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LA REFORME  (I)
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musique !

Jusqu'à la Renaissance, l'Eglise romaine connaît des crises périodiques de relâchement, qui se suivent généralement par de grands mouvements de correction, qu'on appelle des réformes ou réformations. Une ligne de conduite plus stricte, une liturgie modifiée, des hommes nouveaux tentent de corriger périodiquement les erreurs ou le relâchement de la foi des clercs et des congrégations. On déplace, forme, révoque les individus récalcitrants et les opposants. La reprise en main n'est pas toujours simple et sans réaction, comme en témoigne la résistance acharnée des Cordeliers et des Jacobins à Paris en 1501. Ces bons moines sont alors soutenus par 200 étudiants armés qui projettent de soulever la ville de Paris. Il faut alors faire intervenir le Prévôt et ses archers, enfoncer les portes, se battre contre les  et expulser manu militari les religieux qui s'accrochent désespérément à la vie douillette qu'il avaient pu s'organiser au fil des ans. C'est vers cette époque ( 1504 ) que deux sœurs Bénédictines de l'Abbaye de Montmartre accouchent au su de tous, et au grand scandale des populations. Malgré des abus aussi criants (!!!) Etienne PONCHER, le nouvel évêque de Paris doit batailler trois ans pour arriver à imposer la réforme de la congrégation de la Butte.
Peut-on en conclure que la Réforme Luthérienne et le schisme qui s'en suivit n'était qu'une simple réforme ayant mal tourné ? Ce serait sans doute réducteur. Mais il faut reconnaître que la Réforme s'est développée dans un environnement tout particulier, et dans lequel l'apparition de l'imprimerie a joué un rôle capital.

UNE CONTESTATION MODEREE

L'Eglise de France n'avait été que peu contestée avant la Réforme. Le peuple français est assez religieux et suit sans sourciller son clergé et les dogmes enseignés par la hiérarchie. Les hérésies sont souvent affaires de théologiens et de spécialistes de la religion. Bien entendu, il y avait eu les Cathares, les Albigeois, puis les Vaudois, tous de langue d'Oc, ce qui veut dire qu'au fond, pour le français moyen, il s'agissait de sortes de sectes, des particularismes locaux qu'on avait eu raison d'extirper. C'est qu'on ne plaisante pas avec la religion. En 1491,Jean STANDONCK, le principal de Montaigu avait réussi à convertir sur le bûcher un prêtre qui avait osé nier la " présence réelle". On avait exécuté un étudiant du Collège de Bourgogne, un certain Hémon de La Fosse, qui s'était jeté sur un prêtre officiant la messe en criant " Et durera toujours cette folie " ! En ce début de la Renaissance, les abus et déviations des mœurs de l'Eglise ne choquent pas autant que son appât du gain et les multiples procès que les membres du clergé s' intentent entre eux avec l'argent des donateurs. C'est cette petite musique des "pécunes" , en particulier à travers le scandaleux phénomène des Indulgences qui va sonner en Allemagne le cri de ralliement des protestataires. Mais beaucoup moins en France. Car en France, l'origine de la Réforme est à chercher du côté de la contestation intellectuelle.

LES BIBLIENS

Elu en 1502 l'Évêque Etienne PONCHER s'attaque à une réforme jugée nécessaire par le roi Louis XII en personne. Il va réformer l'Abbaye de St Germain des Prés qui élit à sa tête un brillant abbé tourangeau, Guillaume BRICONNET (1507). BRICONNET (illustration) va faire de son abbaye un véritable centre de formation et d'étude des langues anciennes, grec et hébreu, qui aboutit à un travail sur les Ecritures. Il fait appel à Lefèvre d'ÉTAPLES, un chercheur indépendant. La renommée de l'abbaye devient telle qu'un cercle de savants se groupe autour de Lefèvre d'ÉTAPLES secondé par VATABLE, qui est le spécialiste français de l'Hébreu. Guillaume FAREL, Guillaume BUDÉ, Gérard ROUSSEL, Louis de BERQUIN vont se connaître ou se retrouver dans ces conférences. L'une d'elle concerne l'étude des PSAUMES. Elle se matérialise sous la forme d'un livre publié en 1509 par Henri ESTIENNE ( Quincuplex Psalterium ). Succès. On comprend aussitôt l'effet démultiplicateur que procure ce nouveau média. Si LEFÈVRE D'ÉTAPLES s'était contenté de conférences, il est évident que peu de choses seraient arrivées. Mais il renouvelle l'opération en 1512 avec l'Épître de St PAUL, qu'il analyse à la lumière des méthodes utilisées par les HUMANISTES pour l'étude comparative des textes grecs et latins. Le scandale arrive finalement en 1521 avec l'affaire dite des "Trois Marie". LEFÈVRE D'ÉTAPLES démontre que le personnage de MARIE MADELEINE est en réalité la synthèse de trois figures féminines de l'Evangile, toutes trois appelées MARIE. Le livre est aussitôt condamné par la SORBONNE. L'Evêque PONCHER prend ses distances. La communauté s'était déjà séparée. BRICONNET nommé en 1516 évêque à MEAUX avait emmené avec lui les meilleurs éléments intellectuels du groupe parisien ( FAREL, LEFÈVRE D'ÉTAPLES, et peut-être BERQUIN ) pour une expérience de terrain. Culte simplifié, suppression des invocations aux saints et à la vierge ... cette réforme est menée avec succès et enthousiasme sous le regard bienveillant de Marguerite de NAVARRE, la sœur de , qui s'y intéresse de près. C'est un succès. Mais c'est d'un autre pays qu'arrive un vent de contestation bien plus puissant.