Quelles ont été les réactions des Français ?

La révocation de l'Édit de Nantes rencontre l'approbation de la très grande majorité des catholiques. Bossuet, en comparant le roi à l'empereur romain Constantin et à Charlemagne, couronné empereur par le pape à Rome en 800, résume l'opinion la plus commune : « vous avez affermi la foi ; vous avez exterminé les hérétiques ; c'est le digne ouvrage de votre règne ».

Les remarques critiques sont extrêmement rares et celle de Vauban en est donc d'autant plus originale. Ce spécialiste des fortifications, créateur de la ceinture de fer du royaume, souligne les effets économiques négatifs (sorties de main-d'œuvre et de capitaux, ruine de l'artisanat et du commerce) et le renforcement des troupes ennemies par l'exil des officiers, soldats et matelots, tout en émettant des doutes sur la réalité de bien des conversions.

Un quart des huguenots, soit environ 250 000 personnes, préfère en effet fuir à l'étranger. Ces émigrés, qui viennent surtout des régions frontalières comme le Dauphiné ou maritimes comme le Poitou, l'Aunis et la Saintonge, des villes plus que de la campagne, vont s'établir dans les pays du Refuge : Provinces-Unies, Suisse, Angleterre et Brandebourg. La plupart des pasteurs les ont précédés car 20 % seulement ont rejoint l'Église catholique.

Les « nouveaux convertis » restés en France se limitent à une pratique minimale pour ne pas s'attirer d'ennuis, mais demeurent intérieurement fidèles au calvinisme. Au-delà de l'assistance obligatoire à la messe, les difficultés naissent de l'attitude envers les sacrements. Si le baptême et le mariage ne posent pas trop de problèmes d'adaptation, le refus de l'eucharistie, de l'extrême-onction et de la pénitence souligne la persistance des anciennes fractures théologiques. La plupart se contentent d'une apparence de catholicisme en essayant de préserver une religiosité privée familiale.

Une minorité d'opiniâtres se risque aux assemblées clandestines qui prennent le nom de culte du Désert en référence aux lieux isolés où il faut se retirer mais aussi au récit biblique de l'épreuve du peuple hébreu qui a dû traverser le désert du Sinaï entre sa sortie d'Égypte et son entrée dans la Terre Promise. Dans ces communautés sans pasteurs, la conscience religieuse est soutenue par l'apparition de prédicants qui sortent du peuple et qui versent dans le prophétisme. Cette forme de religiosité aboutit à la célèbre insurrection des Cévennes où 2 500 Camisards tiennent en échec pendant trois ans (juillet 1702 ; octobre 1704) 25 000 soldats du roi grâce à une intense guérilla de montagne menée en pleine guerre de Succession d'Espagne. La soumission de Jean Cavalier, obtenue par le maréchal de Villars, sanctionne toutefois l'échec de cette révolte, même si les bandes d'Abraham Mazel se signalent par des coups de main jusqu'en 1710.

Les véritables bases de la résistance à long terme sont posées par Antoine Court, prédicant du Vivarais, lors du premier synode du Désert (1715) qui repousse le prophétisme et l'insurrection comme une voie sans issue, et recentre l'action sur la reconstitution des consistoires et l'observation de la Discipline. Les calvinistes vont ainsi rétablir lentement leurs structures d'avant 1685 dans le cadre de la clandestinité, la restauration variant selon les régions. Le Languedoc devançant largement le Poitou ; et la détermination de la répression monarchique. Toute cette transition dramatique explique la contraction de la communauté protestante qui ne compte plus que 600 000 fidèles à la fin de l'Ancien Régime.