- Maître d'œuvre de la
restauration : Guy Nicot, architecte en chef des monuments
historiques
- Entreprise charpente : Eiffel ; Serge Deiber,
ingénieur
- Entreprise couverture : UTB
Le 4 juin 1836, un spectaculaire incendie
dévorait la monumentale charpente de la cathédrale dont les dix mille
pièces de bois composaient une véritable "forêt" en châtaigner du
Danemark. Miraculeusement, le reste de l’édifice ne fut pas touché. Pour
prémunir tout nouveau sinistre et par raison d’économie, la charpente fut
reconstruite en fonte et en fer forgé, à l’image de celle de la Southwark
Cathedral à Londres en 1822 ou de celle de Mayence en 1827.
Dès le
mois d’août 1836, l’architecte départemental Édouard Baron dresse
successivement plusieurs variantes pour le projet, étudiées avec le
concours de différentes entreprises de serrurerie, comme Roussel, Leturc ou
Mignon. Un premier projet dressé en collaboration avec Roussel est composé
de fermes triangulées en fer forgé avec intrados cintré qui s’appuient
directement sur les murs gouttereaux, définissant une charpente minimale,
très légère, à l’image de celle qui sera réalisée quelques années plus
tard, en 1842, pour couvrir la basilique de Saint-Denis.
Une évolution
du projet en 1837 montre une simplification du dessin et l’apparition de
platines d’ancrage en fonte. D’autres variantes mettent en œuvre des
fermes à extrados cintré. Les assemblages en sont réalisés par traits de
Jupiter et boulons. Simultanément, Baron étudie avec Leturc des fermes en
fonte au dessin néo-gothique très fouillé, composés de voussoirs ouvragés,
alors même que ceux-ci ne sont pas destinés à être vus. Une version à
l’ornementation simplifiée est cependant étudiée, qui réduit le coût
d’environ 20 %. Après une ultime variante en fonte à intrados courbe,
c’est finalement une solution mixte qui est retenue, sans concession
décorative autre que la courbure en tiers-point des arbalétriers
principaux en fonte, qui supportent une superstructure en fer portant la
couverture en tuiles de cuivre. Les arbalétriers sont reliés par plusieurs
rangées de doubles entretoises en fonte, formant ainsi un réseau
tridimensionnel très rigide. La charpente d’un poids total de 601 tonnes
est réalisé par Émile Martin et le serrurier Mignon, à qui l’on devait
déjà les combles de la chapelle du Palais-Royal à Paris.
Le système de
voussoirs boulonnés entre eux et entretoisés par des barres en fonte est
directement inspiré de la technologie de certains ponts métalliques
construits outre-Manche autour de 1800, dans lesquels la capacité de
résistance de la fonte à la compression est mise à profit pour créer des
arcs. Dans le cas de la cathédrale de Chartres, la pente très raide des
arbalétriers limite les efforts de flexion, tandis qu’une série de tirants
en fer forgé reprennent une partie de la poussée latérale.
La
restauration très soigneuse menée par Guy Nicot, architecte en chef des
monuments historiques, a mis en évidence le bon état de conservation de la
charpente, malgré la corrosion touchant les nœuds des fermes ainsi que les
entretoises supportant les tuiles de cuivre, par la formation d’un couple
électrolytique fer-cuivre après la disparition du feutre isolant
d’origine. Un certain nombre de boulons, de pièces d’assemblage et
d’éclisses – fissurés, cassés ou manquants à cause des dilatations
différentielles dues aux variations de température – ont dus être changés.
Les fissures apparues sur les sabots ont été colmatées par une résine
synthétique métallique. D’autres pièces ont été réparées mécaniquement par
boulonnage, compte tenu de l’impossibilité de souder le métal ancien.
L’ensemble de la charpente a été traité contre la corrosion et repeint en
"gris lumière". Les onze mille tuiles de cuivres agrafées de la couverture
ont été pour la plupart déposées et nettoyées puis refixées à l’aide de
nouvelles entretoises en inox. Enfin le mécanisme de l’ange formant
girouette au-dessus du chœur a été entièrement changé pour lui rendre sa
mobilité.
Cette magnifique nef de fonte
et de fer n’a pas seulement victorieusement défiée le temps, comme le
prédisait l’architecte-ingénieur Charles Eck en 1841: "Ces combles tout en
possédant les avantages d’une solidité mieux sentie et un caractère de
durée qui n’admet aucun doute, a aussi cette forme élégante et monumentale
que réclamait, à juste titre, le belle cathédrale dont il fait aujourd’hui
le couronnement". Elle reste aujourd’hui l’une des plus anciennes
charpentes métalliques de France, mais que l’œil divin peut seul admirer à
loisir.
Texte de Bertrand
Lemoine - Photo. : DR.