La contre-réforme

La Réforme éveille un vif intérêt pour les problèmes spirituels. L'église catholique est contrainte de se ressaisir, d'affermir sa doctrine et de remédier, pour le moins, à quelques-uns des scandales les plus criants (la vie dissolue des prêtres).

Parallèlement, elle se doit d'arrêter l'expansion de la Réforme, qui devient une lourde menace à sa domination spirituelle. La contre-réforme est donc créée par le biais de deux facteurs importants : le Concile de Trente, et l'ordre des Jésuites.

Le Concile de Trente dote l'église romaine d'une doctrine ecclésiastique définitivement formulée.

L'ordre des Jésuites lui fournit un corps d'élite bien formé et prêt à combattre, qui lui permet d'acquérir une puissance plus grande encore qu'auparavant.

1. Le Concile de Trente (1545)

Les deux tâches du Concile de Trente

Fixer les dogmes romains : L'Ecriture et les traditions conservées par l'Eglise ont une autorité égale ; et l'Ecriture doit être interprétée  d'après la tradition. C'est à la sainte mère l'Eglise, que revient le droit de juger la pensée de l'Ecriture ! Les écrits apocryphes de l'Ancien Testament sont considérés comme appartenant aux Ecritures. La doctrine de la justification par la foi est rejetée. Au contraire, on déclare que la justification se fait par le baptême. Les sept sacrements, la doctrine du purgatoire et le culte des saints sont maintenus. On ratifie la pratique des indulgences, la doctrine de la transsubstantiation (pain = corps ; vin = sang).

Réformer la vie de l'Eglise : On décide un contrôle sévère de la vie et de l'activité du clergé. En effet, trop de scandales quant à la moralité du clergé avaient éclaté... Le pape peut expliquer et confirmer les décisions du concile. On reconnaît donc sa supériorité. Le concile suivant (3 siècles après celui de Trente) affirmera l'infaillibilité du pape ! (concile du Vatican).

Extraits de la Profession de foi du Concile de Trente

"Je confesse aussi qu'il y a, au sens propre et véritable du terme, 7 sacrements de la Nouvelle Alliance qui ont été institués par notre Seigneur Jésus-Christ et qui sont nécessaires pour le salut du genre humain, à savoir : le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordination, le mariage. Je confesse encore que dans les messes est consommé un sacrifice véritable et expiatoire pour les vivants et pour les morts. Je tiens fermement qu'il existe un purgatoire et que les âmes qui y sont renfermées trouvent un secours dans la prière des croyants."

2. L'ordre des Jésuites

Ignace de Loyola (Espagnol, 1491-1556)

A 30 ans, suite à une blessure à la jambe lors d'une bataille qui ne lui permettra plus de participer à d'autres combats, le désir de devenir un saint comme François d'Assise ou Dominique, et même de les surpasser, naît en lui.

Il se consacre à une vie ascétique sévère ; il ne prend ni viande, ni vin, laisse pousser ses cheveux et ses ongles, se flagelle 3 fois par jour et prie 7 heures. Il se met dans des états d'excitation nerveuse, pendant lesquels il a des visions. Il traverse de violentes dépressions, désirant se suicider. C'est un mystique fanatique (cf. son œuvre Exercices Spirituels).

Pour devenir un directeur de conscience, il doit acquérir la formation théologique nécessaire ; ce qu'il entreprend. Il va à l'Université de Paris, qui est alors le centre de la culture catholique romaine.

1534, avec des disciples, il s'engage à travailler comme missionnaire en Palestine, à l'entière disposition du pape. La guerre les empêche d'y aller ; ils entreprennent un travail de mission intérieure, prédication en plein air, confession et actes de charité.

Extrait d'une lettre écrite par Ignace en 1556 :

"Père Marin, déterminez-vous à prendre les 2 résolutions suivantes, la première, de suspendre votre jugement et de ne pas estimer qu'est péché ce qui n'apparaît pas l'être clairement et ce que les autres ordinairement ne considèrent pas comme péché ; la seconde, même là où vous craignez qu'il y a péché, vous devez vous remettre au jugement de votre supérieur et croire ce qu'il vous dira - non pas en tant qu'homme (bien qu'il soit homme prudent et digne de confiance), mais en tant que supérieur qui tient la place de notre Seigneur. Vous devez agir de la même façon envers n'importe quel supérieur, dans la confiance que la Providence vous gouvernera par son intermédiaire. Croyez-moi, si vous aviez la véritable humilité et soumission, les scrupules ne vous causeraient pas tant de souci. La racine des scrupules est un certain orgueil qui accorde plus de crédit au jugement propre qu'à celui d'autrui... "

1540, Paul III autorise Ignace à fonder un nouvel ordre qu'il appelle "Compagnie de Jésus". L'obéissance absolue est la vertu fondamentale de l'ordre. Il s'agit de vouloir et de penser comme son supérieur. Les Jésuites suivent les ordres et n'obéissent pas à leur propre conscience.

Tout novice doit passer par des "exercices spirituels" sévères auxquels tous les membres de l'ordre doivent se soumettre une fois par an. Après un temps d'épreuve de 2 ans, il prononce les vœux monastiques. Pour les grades supérieurs, il doit prononcer le 4ème vœu (obéissance inconditionnelle au pape), et il est initié aux règles secrètes. L'ordre est dirigé par un général, élu à vie, et auquel on se soumet comme à Christ (appelé "pape noir", espionné par d'autres jésuites).

Leur activité

Ignace, premier général de l'ordre, dirige depuis Rome. Il gagne la bienveillance des papes, qui accordent à l'ordre de grands privilèges. Les Jésuites reçoivent le droit de prêcher, d'écouter les confessions, et de lire la messe partout. Ils sont soustraits à l'autorité des évêques, et placés sous la dépendance directe du pape. En entrant dans l'ordre, on reçoit complète indulgence.

Ils font main basse sur l'instruction publique supérieure, et gagnent les classes dirigeantes. C'est un des buts de la Contre-Réforme : récupérer ce que la Réforme avait instauré suite à une impulsion du Saint-Esprit, au niveau de l'éducation. L'obéissance et la foi en l'autorité sont l’aboutissement de l'éducation. L'idéal poursuivit : penser et dire la même chose ; ceci afin de tuer l’œuf dans sa coquille...

Ils construisent de somptueuses églises, et dotent les cultes d'une grande pompe. Ils ont une grande influence comme confesseurs, auprès des princes et des nobles.

La casuistique : morale souple et élastique des Jésuites, s'accommodant des faiblesses de leurs pénitents distingués, afin de gagner leur faveur.

Ils ne craignent pas de recourir à toutes les ruses pour parvenir à leurs fins. Ignace disait que "ce qui me paraît blanc, je dois le croire noir si l'Eglise hiérarchique le définissait ainsi". Tous les moyens sont bons, même ceux contraires à la morale. Le moyen le plus efficace pour l'intérêt de l'église est considéré comme le meilleur.

Japon : début 17ème, il y a 1 million de catholiques, dont les 3/4 appartiennent à la mission jésuite. Fin 16ème, lors de persécutions sanglantes, 1 000 missionnaires et 200 000 indigènes périssent. On ordonne des rassemblements annuels au cours desquels tous doivent fouler aux pieds la croix. Le christianisme semble avoir été complètement extirpé.

Chine : Ricci est le pionnier de la nouvelle mission catholique. Il vit en mandarin et permet aux chrétiens de vénérer leurs ancêtres. Son oeuvre est poursuivie dans le même esprit par les Jésuites. Dominicains et Franciscains attaquent ces pratiques et le pape les condamne, ce qui provoque le désagrément de l'empereur. Les missionnaires sont chassés, les Jésuites restent à la cour, en qualité d'astronomes et de médecins.

Paraguay : Etat jésuite de 150 000 habitants. Chacune des 30 villes est gouvernée par 1 ou 2 Jésuites. Ils exercent un régime patriarcal clément, se souciant des besoins spirituels et temporels des indigènes. Au milieu du 18ème siècle, ils sont chassés ; cette œuvre jésuite est complètement détruite.

Suspension de l'ordre des Jésuites

Ils ont vaincu les protestants, mais cette victoire est due à l'emploi brutal de la puissance séculière, et en fait ils sortent de la lutte affaiblis. Les concessions extrêmes que les Jésuites accordent au paganisme provoquent le scandale, aussi plusieurs papes réprouvent leur casuistique et leurs méthodes. L'opposition devient si forte qu'à partir de la deuxième moitié du 18ème, ils sont expulsés du Portugal, de la France, de l'Espagne et de Naples.

1773, le pape Clément XIV supprime l'ordre définitivement. Ses 22 00 membres sont reçus dans d'autres ordres ou ordonnés prêtres.

Rétablissement de l'ordre

1814, le pape Pie VII restaure l'ordre. Les Jésuites reprennent une rapide expansion.

On pourrait penser qu'ils ont échoué, alors que l'ordre perd de son crédit dans certains pays ou qu'il est supprimé puis réhabilité, mais en fait la mission est accomplie : saper la Réforme à la base et récupérer l'éducation chrétienne.

Nous avons un terrain à reconquérir dans le domaine de l'éducation ! Nous avons un défi à relever dans notre génération, dans ce domaine très convoité.

3. La Contre Réforme en France

Les protestants subissent une persécution de plus en plus rigoureuse, qui provoque finalement une guerre civile.

1570, liberté de religion. Enfin la paix est conclue, les protestants reçoivent une liberté de religion limitée.

1572, nuit de la Saint Barthélemy (23 au 24 août) ; toute la noblesse protestante est rassemblée pour le mariage de Henri de Navarre, à Paris. Les Huguenots sont traîtreusement attaqués et massacrés, et en province, on imite l'exemple de la capitale (10 000 Huguenots massacrés à Paris, et de 30 à 100 000 en province). Durant 3 jours, massacres, viols et pillages se multiplient. Ils sont assassinés pour "assurer" la paix intérieure du pays.

1598, Édit de Nantes : le catholicisme reste la religion d'état, mais les Huguenots obtiennent la liberté de conscience. Il leur est cependant interdit de célébrer leur culte à Paris et les environs. On leur assure les droits civiques et l'accès aux charges officielles.

A ce moment, les Huguenots ne constituent plus qu'1/12 de la population, mais comme ils appartiennent généralement aux classes dirigeantes, leur influence est relativement grande.

Un nouveau temps de détresse commencera sous Louis XIV. Refusant de céder, tous les droits que l'édit de Nantes leur avait donné seront supprimés. Les temples sont démolis ou fermés (voir chapitre suivant).

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