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Comment Louis XIV applique-t-il l'Édit de Nantes ? |
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Après la paix d'Alès, les communautés protestantes subissent la pression de la majorité catholique qui les supporte mal. Les mémoires des évêques, les rapports des intendants des généralités du Languedoc et du Centre-Ouest, les accusations des associations militantes et particulièrement de la compagnie du Saint Sacrement, nourrissent la jurisprudence des parlements et constituent un front de reconquête de plus en plus offensif. Devant les demandes répétées des assemblées du clergé qui réclament une stricte application de l'Édit de Nantes et malgré le loyalisme des huguenots qui ont renoncé à toute stratégie de rébellion, comme le montre leur fidélité dans la Fronde (1648-1653), le pouvoir royal accepte en 1656 la création de commissions de vérification. Leurs conclusions permettent au pouvoir royal d'ordonner la fermeture de la moitié des temples édifiés en dehors des règles, surtout en Languedoc et Dauphiné. Même si toutes les sentences ne sont pas exécutées, le ton est donné car ce contrôle, confié ensuite aux intendants, devient permanent en 1665. L'assemblée du clergé obtient la déclaration royale de 1666 qui synthétise toute la législation anti-protestante. Si le climat de détente illustré à échelle européenne par le dialogue entre Bossuet et Leibniz et surtout la prudence imposée par la guerre de Hollande, expliquent un relâchement temporaire de cette pression à partir de 1669, l'idée de ramener les égarés au bercail n'est pas abandonnée comme le montre la création en 1676 d'une caisse de conversion. La fin des hostilités et le peu de résultats obtenus provoquent un tournant marqué par les interdictions de retour au calvinisme pour les convertis (mars 1679) et de conversion à la réforme (juin 1680), ce qui révèle que la monarchie a cessé de considérer l'édit comme une référence officielle. La répression revêt un double aspect juridique et militaire. Les protestants subissent la suppression des chambres mi-parties, l'exclusion de la fonction publique, d'une partie des professions libérales et des responsabilités municipales, l'interdiction des mariages mixtes, l'abaissement à sept ans de l'âge légal pour la conversion des enfants, le droit de visite des prêtres auprès des agonisants. Le système des dragonnades, c'est-à-dire du logement des troupes dans les seuls foyers protestants, inauguré dans le Poitou en 1681, s'étend bien vite aux autres provinces étant donné sa brutale efficacité pour extorquer des milliers d'abjurations forcées (300 000 - 400 000 au total), ce qui permet à la hiérarchie catholique d'annoncer l'élimination rapide de l'hérésie. La fragilité de ces conversions douteuses permet aussi d'utiliser la législation contre les relaps pour obtenir la destruction de nombreux temples. L'échec d'une tentative de résistance armée dans le Vivarais et les Cévennes pendant l'été 1683, convainc le conseil du roi de passer au dernier acte. Louis XIV, symbole de l'absolutisme monarchique porté à son plus haut niveau, rejette finalement la diversité religieuse de ses sujets, contraire à l'unité parfaite recherchée autour de sa personne. |