la Réforme                                                                  

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Introduction

Préhistoire et contexte de la Réforme  voir les encyclopédies Universalis et Encarta (nombreux liens)

L'importance de la Bible

La contestation au Moyen Âge

Une nouvelle lecture des Saintes Écritures

Les courants de réformes au sein de l'Église

L'émergence de la Réforme

La polémique de Luther

Un chef religieux populaire

La radicalisation des positions

La propagation des idées de Luther

La convocation à la diète de Worms

L'extension du mouvement

Des innovations sociales et éthiques

L'échec de Münzer

Calvin

Unité et diversité de la Réforme

Les caractéristiques communes

L'autorité de la Bible

· La mouvance évangélique

· La mouvance libérale

· Sacralité et désacralisation des Écritures

· La valeur de l'image

· La foi, le sacerdoce et le culte

· Les sacrements : le baptême et la cène

Les principales Églises issues de la Réforme

· L'anglicanisme

· Le baptisme

· Le luthéranisme

· Le presbytérianisme et la tradition réformée


Introduction

Enraciné dans les hérésies médiévales et dans l'humanisme chrétien, le mouvement réformateur fondé au XVIe siècle par le moine allemand Martin Luther s'étend rapidement en Europe: il est implanté à Zurich par Ulrich Zwingli, à Strasbourg par Martin Bucer, puis à Genève par Jean Calvin, un réformateur de la deuxième génération, qui va contribuer à son extension dans plusieurs pays de l'Ouest et du Centre européens. Les Églises issues de la Réforme divergent de l'Église catholique autant par leur organisation que par leurs positions doctrinales.

L'imprimerie favorisant la diffusion des principaux écrits de ses animateurs, la Réforme, née dans l'espace germanophone, ne s'arrête pas aux frontières linguistiques.

Au début de la seconde moitié du XVIe siècle, l'unité de la chrétienté occidentale est durablement brisée: la paix d'Augsbourg (1555) marque l'acceptation de la division confessionnelle de l'Empire germanique. L'anglicanisme triomphe outre-Manche à partir de 1558, et le presbytérianisme en Écosse en 1560. En France, la présence d'une minorité active de protestants conduit aux guerres de Religion (1562-1598). Ce pluralisme conflictuel des religions va constituer un élément déterminant de la modernité occidentale.

Préhistoire et contexte de la Réforme

Dès les premiers siècles du christianisme, une ligne de partage se forme entre une orthodoxie doctrinale, affirmant être seule apte à définir les vérités scripturaires, et diverses hérésies.

L'importance de la Bible

Naturellement, chaque courant qualifié d'hérétique estimait que ses croyances étaient conformes au message de la Bible. Très vite, il ne fut pas seulement reproché aux «hérétiques» de se tromper dans l'interprétation des textes bibliques: c'est le fait même d'avoir recours à la Bible pour défendre des doctrines autres que l'enseignement dominant de l'Église qui était contesté. Ainsi, pour certains Pères de l'Église, la seule instance qui puisse légitimement interpréter les Écritures est l'Église, qui possède des caractéristiques surnaturelles (succession des ministres depuis les Apôtres, unanimité, dépôt légitime de la Tradition) qu'elle a reçues du Saint-Esprit. La plupart des hérésies furent alors vaincues par cet argument.

La contestation au Moyen Âge

Mille ans plus tard, vers la fin du Moyen Âge, le problème resurgit d'une nouvelle façon. L'Église, désormais triomphante, se voit accusée de s'être éloignée dans sa forme, dans ses structures et, plus fondamentalement, dans sa doctrine et dans sa vie, de l'Église primitive. Plusieurs mouvements l'attaquent alors au nom de l'Écriture: certains d'entre eux restent au sein de l'institution ecclésiastique, comme les Franciscains, qui critiquent sa richesse et sa puissance, tandis que d'autres, comme John Wyclif et les lollards en Angleterre, Jean Hus et ses partisans en Bohême, provoquent la rupture par une mise en cause plus radicale. L'action de ces derniers est réprimée (Jean Hus est brûlé en 1415), mais leurs idées ne sont pas éradiquées: loin d'être perçue comme la propriété de l'Église, l'Écriture sainte tend à devenir la norme critique selon laquelle on juge si l'institution romaine est restée la communauté des disciples de Jésus-Christ. La tradition ecclésiastique, qui se voulait transmission vivante des Écritures enrichies par la lecture de l'Église, continue souvent à apparaître comme une instance autonome qui trahit les enseignements essentiels de la Bible.

Une nouvelle lecture des Saintes Écritures

Au début du XVIe siècle, sous l'influence de l'humanisme chrétien, l'élite intellectuelle de l'Europe occidentale prend conscience de la distance qui sépare l'Église d'alors de la primitive Église. Œuvrant en faveur d'un retour aux sources, un biblisme savant se propage, fort critique à l'égard de la théologie universitaire classique, issue du Moyen Âge. Face à la Vulgate la Bible traduite en latin par Jérôme (331-420) , des érudits reviennent au texte grec du Nouveau Testament et au texte hébreu de l'Ancien Testament. Aussi le travail des hébraïsants, qui prouve que les auteurs du Nouveau Testament ont réemployé des thèmes issus de l'Ancien, rend-il les théologiens plus attentifs à l'unité de la Bible. Cette approche savante se conjugue avec la volonté de recentrer le christianisme sur la personne de Jésus-Christ, au détriment du culte des saints et d'autres aspects de la piété et de la foi.

Les courants de réformes au sein de l'Église

Le premier réformateur, Martin Luther (1483-1546), adopte sans concession cette nouvelle optique: pour lui, «le Christ est le centre du cercle [biblique] à partir duquel tout le cercle est tracé». L'unité des textes bibliques se fonde sur la personne et l'œuvre de Jésus-Christ. La Bible a une autorité propre, et ni le pape ni même un concile ne sauraient en donner une interprétation infaillible (thèse dirigée contre un courant conciliaire important au sein de l'Église au XVe siècle). Mais certains humanistes chrétiens, tout en étant proches des positions du réformateur, n'osent pas rompre avec l'Église catholique. Ce fut le cas de Lefèvre d'Étaples premier traducteur français de l'ensemble de la Bible , qui se réfugie à la fin de sa vie dans le silence. Un autre réformateur, Jean Calvin (1509-1564), va s'opposer avec force à ces «moyenneurs» (ou «nicodémites», du nom de Nicodème, qui vint trouver Jésus la nuit pour ne pas se compromettre), les traitant de chrétiens inconséquents.

À la fin du Moyen Âge et au XVIe siècle, de nombreux mouvements de réforme ont considéré, en fait, la Bible comme une sorte d'instance d'appel face aux «infidélités» ou aux «déviances» de l'Église. Mais l'un d'entre eux désigné classiquement comme la Réforme constitue un cas particulier, en raison de deux aspects spécifiques: d'une part, ce mouvement assume la rupture au sein de l'Église d'Occident et transforme une contestation menée à l'intérieur de l'Église catholique en protestation agissant en dehors d'elle; d'autre part, contrairement aux «hérésies» médiévales, la Réforme n'a pas été vaincue et la rupture qu'elle a introduite ne fut pas résorbée. Certes, malgré leurs espérances, les réformateurs n'ont pas réussi à entraîner à leur suite l'ensemble du christianisme occidental. Or, s'ils n'ont pas complètement gagné, ils ont cependant triomphé dans plusieurs régions ou pays. La scission s'est avérée durable, obligeant l'Occident à faire progressivement l'expérience du pluralisme religieux.

L'émergence de la Réforme

Le début de tous les grands mouvements sociaux qui conduisent au bouleversement d'un ordre ancien est toujours établi plus ou moins arbitrairement par leurs héritiers. De même que la prise de la Bastille a été choisie comme acte fondateur de la Révolution, le début de la Réforme est fixé par les Églises qui en sont issues au 31 octobre 1517, date de la publication des «95 thèses» sur «la vertu des indulgences» rédigées par Martin Luther.

La polémique de Luther

Vendues pour financer la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, les indulgences étaient censées permettre la remise de peine pour certains péchés. Les historiens contemporains ont relativisé le coup d'éclat attribué aux 95 thèses en faisant remarquer que l'usage permettait à tout docteur en théologie de susciter une discussion publique sur une question controversée. De plus, Luther n'avait alors nullement la prétention de révolutionner l'Église: il voulait simplement rappeler un enseignement traditionnel, selon lequel Dieu seul peut pardonner aux pécheurs qui se repentent de leur faute.

Un chef religieux populaire

Les 95 thèses et le «sermon sur la grâce et l'indulgence», où Luther explicita sa position l'année suivante, très largement diffusés, firent de leur auteur non plus seulement un théologien savant mais un chef religieux contestataire, et à ce titre, très populaire. En effet, sans l'avoir nécessairement cherché, Luther atteignait un double but. D'une part, il mettait indirectement en cause la papauté: la critique des indulgences concernait implicitement le pape, qui s'était servi de cette campagne (en prétendant détenir le pouvoir d'abréger les souffrances des âmes des défunts) pour réaffirmer une autorité affaiblie depuis cent cinquante ans et pour créer une source non négligeable de revenus. D'autre part, cette critique entamait la piété populaire née de la hantise de la mort et de la peur de l'au-delà, principales responsables du succès de la vente des indulgences. À cette foule de fidèles en quête de sécurité spirituelle, Luther voulait offrir une nouvelle rationalité religieuse, fondée sur la confiance en un Dieu miséricordieux et répondant en même temps aux nouveaux besoins religieux des lettrés, notamment des élites urbaines.

La radicalisation des positions

Le succès rencontré par Luther ne pouvait laisser Rome indifférente. Comme à l'accoutumée, une procédure fut engagée pour obtenir du déviant la rétractation de ses «erreurs» et, si ce but n'était pas atteint, l'excommunier. Après une première audition en avril 1518, Luther fut accusé, en juin, d'hérésie et de crime de lèse-papauté. Mais l'appui de son prince, Frédéric le Sage, favorisa la poursuite des tractations. Pourtant, la position de Luther se radicalisait de plus en plus: en octobre 1518, il affirmait que non seulement un concile, mais même un simple fidèle pouvait convaincre le pape d'erreur s'il était en mesure de s'appuyer sur le témoignage de la Bible; en juillet 1519, il précisait qu'un concile pouvait également se tromper et que l'Église n'avait nullement besoin d'un chef terrestre puisque le Christ se trouvait à sa tête. Un traité (Sur la papauté de Rome) popularisa cette nouvelle position. C'en était trop: le 15 juin 1520, dans la bulle Exsurge Domine, Léon X sommait Luther de se rétracter, sous peine d'être excommunié.

La propagation des idées de Luther

Près de trois ans s'étaient écoulés depuis la parution des 95 thèses, mais ce délai n'avait rien d'inhabituel. C'est l'invention récente de l'imprimerie qui changeait complètement le cours normal des choses: en trois ans, un mouvement d'opinion s'était créé. Plusieurs centaines de milliers d'exemplaires des écrits de Luther avaient été diffusés et avaient obtenu un impact grandissant. Grâce à la fréquente lecture à haute voix des ouvrages du moine augustin, même les illettrés pouvaient y accéder. L'écho rencontré par Luther était énorme dans l'espace germanophone, et au moment où l'anathème fut définitivement prononcé contre lui et ses partisans (3 janvier 1521, bulle Decet romanum pontificem) des traductions en néerlandais, en tchèque et en français circulaient sous le manteau, permettant à des non-latinisants de prendre connaissance des écrits du novateur. Contrairement à la situation qui prévalait aux siècles précédents, la papauté ne se trouvait donc pas face à un «hérétique» et à un nombre limité de disciples, mais devant un vaste mouvement religieux qui était en train de gagner des partisans dans toute la chrétienté occidentale.

La convocation à la diète de Worms

Ce mouvement si ample restait encore fragile. S'il est vrai que nombreux furent ceux qui sympathisaient avec l'action de Luther ou qui partageaient certaines de ses idées, ils n'étaient pas tous prêts à le suivre dans sa rupture. En fait, depuis environ un millénaire, chaque être humain faisait partie de l'Église, et son existence dans la société en était imprégnée. L'excommunication avait des conséquences sociales redoutables: l'hérétique n'était plus considéré comme une personne. Convoqué à la diète de Worms par l'empereur Charles Quint, Luther peut, lors de son voyage vers cette ville, constater à quel point il est populaire auprès des foules. Mais sur place, malgré les sympathies dont il dispose, il est mis au ban de l'Empire: l'édit de Worms intime à quiconque, sous peine d'être passible du crime de lèse-majesté, de saisir ou de faire saisir Luther afin de le livrer au bras séculier. Le moine n'échappe à cette condamnation que grâce à une ruse de Frédéric le Sage, qui organise son enlèvement et le cache au château de la Wartburg. L'effervescence continue cependant.

L'extension du mouvement

Des innovations sociales et éthiques

La même année 1521, à Zurich, Ulrich Zwingli (1484-1531), prédicateur et curé de la collégiale, renonce à la pension que Rome lui allouait. Deux ans plus tard, le magistrat de Zurich adopte ses «67 thèses», qui constituent le premier programme de changement global proposé par la Réforme, reliant au renouveau théologique des modifications éthiques et sociales. La messe ne tarde pas à être remplacée par un culte centré sur la prédication et doté d'une liturgie plus dépouillée qu'elle ne le sera dans le protestantisme luthérien. Des institutions charitables se développent, et un idéal de haute moralité est proposé voire parfois imposé aux Zurichois. Son influence gagna d'autres cantons, qui affrontèrent les cantons restés catholiques en 1531, à la bataille de Kappel, où Zwingli fut tué.

Des changements parallèles ont lieu à Strasbourg, où collaborent étroitement des théologiens comme Martin Bucer (1491-1551) et des cadres de la cité comme Johannes Sturm. À Wittenberg même, la ville de Luther, ce dernier doit prendre le risque de quitter la Wartburg pour reprendre la direction des innovations et les réaliser progressivement. En effet, une tendance plus radicale, influencée par l'illuminisme, s'était affirmée dès 1522.

L'échec de Münzer

Les ruptures religieuses ne pouvaient donc être entreprises qu'en lien avec le pouvoir politique, ou du moins leur succès dépendait-il en partie de l'appui des laïcs chrétiens puissants qu'étaient les princes et les représentants des villes. En témoigne l'échec de Thomas Münzer (1489-1525), qui prônait une théologie spiritualiste fondée sur la participation aux souffrances du Christ (le «Christ amer», qu'il oppose au «doux Christ» celui qui fait grâce de Luther). Après avoir vainement tenté d'obtenir, notamment en 1524, l'appui de certains princes, Münzer se lie aux paysans en révolte dont les bandes armées se multiplient et commettent des exactions. Luther, après avoir tenté une sorte d'arbitrage, finit par condamner le mouvement, qui sera écrasé à Frankenhausen et Münzer décapité par des armées de princes catholiques et protestants.

Ainsi, si Luther a donné l'impulsion initiale, il reste très peu de temps le seul réformateur: alors qu'il est mis au ban de l'Empire, son action est rapidement reprise par d'autres animateurs du mouvement. En mettant en cause des institutions ecclésiastiques transnationales (tels la papauté, le concile, les ordres religieux), en liant son sort aux aspirations de renouveau manifestées par des autorités temporelles, en traduisant et en diffusant la Bible dans différentes langues vernaculaires, en refusant enfin de reconstituer une hiérarchie unique, la Réforme a conduit à l'édification d'une pluralité d'Églises liées à des cultures et à des territoires distincts.

Calvin

À partir de 1536, la vieille cité épiscopale de Genève devient protestante et fait appel à Jean Calvin (1509-1564), qui a alors vingt-sept ans, pour organiser la nouvelle Église. Ses suggestions étant refusées, il part en 1538, mais de nouvelles autorités élues le rappellent en 1541. Il va transformer la cité genevoise en une sorte de cité-refuge et de capitale spirituelle du protestantisme. De Genève partent,dans différents pays d'Europe, des livres et, grâce à l'académie fondée en 1559, des pasteurs.

Calvin exerce notamment une influence sur le jeune roi d'Angleterre Édouard VI, fils de Henri VIII, le souverain qui provoqua en 1534 un schisme avec Rome. L'anglicanisme va cependant se révéler, à partir d'Élisabeth Ire (1558-1603), un protestantisme tempéré, que l'on peut sommairement définir comme une Église théologiquement proche d'un calvinisme modéré dans un cadre ecclésiastique resté assez peu éloigné du catholicisme. L'Écosse, en revanche, sera calviniste après 1560, sous l'influence de John Knox (1513-1572).

Alors qu'en Allemagne la paix d'Augsbourg a officialisé la division confessionnelle de l'Empire, dans le nord de l'Europe, les pays scandinaves ont adopté le protestantisme sous sa forme luthérienne. La Réforme, en quarante ans, a donc réussi à s'implanter dans de nombreux territoires.



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