La tolérance est-elle possible  pour le Roi très chrétien ?

Depuis le XIIIe siècle, le roi de France s'enorgueillit de porter le titre honorifique de Roi très chrétien qui lui permet d'affirmer son prestige en Europe en réfutant les prétentions hégémoniques de deux autres puissances prestigieuses du monde chrétien : le pape et l'empereur.

Le pape, chef de l'Église catholique, prétend à une sorte de suzeraineté spirituelle sur les monarques. Dès que la monarchie française s'est sentie assez forte au détriment de la féodalité, elle n'a songé qu'à repousser cet impérialisme romain fondant ainsi pour plusieurs siècles la défense de l'autorité royale sur le gallicanisme, c'est-à-dire l'autonomie de l'Église de France. Cette volonté de distanciation est naturellement d'autant plus facile à défendre que le roi apparaît comme le défenseur irréprochable de la position de la France comme fille aînée de l'Église.

Au XVIe siècle, le titre d'Empereur, chef élu du Saint Empire romain germanique et symbole de l'unité chrétienne médiévale, reste le monopole des Habsbourg qui, par leurs deux branches espagnole et autrichienne, sont les rivaux les plus dangereux pour la France en Europe. Contester la supériorité honorifique de la fonction impériale est d'autant plus aisé pour le roi de France qu'il se présente comme le champion du catholicisme dans son royaume, surtout lorsque les contraintes des guerres l'obligent à des alliances aussi scandaleuses que celle de François Ier avec les Turcs musulmans qui terrorisent le monde chrétien au temps de Soliman le Magnifique.

La sacralisation de la fonction monarchique reste enfin un impératif dans une logique de construction absolutiste. Dans cette idéologie, le roi ne rend compte de ses actes qu'à Dieu qui lui a conféré toute la souveraineté. Lieutenant de Dieu sur terre, il en tire la justification de l'excellence de sa justice et de son monopole législatif. Sacré à Reims dans un rituel qui rappelle l'ordination des prêtres, il bénéficie ainsi d'un pouvoir miraculeux de guérison qui conforte son image auprès de ses sujets. Pourtant, au sein de cette consécration, il est amené à prononcer le serment de défendre l'Église contre ses adversaires. C'est à partir de cette référence que le roi Henri III sera jugé parjure, tyran d'exercice méritant le châtiment infligé par un élu de Dieu.