la Réforme

Introduction

Préhistoire et contexte de la Réforme

L'importance de la Bible

La contestation au Moyen Âge

Une nouvelle lecture des Saintes Écritures

Les courants de réformes au sein de l'Église

L'émergence de la Réforme

La polémique de Luther

Un chef religieux populaire

La radicalisation des positions

La propagation des idées de Luther

La convocation à la diète de Worms

L'extension du mouvement

Des innovations sociales et éthiques

L'échec de Münzer

Calvin

Unité et diversité de la Réforme

Les caractéristiques communes

L'autorité de la Bible

· La mouvance évangélique

· La mouvance libérale

· Sacralité et désacralisation des Écritures

· La valeur de l'image

· La foi, le sacerdoce et le culte

· Les sacrements : le baptême et la cène

Les principales Églises issues de la Réforme

· L'anglicanisme

· Le baptisme

· Le luthéranisme

· Le presbytérianisme et la tradition réformée


 

Unité et diversité de la Réforme

L'absence d'une autorité humaine unique marque la Réforme et la rend diverse: Luther est à la fois le fondateur du mouvement et un réformateur parmi d'autres. C'est pourquoi, si les Églises issues de la Réforme présentent des caractéristiques communes, elles comportent aussi des différences notables. Dès 1529, un désaccord théologique interne à la Réforme se produisit entre Luther et Zwingli à propos de l'eucharistie. Pour Zwingli, il faut interpréter les paroles d'institution de la cène prononcées par Jésus: «Ceci est mon corps» par «Ceci signifie mon corps». Luther, au contraire, se montre très attaché à la présence réelle. Une tentative de conciliation, entreprise notamment par Bucer, eut lieu au colloque de Marburg (1529). Mais, si l'accord fut réalisé sur d'autres points, une divergence subsista sur celui-là.

 

Les caractéristiques communes

La dialectique unité-diversité marque le protestantisme.

L'autorité de la Bible

Le fondement de la Réforme protestante consiste à proclamer «l'autorité souveraine de l'Écriture». La mission de chaque Église est donc avant tout de prêcher la Parole de Dieu, contenue dans la Bible, et d'administrer les sacrements dont il est explicitement question dans le Nouveau Testament. Mais la Bible est un recueil de livres écrits à différentes époques et dans des contextes divergents. Proclamer l'autorité de la Bible signifie donc que l'on estime que ses différents auteurs ont été inspirés par Dieu et que celui-ci, grâce à l'action du Saint-Esprit, peut également éclairer les lecteurs. Sur ces principes, la plupart des protestants sont d'accord. Cependant, la manière dont ils les appliquent concrètement dans la vie chrétienne est très diverse.

La mouvance évangélique

Le terme est né au XVIIIe siècle (dans son sens moderne). Cette mouvance est aussi appelée fondamentaliste (terme né au début du XXe siècle); elle insiste sur la nécessité d'une «conformité doctrinale»: la Bible enseigne clairement des doctrines immuables (comme la naissance virginale ou la résurrection corporelle de Jésus-Christ) auxquelles il faut adhérer pour pouvoir être un vrai chrétien. L'inspiration est dite «plénière»: elle a tendance à être comprise dans un sens strict. On insistera d'autant plus sur la nécessité d'une lecture croyante qu'elle semble, dans cette perspective, menacée par l'agnosticisme ambiant de la vie moderne.

La mouvance libérale

Dite aussi néolibérale, elle s'est développée depuis le XIXe siècle et privilégie des méthodes qui permettent une approche «moderne» des textes bibliques. La grande nouveauté du libéralisme théologique a d'abord consisté en la formation, notamment dans les universités allemandes, de l'«école historico-critique», qui retrouve, en deçà de la formation du texte biblique, les divers éléments de sa constitution. Aujourd'hui, on utilise également la sémiotique et d'autres méthodes qui appréhendent chaque texte comme un récit en soi. Certains, dans le cadre d'une «théologie contextuelle», veulent adapter le message biblique à divers «contextes» contemporains, notamment aux luttes des femmes ou du tiers-monde.

 

Sacralité et désacralisation des Écritures

Le théologien protestant le plus important de ce siècle, Karl Barth (1886-1968), déclarait que la Bible est, de façon dialectique, indissolublement Parole de Dieu et parole humaine. À ce dernier titre, elle peut être analysée, comme n'importe quel autre texte, par toutes les démarches critiques et scientifiques possibles. Cependant, en tant que Parole de Dieu, elle dépasse toute lecture humaine et comporte à la fois un jugement et une action de grâce sur l'humanité. Oscillant entre sacralisation et banalisation, l'approche de la Bible est l'objet d'une tension permanente.

 

La valeur de l'image

L'importance de la Bible dans les Églises issues de la Réforme correspond aussi au privilège accordé à l'écoute, l'image étant parfois suspectée d'être l'objet d'une vénération qui peut devenir une «adoration idolâtre». Certaines tendances protestantes, comme la tradition réformée, marquent cette méfiance par le dépouillement des temples et le refus du crucifix (la croix doit être nue pour que l'image du Christ ne devienne pas objet de culte). Selon d'autres tendances, comme l'anglicanisme et le luthéranisme, l'image peut revêtir un rôle pédagogique dans le cheminement de la foi. À ce titre, elle n'a pas à être négligée, mais elle doit renvoyer seulement au Dieu trinitaire.

La réserve face à l'image ne constitue pas un refus de toute sensibilité. La piété biblique protestante se manifeste par des chants, qui permettent aux fidèles de participer activement au déroulement du culte. Luther lui-même a œuvré dans ce sens. Le chant des psaumes, la musique de Jean-Sébastien Bach les cantiques constituent le fondement principal de ses cantates et les negro spirituals coexistent dans l'univers musical protestant moderne.

La foi, le sacerdoce et le culte

Au «principe formel» de la Réforme (l'autorité de l'Écriture) correspond un «principe matériel», celui de la justification par la foi, fruit de la seule grâce divine. Selon le comité mixte catholique-protestant français, une «différence fondamentale» demeure entre catholicisme et protestantisme. Pour ce dernier, en effet, «l'Évangile de la justification par la foi», sola fide, reste à la place centrale. Toute idée de «coopération» de l'Église au «mystère du salut», qui ne ferait plus de Dieu l'unique auteur de la grâce, apparaît inacceptable aux yeux des protestants: «L'Église est toujours objet de la grâce, jamais son sujet.» Elle est, comme chaque individu chrétien, «sanctifiée et non sanctifiante».

Les principales divergences du protestantisme avec l'Église catholique résident dans le refus d'une différence d'«essence» entre clercs et laïcs (au profit d'une simple distinction de fonction), dans le refus du sacrifice de la messe et dans l'affirmation que, ne pouvant montrer la voie du ciel, aucune créature ne peut être priée (ni Marie, ni les saints). Ces caractéristiques de la Réforme sont intimement liées à l'affirmation que le salut est accordé par la «grâce seule», laquelle doit être reçue par la seule foi en Christ. Les œuvres sont des manifestations de reconnaissance envers le Dieu d'amour: en aucune manière elles ne procurent le salut.

Les sacrements : le baptême et la cène

Il en est de même de la vision protestante des sacrements: la Réforme s'est opposée à une conception objectiviste qui tend à faire de leur administration un moyen de grâce. Pour elle, les sacrements sont seulement des signes de la grâce divine. Ils ne peuvent donc revêtir de valeur que s'ils sont reçus dans la foi. Cependant, il se manifeste une tendance au sein de l'anglicanisme et du luthéranisme qui voudrait obtenir de l'Église catholique la possibilité d'une «intercommunion», qui développe en conséquence une conception plus sacramentelle; mais l'Église catholique refuse toujours la communicatio in sacris.

Les protestants reconnaissent en général seulement deux sacrements: le baptême, qui n'est pas un moyen de salut (c'est pourquoi, dès le XVIe siècle, il n'était pas forcément administré juste après la naissance), mais le signe par lequel on entre dans l'alliance de Dieu; la Cène, qui n'est pas un sacrifice offert par l'Église (qui pourrait ainsi coopérer à l'agir salutaire de Dieu), mais une cérémonie à laquelle le Christ invite les fidèles («Faites ceci en mémoire de moi»), se donnant lui-même aux croyants. Cependant, la pénitence et l'absolution sont également incluses dans les sacrements par certains luthériens et anglicans.

Certaines Églises protestantes réservent le baptême aux adultes capables de «professer» leur foi. D'autres ont tendance à l'administrer dès l'enfance, dès lors que les parents en font la demande. D'autres Églises, enfin, comme l'Église réformée de France, admettent les deux pratiques. Quant à la Cène, il existe un commun refus de la transsubstantiation catholique, mais il subsiste entre luthériens et réformés un relatif désaccord, qui est cependant atténué depuis 1974, date à laquelle sont intervenus des accords entre les deux groupes d'Églises (concorde de Leuenberg).

Les principales Églises issues de la Réforme

L'anglicanisme, le baptisme, le luthéranisme, le presbytérianisme et la tradition réformée, qui récusent unanimement certains aspects du catholicisme, se caractérisent par des conceptions doctrinales et des usages liturgiques particuliers.

 

L'anglicanisme

Cette forme tempérée de protestantisme a encore aujourd'hui comme base doctrinale les 39 articles d'orientation calviniste: pour les anglicans, l'Écriture est l'autorité unique en matière de foi, le baptême et la Cène sont les deux sacrements, et il n'existe aucune obligation de célibat ecclésiastique. Des éléments catholicisants subsistent cependant dans la liturgie et le principe épiscopal est maintenu.

Différents courants existent dans les Églises anglicanes:

le courant High Church (appelé aussi anglo-catholicisme), qui valorise la tradition de l'Église ancienne, insiste sur l'importance de l'épiscopat et de la succession apostolique, défend les ornements liturgiques et, d'une manière générale, les usages (comme la célébration de l'eucharistie le dos tourné à l'assistance) qui rapprochent l'anglicanisme du catholicisme;

le courant Low Church, qui insiste, au contraire, sur le fait que l'anglicanisme est issu de la Réforme. Il défend une conception plus fonctionnelle de l'épiscopat et souhaite une liturgie simple, dépouillée. Il se méfie souvent des tentatives de rapprochement avec Rome. Marqué par le puritanisme au XVIIe siècle, puis par un mouvement, le Réveil, au XIXe siècle, le courant Low Church insiste particulièrement sur l'autorité des textes bibliques;

le courant Broad Church, qui est proche sur certains points du courant Low Church (notamment, leur conception du ministère est identique), mais il interprète la Bible de façon libérale et veut accompagner théologiquement la modernité.

L'Église d'Angleterre est la plus importante des Églises anglicanes, également présentes en Afrique du Sud (l'évêque sud-africain noir Desmond Tutu a reçu le prix Nobel de la paix en 1984), en Australie, au Canada, aux États-Unis d'Amérique (sous le nom de Protestant Episcopal Church) et en Nouvelle-Zélande.

Le baptisme

Dès le XVIe siècle, des groupes minoritaires, voire pourchassés à l'intérieur même du protestantisme, refusaient le baptême des enfants et estimaient que ce sacrement devait être lié à une démarche consciente de conversion. Dans cette perspective, l'Église est l'assemblée locale des fidèles ayant reçu le baptême à l'âge adulte. Ce baptême s'effectue aujourd'hui par immersion.

Les baptistes insistent sur l'autorité de la Bible et sur l'importance du maintien des principales doctrines chrétiennes dans une société sécularisée. Ils n'ont pas d'instances dirigeantes supralocales, même s'ils peuvent se regrouper sous une forme fédérative. Du baptisme est né, au début de ce siècle, le pentecôtisme, pour lequel, grâce au baptême de l'Esprit, Dieu accorde des dons promis dans la Bible: une puissance qui guérit les maladies et qui transforme la vie des gens.

Les baptistes constituent le groupe protestant le plus important aux États-Unis d'Amérique (parmi les baptistes sont à signaler Martin Luther King et les présidents Jimmy Carter et Bill Clinton), et ils sont présents dans de nombreux autres pays.

Le luthéranisme

La confession de foi la plus importante du luthéranisme est la Confession d'Augsbourg (1530), rédigée par Philip Melanchthon (1497-1560). On y trouve les affirmations centrales du protestantisme: autorité souveraine de la Bible, salut par la grâce, sacerdoce universel des croyants, etc.

Les Églises luthériennes confièrent aux princes l'organisation des Églises et un certain rôle de surveillance. La doctrine des «deux règnes» (le spirituel et le temporel) insiste sur l'autonomie du temporel et ses responsabilités propres en ce qui concerne l'ici-bas. Elle fut facteur de sécularisation et de modernité, mais elle aboutit souvent, au cours de l'histoire, à une attitude plutôt passive des luthériens face aux pouvoirs politiques.

La foi des luthériens donne une place à la sensibilité: l'intérêt pédagogique des images est, en général, admis, et une grande place est faite aux cantiques. Le principal sujet de débat entre luthériens et réformés a porté sur le sacrement de la Cène: pour les luthériens, le pain et le vin ne se transforment pas en substance du Christ, comme dans la doctrine catholique (transsubstantiation), ils sont véritablement corps et sang du Christ (à la différence de la doctrine réformée). C'est ce que l'on appelle la consubstantiation. On trouve, d'autre part, dans le luthéranisme actuel, une tendance proche de la High Church anglicane. Les luthériens sont majoritaires en Allemagne et en Scandinavie. Mais il existe aussi des Églises luthériennes en France, aux États-Unis d'Amérique et dans plusieurs pays d'Afrique.

Le presbytérianisme et la tradition réformée

Les presbytériens représentent une lignée issue de Jean Calvin (le premier terme est anglo-saxon, le second est en usage en Europe occidentale). Les confessions de foi des Églises presbytériennes et réformées ont souvent revêtu un caractère national, comme en témoignent la Confession d'Écosse, la Confession helvétique, la Confession de La Rochelle (pour la France). Les doctrines principales de ces Églises sont identiques à celles des Églises luthériennes, mais elles considèrent que, lors de la Cène, la présence réelle du Christ dans les éléments du pain et du vin est d'ordre spirituel: elle s'opère par le Saint-Esprit et non par une transformation du pain et du vin.

Le calvinisme se distingue également par son insistance sur la gloire de Dieu, qui s'est traduite au XVIe siècle par la croyance en la «prédestination» de chaque être humain au «salut» ou à la «damnation». Ce fut alors un facteur d'affranchissement à l'égard d'un pouvoir qui s'affirmait de droit divin: le destin religieux était entre les mains de Dieu seul. Mais l'expression donnée à cette croyance fut contestée à partir du XVIIe siècle (notamment par la tendance arminienne) et, aujourd'hui, une majorité de réformés croient que le salut est offert à tous les êtres humains, ce qui assouplit cette doctrine.

Affirmant que tout doit concourir à la gloire de Dieu, le calvinisme favorisa l'esprit d'entreprise, la conduite méthodique, l'ardeur au travail. Il développa un état d'esprit démocratique, notamment par son organisation interne, qui consiste en une succession d'instances collégiales, du local au national, et qui associe laïcs et pasteurs dans le gouvernement des Églises. Cependant, la propension de certains de ses membres à se prendre pour le «peuple élu» entraîna un certain mépris racial (notamment à l'égard des Indiens d'Amérique du Nord), voire des pratiques de discrimination (Afrique du Sud).

On trouve des Églises réformées dans d'autres régions du monde anglo-saxon (en Écosse, par exemple), en Hongrie, en Suisse, en France et dans le tiers-monde.



Données encyclopédiques, copyright © 2001 Hachette Multimédia / Hachette Livre, tous droits réservés. .
Copyright © 2001 Yahoo! France. Tous droits réservés.  –