Contre-Réforme                    encyclopédie

Introduction

Un concile de riposte

Un courant de rajeunissement

Une réforme de l'Église

L'art de la Contre-Réforme

Créer l'émotion artistique


Introduction

L'expression Contre-Réforme, inventée par des historiens protestants au  XIXe siècle, désigne l'ensemble des mesures prises par l'Église catholique pour réformer les abus dénoncés par la Réforme protestante. On se souvient, à cet égard, qu'au début du XVIe siècle, le bouleversement des esprits et des mœurs, né de la Renaissance et de l'humanisme, se traduisait par la décadence du clergé, le désarroi des fidèles devant la dissonance entre la structure de l'Église et le message évangélique, la diffusion des idées nouvelles grâce à l'imprimerie, et la part de plus en plus importante prise par la papauté dans les affaires temporelles et politiques.


Un besoin profond de rénovation se faisait alors sentir, ce qui explique l'impact de la pensée du moine Martin Luther, à l'origine directe de la Réforme, qui protesta en particulier contre le trafic des indulgences supposées racheter les péchés. Il fut excommunié en 1521. D'autre part, en Suisse, les thèses réformatrices d'Ulrich Zwingli, curé de la cathédrale de Zürich, furent adoptées et leur influence gagna rapidement d'autres cantons, qui s'opposèrent aux cantons restés catholiques. À Genève enfin, le Français Jean Calvin affirma le rôle de l'Église réformée dans la cité et sa pensée rayonna dans toute l'Europe. Théodore de Bèze lui succéda et, en Angleterre, Henri VIII fut excommunié en 1534 pour s'être soustrait à l'autorité du pape lors de ses problèmes conjugaux. L'Église catholique dénonça ce qu'elle considérait comme des excès et des abus visant à saper sa suprématie. Le terme de
Contre-Réforme est parfois réservé aux réactions politiques ou militaires du pouvoir civil ou ecclésiastique contre la Réforme protestante, tel le trop célèbre massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Mais de fait, le terme vise plus largement l'ensemble d'un mouvement inauguré par le Concile de Trente en 1545. Convoqué par le pape Paul III, il se perpétua jusqu'en  1563. Il n'avait d'autre but que de museler le protestantisme naissant, l'entreprise des communautés chrétiennes protestantes étant considérée comme hérétique par l'autorité pontificale, et se heurtant de front aux chrétiens orthodoxes, appelés «catholiques romains».

 

Un concile de riposte

L'esprit «contre-réformateur» a, incontestablement, été vigoureux. Le concile entreprit de redéfinir l'ensemble du dogme et de la discipline catholiques. En fait, il entérina officiellement la plupart des dogmes dénoncés par la Réforme protestante: autorité du magistère dans l'interprétation de l'Écriture, autorité de la tradition comme source de la Révélation, transsubstantiation des espèces dans l'eucharistie, culte de la Vierge et des saints. Dès 1542, des mesures répressives contre les protestants furent adoptées: reconstitution du tribunal de l'Inquisition, création de l'Index, qui publia, dès 1559, la première liste d'ouvrages prohibés, en sont l'expression. Le concile lui-même manqua son objectif essentiel, celui de réunir les chrétiens divisés, et se déroula dans un climat polémique, comme le confirment certaines prises de position et mesures directement opposées à celles des communautés protestantes.

En outre, l'Église renforça ses structures grâce aux congrégations de la Curie romaine, comme le Saint-Office, la Propagande, la Congrégation des rites, la Consistoriale. L'accès direct aux textes originaux de la Bible restant prohibé, une nouvelle édition de sa Vulgate latine fut publiée (1592). Des ouvrages comme le Catéchisme, le Bréviaire et le Missel romains fixèrent et diffusèrent l'unicité tant du dogme que de la liturgie (obligation de célébrer la messe en latin, par exemple). De multiples collèges, universités et séminaires furent ouverts pour la formation du clergé. Ce mouvement de réorganisation et l'élan qui s'ensuivit permirent de regagner des territoires acquis au protestantisme, et d'étendre les missions étrangères jusqu'en Extrême-Orient. La Réforme catholique s'est aussi manifestée par la mise en œuvre d'une nouvelle culture (définition d'une éloquence sacrée redécouvrant la rhétorique des Pères de l'Église, création d'épopées, de poèmes cosmogoniques, de traités mystiques) et d'un art monumental et baroque dont le dynamisme veut incarner l'envol de l'homme vers la divinité.

L'expression de «Contre-Réforme» a, cependant, un double défaut : celui, d'une part, d'assigner pour origine à ce mouvement le concile de Trente et de surcroît d'en réduire la portée. Ce concile, en effet, aurait été impossible sans la vitalité religieuse observée dans la chrétienté depuis la fin du XIVe siècle. En ce sens, il est peut-être plus exact de dire que la Réforme protestante et la réforme catholique ont bénéficié d'un passé commun qui rend compte de la possibilité de ces transformations décisives qu'elles ont toutes deux mises en œuvre. Bien plus, le concile lui-même a mobilisé l'Église romaine dans un effort impressionnant de rajeunissement et d'expansion.

 

Un courant de rajeunissement


Si l'Église d'avant 1545 connaissait de très graves insuffisances et des abus, déjà dénoncés bien avant Luther par Jan Hus et Savonarole, la vie religieuse de la chrétienté donnait, cependant, des signes incontestables de vitalité. Ce renouvellement de la spiritualité fut notamment caractérisé par la fameuse «dévotion moderne», méditation intérieure essentiellement centrée sur le Christ, dévotion dont Luther, Érasme, saint Ignace de Loyola furent, chacun à leur manière, tributaires. Les réformes partielles de grands ordres, tel celui des dominicains de la congrégation dite «de Hollande», la création des capucins, issus des franciscains, et surtout de la Compagnie de Jésus, la multiplication de confréries menant une vie évangélique en furent d'autres indices. Autre symbole de cette vitalité: la vocation de saint Ignace. Elle s'épanouit sur la terre espagnole. Sous l'impulsion du cardinal Cisneros, ce pays avait déjà entrepris sa propre réforme, la théologie y était vivante, les souverains veillaient à la résidence effective des évêques dans leurs diocèses. En France même, quelques évêques, comme
Poncher à Paris ou Briçonnet à Meaux, avaient le souci de revivifier l'évangélisation. On constate en Allemagne l'existence de chrétiens plus exigeants qu'ailleurs, ce qui expliquerait partiellement le succès de Luther. Bref, il y avait des ressources de rajeunissement dans cette Église du début du XVIe siècle. La tête en était, cependant, malade. Tant qu'elle ne se réformerait pas, toutes les énergies nouvelles resteraient dispersées. Malheureusement pour tous les chrétiens, il a fallu que leurs différends les conduisent à une séparation tumultueuse et dramatique pour que la réforme de ce gouvernement vicié soit entreprise. Le concile s'y employa.

 

Une réforme de l'Église

Tant par la constitution d'un corpus doctrinal que par des mesures pastorales et disciplinaires, le concile répondit en tous cas aux exigences de la foi des chrétiens demeurés dans la confession catholique et pour d'autres à la nécessité d'un renouveau du clergé, appelé à mener effectivement sa tâche d'évangélisation. Ces mesures importantes n'eurent cependant pas d'effets immédiats. Rome, certes, veilla aussitôt à l'application des décrets conciliaires, les papes redevinrent plus dignes, deux d'entre eux furent même canonisés. Mais le népotisme pontifical, le cumul des bénéfices ne disparurent pas, cependant. Le rythme des synodes régionaux et diocésains ne fut pas respecté, les visites pastorales restèrent longtemps irrégulières. Les séminaires, créés en Italie dans la seconde moitié du XVIe siècle, ne formèrent initialement qu'un clergé médiocre. Ces établissements n'apparurent en France qu'au XVIIe siècle. Bien plus, les guerres de Religion et le césaropapisme des souverains freinèrent cette renaissance.

En dépit de ces durables obstacles, il apparaît cependant que, un siècle plus tard, le concile porte ses fruits. Rome recouvre son prestige, l'autorité des papes s'est accrue, la réorganisation du gouvernement de l'Église est effective. Le renouveau artistique témoignait d'une transformation de la célébration cultuelle. Un grand courant mystique, culminant avec Jean de la Croix et Thérèse d'Ávila, la renaissance théologique, la création de nombreux collèges jésuites et de nouvelles universités, l'envoi de missionnaires en Asie et en Amérique, rendu possible par l'essor considérable des capucins et de la Compagnie de Jésus, le succès de nombreuses congrégations féminines, le redressement, enfin, de la vie paroissiale manifestent ces transformations profondes.

Le fait que le catholicisme devint à partir de cette époque, non sans certaines contradictions et insuccès (la coexistence de l'esclavage et de la mission, la querelle des rites en Chine ou l'expulsion des chrétiens du Japon), une religion mondiale avec ses nombreux «convertis» et martyrs signifie que cette contre-réforme catholique fut, en fait, une vaste réforme qui anima la vie de l'Église romaine pendant deux siècles et demi.

 

L'art de la Contre-Réforme

L'influence considérable qu'a exercée la Contre-Réforme sur les arts plastiques au XVIIe siècle est due à divers facteurs. L'essor de la Compagnie de Jésus et de l'ordre de l'Oratoire (fondé par saint Philippe Neri, apôtre des manifestations de piété populaire) joua un rôle déterminant dans la diffusion et l'interprétation des directives du concile de Trente, pour rénover et fixer les principes de l'iconographie catholique, d'une part, et pour utiliser l'art à des fins de propagande, d'autre part.

S'il est vrai que la prodigieuse expansion de l'art baroque en Europe et en Amérique latine est pour une grande part due à la propagande des jésuites en faveur de ce style (instauré à Rome par la papauté simplement soucieuse de rehausser son prestige), c'est en revanche une erreur d'identifier le baroque au «style jésuite» ou à l'esthétique du concile de Trente.

 

Créer l'émotion artistique

En réalité, l'architecture jésuite est d'un style infiniment plus sobre et dépouillé qui s'accorde mieux aux desseins premiers du concile: répondre aux critiques justifiées des tenants de l'Église réformée (qui étaient grands adversaires du luxe et de l'abus des jouissances esthétiques). Le style de la véritable architecture jésuite est celui du classicisme sévère inauguré par le Vignole pour la construction de l'église du Gesù à Rome, dont l'extérieur est d'une remarquable sobriété, comme maintes églises construites par les pères jésuites dans leurs missions d'Amérique latine, avant l'introduction des décorations baroques (qui, souvent, n'affectent que l'intérieur).

L'ornementation baroque a été ajoutée généralement assez tard au cours du XVIIe siècle et s'est épanouie au XVIIIe, par suite d'une autre démarche. Le second objectif du concile, en effet, était la propagation de la foi, qui devait prendre le pas sur toute autre considération dans l'action de la Compagnie de Jésus. Or, des actes du concile, on peut extraire des paragraphes consacrés à la puissance de persuasion de l'œuvre d'art et de l'émotion esthétique (provoquée par le théâtre ou la musique aussi bien que par la peinture), et à la nécessité de recourir à ses effets, en raison de «la faiblesse de la nature humaine», pour aider à provoquer l'émotion mystique: c'était accorder, avant la lettre, un satisfecit à l'art baroque.

La nouvelle propagande, soucieuse de s'adjoindre les ressources du «sentiment» et de la sensibilité, a favorisé les peintres dont le style était le plus apte à la servir, tels que le Bernin, le Tintoret et Rubens, dont certaines œuvres exaltaient, dans un climat d'idéalisation, les martyrs, les saints, la puissance du surnaturel, les triomphes de la foi.

De même, la Contre-Réforme a mis à profit le goût du temps pour les manifestations ostentatoires et la pompe scénographique: elle adopta délibérément les décors baroques dans ses églises afin de faire bénéficier le sentiment religieux et la piété de leur puissance de séduction. L'œuvre baroque vise à provoquer le sentiment religieux par le truchement d'émotions ambiguës dont les motivations restent essentiellement profanes (exaltation des plaisirs sensuels de l'œil ou de l'oreille), et auxquelles les fidèles de l'époque se montraient très accessibles.

Parallèlement, l'iconologie développait des thèmes de dévotion nouveaux (l'Enfant Jésus, les anges gardiens, etc.) et tentait d'imposer la décence dans les sujets religieux, initiatives qui eurent pour effet d'introduire dans l'art sacré la mièvrerie conventionnelle dont il ne se relèvera plus.


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