Le cycle du Graal
Irène Fabry

L'Histoire du Saint-Graal
Le prologue de l'Histoire s'efforce de sacraliser sa matière et se sert du Graal pour détourner à son profit l'autorité du texte biblique. L'Histoire transforme le Graal en relique christique sacrée et vénérée mise sur le même plan que les instruments de la passion qui sont l'objet d'une dévotion particulière au Moyen Âge. La définition du Graal et sa caractérisation se font de manière progressive au cours du roman. Le "graal" n'est d'abord mentionné que comme la sainte "écuelle" jusqu'à la conversion des premiers Sarrasins. Il est alors désigné comme un "vase" (vaissel), avant de prendre définitivement le nom de "graal". Petit à petit, on ne représente plus le Graal comme une écuelle ou un plat, mais comme une coupe ou un ciboire. Le Graal est une relique dotée d'un double caractère sacré puisque le Christ y a pris son dernier repas et que Joseph d'Arimathie l'utilise comme réceptacle du Précieux Sang. Il est en outre conservé dans une arche sainte dotée de propriétés merveilleuses et interdite d'accès au commun des mortels, qui n'est pas sans rappeler l'arche d'alliance conservant les Tables de la Loi données à Moise et au peuple d'Israël dans le désert. Derrière le service sacré du Graal se lit le rituel eucharistique avec une insistance sur la distinction entre les hommes justes, purs, élus par Dieu, dignes d'y accéder, et les pécheurs qui en sont écartés.
La Quête du Graal
Dans la Quête du Saint Graal, récit allégorique et mystique où se font sentir l'influence cléricale et l'esprit cistercien, les aventures "célestielles" s'opposent aux entreprises terriennes et la figure de Galaad prend le pas sur celle de Lancelot. C'est à partir de la mise en série des différentes tables du Graal que se développent les aventures arthuriennes. À la Cène où le Christ a pris son dernier repas en compagnie de ses apôtres, préfiguration de son sacrifice eucharistique, a succédé du temps de Joseph d'Arimathie le service du Graal. Dans la Quête, c'est l'assemblée des chevaliers de la Table ronde qui est honorée du passage du Graal à travers une célébration merveilleuse. Cette épiphanie suscite le départ des chevaliers arthuriens en quête du Graal, conservé au château de Corbénic par la lignée des rois du Graal. Toutes les aventures inachevées mises en place dans l'Histoire du Saint Graal vont alors connaître leur résolution grâce à la venue du chevalier élu, Galaad le pur, le fils de Lancelot et de la fille du roi Pellès. La perte du Graal et son retour en Orient dans la ville de Sarras résultent de la corruption des habitants de Grande-Bretagne et correspondent à la fin des aventures merveilleuses associées à cet objet. Après la mort de Galaad, le dernier roman du cycle s'achemine ainsi inéluctablement vers la mort du roi Arthur, la disparition de ses chevaliers, et la destruction de son royaume.





