La famille sous l'Ancien régime
A l'apparition de la Réforme, vers le milieu du 16ème siècle, il y
aura désormais une profonde césure entre les populations protestantes et
catholiques. Les relations se maintiendront sur le plan économique, mais
cesserons au niveau des familles, les diverses autorités ecclésiastiques y
veillant.
Chacune des Eglises est certaine de détenir la vérité en tenant l'autre pour
hérétique. Dans sa volonté de revenir à une stricte morale évangélique et de se
démarquer de l'Eglise catholique, l'Eglise réformée impose un certain
nombre de contraintes dans la vie quotidienne. Afin d'assurer leur mise en
pratique, elle institue les consistoires ou tribunaux des mœurs. Les
consistoires locaux sont coiffés par le Consistoire suprême de Berne. Pour leur
permettre de fonctionner, les autorités bernoises publient à diverses reprises
des lois et ordonnances consistoriales. Dans le code de 1746 par exemple, la majorité
matrimoniale est fixée à 15 ans, les filles pouvant se marier dés 15 ans et les
garçons dés 17 ans. Le divorce est autorisé principalement dans les cas
d'adultère et doit avoir la sanction du Consistoire suprême. Le divorce peut
aussi être prononcé si l'un des époux est lépreux, fou ou impuissant. Le code
prévoit des peines sévères pour l'adultère, la fornication et la prostitution,
allant jusqu'au bannissement. Toute activité est interdite le dimanche et les
jours de fêtes. L'organisation de grands repas est interdite aux cérémonies de
baptêmes et de décès.
La base du système social demeure le feu (ménage). Le grand recensement de 1764
ordonné par Berne fournit une moyenne de 4,5 âmes par ménage. Elle est presque
identique en ville et à la campagne.
Dans le ménage, le père conserve son autorité absolue et la renforce même. Sa
puissance s'exerce sur ses enfants jusqu'à sa mort, ou jusqu'à ce qu'il
émancipe ses garçons ou marie ses filles. Il conserve son droit de correction
sur sa maisonnée. La capacité juridique limitée des femmes se transforme en
incapacité générale. Les veuves, qui étaient libres, se trouvent désormais sous
tutelle.
Le baptême suit de près la naissance et doit être administré dans les 8 jours
en ville, et dans les 15 jours à la campagne. Les parrains et marraines,
limités à trois, doivent avoir été catéchisés et admis à la communion. Ils sont
choisis parmi les proches, mais également parmi les responsables locaux, en
raison de leur influence. La plupart du temps, ce sont eux qui déterminent le
prénom des enfants. Il est souvent choisi dans l'Ancien Testament, l'Eglise
réformée refusant ceux évoquant les Saints.
Le mariage a généralement lieu dans la paroisse de l'épouse. Il est précédé par
une annonce dans les paroisses d'origine et de domicile des futurs conjoints,
et ceci trois dimanches de suite. Il n'est pas rare que le fiancé se rende à la
cérémonie nuptiale en uniforme militaire, économisant un habit neuf ! Dés 1647,
le mariage doit être fait sur semaine, les festivités nuptiales étant
inconciliables avec la sainteté du dimanche. Malgré l'étendue de la puissance
paternelle, les futurs époux ne peuvent être unis contre leur gré. Mais un
mariage avec un ou une catholique est sévèrement prohibé.
Bien que réprouvé par la morale officielle, après les fiançailles, le garçon
peut, avec l'accord des parents, rendre visite la nuit à sa fiancée,
semble-t-il afin de s'assurer que la future union ne sera pas stérile et qu'il
y aura bien un héritier.
A cette époque le taux de natalité avoisine les trois pour cent par année,
c'est à dire trois fois plus qu'aujourd'hui. Les grandes familles de 7 ou 8
enfants sont rares cependant; en moyenne, les couples mettent au monde 4 ou 5
enfants. Mais la mortalité infantile est importante, à cause de maladies
disparues ou bénignes de nos jours, la variole (appelée aussi petite vérole),
la rougeole, la peste (dernière épidémie de 1652 à 1654), la grippe, les
dysenteries et diverses maladies infectieuses. On estime qu'un nourrisson sur
cinq n'atteint pas son premier anniversaire. De ce point de vue, le Pays de
Vaud est cependant une région privilégiée.