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Comment l'Édit de Nantes s'est-il imposé en France ? |
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Pour les protestants, la reconnaissance des lieux de culte public en fonction en 1596-1597 ne pose pas de problèmes puisqu'il s'agit d'une simple confirmation. L'établissement de deux autres lieux par bailliage s'avère beaucoup plus délicat par suite de l'interruption du culte et des réactions négatives des majorités catholiques dans bien des villes choisies. Dans la moitié nord de la France, les commissaires doivent souvent susciter des arrêts du conseil pour obtenir satisfaction. Le respect des clauses favorables au catholicisme n'est pas meilleur dans les bastions protestants. Le rétablissement du culte public dans les places de sûreté ou dans les zones d'où il a été banni provoque des résistances. Les comportements varient pourtant selon les lieux : à la bonne volonté de Niort s'oppose le refus radical de La Rochelle, la souplesse du Dauphiné tranche avec la mauvaise volonté du Languedoc et le rejet du Béarn. Au cœur des accrochages se trouve souvent l'épineuse question de la restitution des biens ecclésiastiques confisqués. Tous ces obstacles sont surmontés parce que le règne réparateur d'Henri IV fait passer ces désagréments derrière les avantages appréciés par bon nombre de Français. La reprise démographique et économique est habilement magnifiée par l'intense propagande royale qui impose, dans une célébration du retour de l'âge d'or, le mythe du « bon roi » de la « poule au pot ». Cette restauration de la France nourricière et le réveil du sentiment national s'allient pour provoquer un retournement du climat général. Après les explosions de violence mystique et sacrificielle provoquées par les guerres, s'affirme le règne de la concorde incarné par un roi qui assure la régénération du royaume dans le triomphe de la raison sur les passions. La politique d'équilibre d'Henri IV qui rappelle les jésuites, fer de lance de la reconquête catholique, tout en respectant les structures représentatives du parti protestant, donne le ton. Le ministériat de Richelieu ne touche pas aux garanties religieuses et civiles de l'édit dans la mesure où la diplomatie anti-habsbourgeoise, qui commande des alliances avec des états protestants, conduit à éviter les motifs de refroidissement dans ce domaine. La logique nationale, qui justifie l'affrontement avec les puissances catholiques, sauve ainsi les protestants de la politique de répression soutenue par le parti dévot. Avec les cardinaux-ministres Richelieu et Mazarin, c'est finalement l'esprit des Politiques qui perdure tant que la guerre existe avec l'Espagne, jusqu'en 1659. La grande crise de la Fronde (1648-1653), qui voit la révolte d'une partie des officiers royaux et de la noblesse contre l'autorité monarchique, fait d'autant mieux oublier le problème protestant que ceux-ci sont restés largement fidèles à la couronne dans cette crise majeure. |