La Réforme
Une des causes de la Réforme est la corruption du clergé et les scandales de certains papes. Une cause plus fondamentale est l'édition de la Bible à grand tirage à bas prix, grâce à l'imprimerie de Gutenberg, en 1455. En effet, cela permet d'étudier les Ecritures et de découvrir la Vérité. Et il ne faut pas oublier les Wycliffe, Hus, Savonarole et autres qui ont défriché la route.
1. La Réforme Luthérienne
Martin LUTHER (1483-1546)
Moine augustin, il réalise, en étudiant l'épître aux Romains, que l'homme ne peut être justifié par ses propres mérites, mais que Dieu le fait gratuitement pour ceux qui croient en Jésus-Christ.
Romains 1.17 : Le juste vivra par la foi.
Après un voyage à Rome, il perd sa confiance dans les institutions catholiques.
1517, Tetzel, un Dominicain, vient à Wittenberg, où Luther se trouve, et prêche à propos des indulgences, dont le produit ira à la construction de la basilique Saint-Pierre. Scandalisé, Luther affiche 95 thèses contre le système catholique, le 31 octobre 1517, à la porte de l'église : la rupture avec l'Eglise catholique est consommée. Voici 3 de ces thèses :
27. Ils prêchent l'homme, ceux qui disent qu'aussitôt tintera l'argent jeté dans la caisse, aussitôt l'âme s'envolera (du purgatoire).
28. Il est certain que dès que la pièce tinte dans la caisse, le gain et la cupidité peuvent être augmentés; mais l'intercession de l'Église dépend de la volonté de Dieu seul.
51. Il faut apprendre aux chrétiens que le pape serait disposé, comme il le doit - et même s'il était nécessaire qu'il vende pour cela la basilique Saint-Pierre - à donner de ses propres deniers à un grand nombre de ceux auxquels les fabricants d'indulgences soutirent leur argent.
Ces thèses se répandent dans toute l'Allemagne à une vitesse fulgurante.
1519, il affirme que les conciles sont faillibles.
1520, Léon X
l'excommunie.
Luther brûle la bulle papale à l'entrée de la ville. Pour lui c'est "la bulle exécrable de l'Antichrist".
1521, Charles Quint (1519-1556), empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, le convoque à la diète de Worms (diète, représentants civils et religieux). Il est déclaré hors-la-loi. Mais le prince Frédéric de Saxe l'enlève et le place sous sa protection. Luther, déguisé en chevalier, traduit le Nouveau Testament en allemand.
Organisation de la Réforme (1523-1535)
De retour à Wittenberg, Luther s'attache à la structure de la Réforme afin de faire face au catholicisme. Philippe Melanchthon (1497-1560) devient le collaborateur de Luther ; il est doux alors que Luther est plutôt révolutionnaire.
1534, la traduction de la Bible est achevée, ceci permet d'affermir les chrétiens dans la doctrine. En même temps il fixe l'allemand moderne.
Ce n'est qu'en 1526 qu'il supprime la messe en latin. Il rejette la doctrine du sacrifice dans l'eucharistie. Mais il croit à la présence de Christ dans les éléments, consubstantiation (voir la position de Zwingli ci-dessous). Il supprime le célibat des ecclésiastiques. Lui-même se marie avec une ancienne religieuse, il aura 6 enfants.
2. La Réforme Calviniste
Ulrich ZWINGLI (1484-1531)
Parallèlement, une réforme naît en Suisse, indépendamment de celle qui se développe en Allemagne. Zwingli s'élève contre la "rémission des péchés" accordée à toute personne effectuant un pèlerinage à Einsiedeln, pour adorer la Vierge.
1522, il rompt avec l'Eglise catholique.
1523, la Réforme est
reconnue à Zurich suite à une discussion entre évangéliques et catholiques
devant le conseil de la ville avec la Bible comme référence. Même résultat
quelques années après à Berne et à Bâle. Les cantons agricoles du centre
restent attachés au catholicisme. Une guerre civile s'ensuit.
1531,
Zwingli est tué lors d'un affrontement.
Zwingli est allé plus loin que Luther, alors que ce dernier croit à la présence du Christ dans la Sainte cène, Zwingli affirme que ce n'est qu'un mémorial. Tout ce qui n'est pas enseigné par la Parole de Dieu doit être rejeté. Les images sont retirées des églises ; Luther, tout en refusant de les vénérer, les avait conservées.
Le réformateur de l'Alsace, Maurice BUCER (1491-1551) se convertit par le biais de Luther. Adoptant certains points de vue de Zwingli, il organise l'Eglise de Strasbourg, à mi-chemin entre la doctrine de Luther et celle de Zwingli. Il désire profondément le rapprochement des 2 mouvements.
1529, colloque à Marbourg convoqué pour réunifier les 2 mouvements protestants. Mais la différence au niveau de la cène consomme la division en 2 branches de la famille protestante.
Les précurseurs francophones
Lefèvre d'Etaples, professeur humaniste à la Sorbonne, commence à étudier les Ecritures. 1512, affirme avant Luther, l'autorité suffisante de la Bible et la justification par la foi. Il traduit le Nouveau Testament puis l'Ancien Testament en français.
Un ami et disciple, Briçonnet, évêque de Meaux, répand le Nouveau Testament et s'élève contre les abus catholiques. Mais de peur que ses adeptes ne deviennent luthériens, il se rétracte et interdit la lecture du Nouveau Testament en français.
Louis de Berquin, en 1529; ayant traduit les écrits de Luther est brûlé vif à Paris.
Des protestants extrémistes, collent des affiches contre la messe, sur la chambre de François Ier (1515-1547). Après l’affaire des placards, François Ier ordonne une procession pendant laquelle 6 protestants sont brûlés vifs.
Guillaume Farel (1489-1565), né à Gap, disciple de Lefèvre d'Etaples, est chassé de Meaux. Il se rend à Berne, d'où il évangélise le pays de Vaud et le Jura. Frappé, menacé et en danger de mort, il est inébranlable. Sa stratégie est de faire de la Suisse romande une base pour la France. Travaillant en collaboration avec les églises vaudoises, il publie la Bible d'Olivétan, qui sera utilisée jusqu'au 19ème siècle dans les églises francophones.
Jean CALVIN (1509-1564)
Né à Noyon (Picardie), il se convertit très tôt. A 24 ans, il doit fuir Paris après avoir rédigé un discours très évangélique. Se rendant à Bâle, il publie un traité de doctrine afin d'affermir les chrétiens, l'Institution chrétienne.
Il est considéré comme le plus grand des théologiens depuis Augustin.
1536, Farel (né à Gap, 1489-1565) appelle Calvin (27 ans) et lui confie la responsabilité de l'église de Genève. Mais les Genevois bannissent Calvin et Farel, à cause de la discipline que le premier veut introduire.
Calvin est alors demandé à Strasbourg par Maurice Bucer. Il se marie à une veuve, Idelette de Bure. Son séjour dans cette ville lui permettra d'organiser plus tard les Eglises réformées. 1541, les Genevois regrettant Calvin le rappellent. Il y reste 23 ans.
La doctrine : elle est théocentrique, basée sur la révélation de Dieu dans la parole. Il insiste sur l'assurance qui s'attache au salut, par la seule grâce de Dieu. Pour la Sainte cène, il n'est ni luthérien, ni zwinglien. Pour lui, Jésus est présent spirituellement et non pas matériellement.
Il diminue plus que Luther, la distance entre clergé et laïques. Les pasteurs prêchent, les docteurs enseignent les enfants, les anciens sont chargés de la discipline et les diacres sont chargés des pauvres et des malades.
En France
1539, synode à Paris : les Huguenots se constituent en une église indépendante de l'Etat. Un quart de la France est protestante, dont beaucoup de nobles. Ce chiffre n'a encore jamais été atteint depuis : c'est un défi !
Les évangéliques sont persécutés. François Ier organise un massacre des Vaudois à la fin de son règne.
Henri II (1547-1559) crée une chambre au Parlement pour juger les hérétiques. Elle est surnommée "chambre ardente" à cause du nombre élevé des victimes qu'elle envoya sur le bûcher.
1559, à la mort d'Henri II, il y a 2 000 églises !
1562, le cardinal de Sainte Croix, écrivant au Vatican, dit : "Plus de la moitié du Royaume est Huguenote" !
1562, plus de 2 000 écoles primaires chrétiennes, sans compter les Collèges et les Académies (une trentaine). A l'académie de Die, 1/5è des élèves deviennent pasteurs !
Les maîtres travaillent avec les pasteurs. L'école est intégrée dans la vision de l'Eglise ; là où il y avait une église, il y avait une école... "L'Eglise n'a jamais fleuri sans écoles" (Calvin).
Ceci entraînera la création des maternelles au 18ème, par le pasteur Oberlin (voir plus loin).
Aux Pays-Bas
Les écrits de Luther s'y répandent très tôt ; cependant le calvinisme va prédominer, car sa doctrine plus rationnelle et sa constitution d'église pratique et démocratique conviennent mieux au caractère du peuple.
1523, premiers martyrs : 2 moines augustins sont brûlés vifs.
Philippe II déclara qu'il préférerait voir tuer 100 000 hommes plutôt que de changer la religion catholique. Le duc d'Albe se venta d'avoir prononcé 18 600 arrêts de mort durant les six ans qu'il gouverna les Pays-Bas.
Les provinces du nord, sous la direction de Guillaume d'Orange, se soulèvent pour défendre leur liberté. Elles se liguent à Utrecht en 1579. Les provinces du sud (future Belgique), demeurent sous la tutelle de l'Espagne (Charles Quint), et restent catholiques. Les évangéliques émigrent par milliers dans les provinces du nord.
1609, les Espagnols concluent l'armistice.
1648, ils reconnaissent
l'indépendance des états du nord, (traité de Westphalie).
Le calvinisme s'impose dans les provinces du nord, les catholiques sont exclus des fonctions publiques.
En Italie
Les écrits de Luther s'y répandent également et plusieurs y adhèrent, surtout parmi des femmes de haute culture. Mais l'Italie n'a pas de réformateur, elle ne connaît pas d'opposition à l'égard du pape. Au contraire, le pape est considéré comme une institution nationale, à laquelle beaucoup se trouvent liés par les avantages matériels qu'elle leur procure, bien qu'ils connaissent tous ses défauts...
Le protestantisme, par l'Inquisition, est enrayé. Le pape Paul IV (1555-1559), déclare que l'Inquisition est le seul soutien ferme et sûr de la papauté.
En Espagne
Les hérétiques sont persécutés à mort par Philippe II, qui déclare préférer perdre ses terres plutôt que de régner sur des hérétiques. On les juge en grande pompe en présence de la cour et de la foule accourue pour se délecter de ce spectacle. L'Espagne est ainsi "préservée".
En Allemagne
C'est l'orthodoxie luthérienne qui prédomine. Elle va petit à petit paralyser la vie spirituelle et avec les années, se ranger dans une voie de garage.
"La saine doctrine" : Les évangéliques se dispersent, en grande partie à cause de controverses intestines sur "la saine doctrine". On attache une importance exagérée à la doctrine et on affirme que l'église est la communauté visible de ceux qui s'en tiennent fermement à "la saine doctrine".
La vie de l'église : La vie pratique de l'église souffre de l'orthodoxie ; les coutumes sont scrupuleusement gardées ; les prédications sont longues, savantes et comportent des jugements sur ceux d'une autre conviction doctrinale. Après avoir reçu la réconciliation accomplie par Christ, on oublie de suivre son exemple.
La formule de concorde : 1577, cette formule ("d'unité") de conception orthodoxe est seule autorisée. Où cette formule s'implante, l'orthodoxie triomphe, et l'élan vital de la Réforme se fige. La pure doctrine est considérée comme l'âme de l'église. Ceci entraîne une intransigeance contre ceux qui pensent autrement (ça nous guette tous). "Plutôt papiste que calviniste"...
La mission : Pour eux, l'ordre missionnaire n'a été donné qu'aux apôtres et ils l'auraient exécuté dans tous les pays ; ce qu'on croit prouver par Romains 10.18 et Colossiens 1.23. Il n'est donc pas nécessaire d'évangéliser. Bien sûr, Dieu nous appelle, au contraire, à évangéliser :
Matthieu 28.19 : Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit...
Marc 16.15 : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.
En Europe Orientale : Le protestantisme pénètre largement dans les pays baltes, Estonie, Lettonie, Lituanie. La Russie par contre, reste longtemps fermée à la Réforme. En Bohême et en Moravie, où la majorité de la population s'est rattachée aux Frères Moraves, Luther a de nombreux partisans, parmi les Tchèques et les Allemands. Le luthéranisme, et plus tard le calvinisme, se répandent largement en Autriche, Hongrie et Pologne, parmi les nobles.
3. L'Eglise anglicane
Henri VIII, roi d'Angleterre, voulant répudier sa femme, Catherine d'Aragon, tante de Charles V, fait trancher la question par les universités et le clergé.
1534, Acte de suprématie proclamant le roi comme "seul chef suprême sur terre de l'Eglise d'Angleterre". 1538, le pape excommunie le roi.
Le roi fait décapiter les catholiques comme rebelles et brûler les protestants comme hérétiques.
Edouard VI, successeur d'Henri VIII, fait appel à des théologiens étrangers. Ainsi la confession de foi calviniste et la liturgie anglaise sont additionnées et donnent naissance à l'Eglise anglicane.
La reine Marie succède à Edouard et persécute terriblement les protestants, étant elle-même une catholique fervente. Durant son règne (5 ans), 600 protestants sont tués.
3 tendances vont se former dans l'avenir :
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Celle de Rome, cherchant à renouer avec le Vatican, qui reste fondamentalement traditionnelle,
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Celle satisfaite par les quelques réformes, église anglicane, d’où sont issus les Darbistes (Darby) et les Frères Larges (G. Muller), au 19ème siècle,
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Celle radicalement protestante, connu sous le nom de "puritains" ; divisés en 2 groupes : les presbytériens (laïcs + ecclésiastiques) ; les congrégationalistes, attachés à l'indépendance de l’église locale à l'intérieur d'un mouvement national.
4. La Réforme dissidente
Des évangéliques de Zurich, croyant au baptême, refusent le baptême des enfants et rebaptisent les adultes. D'où leur nom d'anabaptistes ou rebaptiseurs.
1527, Sattler rédige la confession de foi des anabaptistes ; il meurt martyr quelques temps après.
1534, une branche extrême porte préjudice à ce mouvement lorsque Jean de Leyde veut établir le règne de mille ans, à Munster (Westphalie). Tous les catholiques sont chassés de cette ville, après une "révélation", la communauté de bien et la polygamie sont instaurées... Ils sombrent dans l'immoralité et sont tournés en ridicule après avoir été chassés par les catholiques, en 1535.
S'il y a eu des exaltés, des austères et des libertins déréglés, il y eu surtout des chrétiens paisibles, attachés à la Bible.
Menno Simons, un prêtre qui s'est converti, se fixe la tâche de réorganiser ce mouvement. Petit à petit, les fanatiques perdent du terrain au profit d'une doctrine beaucoup plus stable. En reconnaissance à son œuvre de stabilisation, les membres adoptent le nom de "Mennonites". En France, ils s'installeront surtout dans l'Est.
Suite : La contre-réforme