1597. Henri IV négocie la soumission d'une trentaine de villes ligueuses en validant des traités détaillant minutieusement tous les privilèges politiques, judiciaires, militaires et surtout fiscaux, mais réprime sévèrement, pour l'exemple, Amiens, accusée de complicité avec les troupes d'invasion des Pays-Bas espagnols. Les grands nobles ligueurs ont grand soin de monnayer leur soumission contre pensions et charges. Le rachat du royaume aux gentilshommes aurait ainsi coûté 32 millions de livres, soit une année de recette fiscale.

L'arrêt de la guerre civile résulte ainsi de l'immense lassitude de la population, d'un sursaut de conscience nationale qui se fixe sur la loi salique, de la reconnaissance implicite de la catholicité comme principe successoral et de l'habile et coûteuse politique de ralliement menée par Henri IV. Reste bien sûr à trouver le compromis religieux commandé par l'irrésistible désir de paix.