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Aperçu historique de l’Ordre
des Maîtres Maçons de Marque
Tout chercheur curieux de l'histoire et des
origines du rituel de ce Grade se reportera avec profit au monumental
ouvrage du T.R.F le Rév. Neville
Barker Cryer, An.G.M.Prov.(Surrey) : The
Arch and the Rainbow(1), traduit en français par le
Professeur Georges Lamoine, sous le titre L'Arche
et l'Arc-en-Ciel, paru aux Editions SNES, à Toulouse en 1999.
¤
Ps.
118, v. 22
La
pierre que les maçons ont rejetée est devenue la pierre angulaire
Apo.
2, v.17
Au vainqueur je
donnerai de la manne cachée, je lui donnerai une pierre blanche, et, gravé
sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit.
¤
Selon la tradition, les tailleurs de pierre s’unirent
pour la première fois en une Fraternité sur le chantier de la cathédrale de
Magdebourg, ouvert en 1211.
Une loi du roi Edouard III d’Angleterre contient, en
1352, la première mention officielle des francs-maçons et la
reconnaissance effective de corporations de maçons opératifs.
Entre 1390 et 1420 nombre de Règles et Devoirs
sont adoptés par ces maçons et couchés par écrit afin d’en assurer la
stabilité.
Parmi ces textes, les Statuts ou Règlements généraux
des Steinmetzen, tels qu’ils furent établis en 1459 à Ragensbourg,
puis en 1462 à Torgau en Saxe, prévoient l’attribution d’une marque
distinctive au Compagnon maçon ou tailleur de pierre.
Il y est ainsi précisé à l’article 59 :
« Tout apprenti recevra une marque en devenant Compagnon du Métier. »
et, plus loin, à l’article
72 : « Tout travail d’un Compagnon sera examiné par le
Surveillant et nulle marque ne sera taillée dans la pierre si la pierre
n’est pas trouvée conforme aux plans. Si la marque est ainsi accordée,
alors le Compagnon aura le droit de toucher ses gages. »
Ces marques permettaient ainsi à chaque Compagnon
d’être payé selon la tâche accomplie ce qui était l’usage de l’époque.
En Ecosse, au XVI° siècle, il est fait obligation
d’utiliser une marque et de l’enregistrer dans un livre de Loge . Un
exemplaire d’un tel document est d’ailleurs conservé à la Loge 1ter
d’Aberdeen.
Il apparaît comme certain que, lorsque la
Franc-maçonnerie spéculative fit son apparition, à l’aube du XVIII° siècle,
de nombreux points essentiels de la Maçonnerie opérative ne furent pas
repris dans les textes rituels primitifs.
Cependant, en Ecosse, sur l’insistance des opératifs,
la présentation d’une marque fut maintenue et reconnue comme un usage
maçonnique constant ainsi que l’attestent les minutes de la Loge Kilwinning
lorsque, le 20 décembre 1674, John Smith : « fut admis et
paya sa marque » , et que John Law fut aussi « inscrit
avec sa marque. » . Plus tard, le 12 juillet 1720 : « …Robert
Montgomerie a payé sa marque (tandis que) William Montgomerie reçoit la
sienne. »
En Irlande, le même usage fut conservé, comme il
ressort du discours de John Jones, étudiant au Trinity College de
Dublin en 1688, prononcé lors de la cérémonie annuelle de remise de
diplôme, quand il fait non seulement allusion à la Loge de l’Université,
mais aussi au fait que chaque maçon y recevait sa marque.
La diffusion de ces usages particuliers fut facilitée
par l’innovation irlandaise d’attribuer des chartes régimentaires
itinérantes. Le 7 novembre 1732, la Grande Loge d’Irlande, octroya une
charte au premier bataillon du régiment Royal Écossais. L’Écosse accorda la
première à la Loge du Duc de Norfolk, au 12e d’Infanterie, en
1747 ; et l’Angleterre, Anciens ou Modernes, n’octroya
de charte régimentaire qu’en 1755. Il n’est donc pas surprenant que plus de
deux cent chartes ambulantes, attachées à des régiments, furent octroyées
par l’Irlande, soit plus du total cumulé des deux autres Grandes Loges. Ces
Loges furent, à n’en point douter, le vecteur essentiel de la diffusion de
la maçonnerie « ancienne » tant dans les Amériques que
dans le reste du monde.
L’infatigable maçon que fut Thomas Dunckerley participa,
lui aussi, très activement à la propagation du grade de Marque comme de
celui de l’Arche Royale. Si cela peut sembler curieux pour un dignitaire
des Modernes qui considérait les Anciens comme des rebelles,
il faut se souvenir que les Loges militaires dont il est issu pratiquaient
les usages de la maçonnerie ancienne et, si l’on admet qu’il
entendait combattre les dissidents par leurs propres armes, il put créer
ainsi des ponts qui permettraient un jour le rassemblement des deux Grandes
Loges rivales.
C’est entre 1770 et 1780 qu’apparaissent les premières
mentions de la collation du grade de Marque en deux « étapes » à
savoir, Maçon de Marque et Maître de Marque.
Jusqu’en 1813 la pratique de ce grade sous des formes
variées fut donc persistante et largement répandue dans toute l’Angleterre
et l’Ecosse.
Le 27 décembre 1813 les partisans de la maçonnerie des Anciens
furent fort marris de constater que l’Acte d’Union en son article II
prévoyait que « La Maçonnerie pure et ancienne se compose de trois
grades et pas davantage …. ».
Un tel accord, à cette époque, et compte tenu tant des
moyens de communication que de la résistance bien compréhensible des anciens, ne fut pas
immédiatement appliqué et nombre de Loges continuèrent à pratiquer le grade
de Marque en vertu de la patente de leur Loge symbolique.
Le 25 août 1851
survint un événement bien particulier puisque le Chapitre de l’Arche Royale
Bon Accord n°70 d’Aberdeen en Ecosse nommait le Frère William Jones Maître
de Marque de la Loge de Marque Bon
Accord qui devait travailler … à Londres.
Les fondateurs de cette Loge spécifiquement de marque
argumentaient que ce grade trouvait son origine dans la maçonnerie
symbolique et non dans celle de l’Arche Royale.
Le succès de cette Loge fut immédiat puisqu’à l’automne
1855 elle comptait 120 membres. C’est à ce moment que le Grand Chapitre
Suprême d’Ecosse contesta cette innovation et que les membres de la Loge se
tournèrent vers la Grande Loge Unie d’Angleterre, lui demandant
l’agrégation du grade de Marque à la maçonnerie symbolique.
Le 5 mars 1856, lors de la tenue trimestrielle de
Grande Loge fut adoptée une résolution mentionnant que …. « Le
grade de Maçon de Marque ou de Maître de Marque ne dévie pas des anciens
landmarks de l’Ordre et le grade constitue une addition heureuse à la
Maçonnerie traditionnelle, en fait partie intégrante et peut en
conséquence, être conféré par toutes les loges régulièrement patentées,
selon les dispositions de règlements à préparer par le Comité des Affaires
Générales, pour être soumis à l’approbation du Très Respectable Grand
Maître ».
Ce qui était la réalité dans certaines régions
anglaises depuis presque un siècle recevait donc une certaine légitimité.
Or, lors de la tenue trimestrielle suivante, en juin
1856, soit sur intervention des partisans inconditionnels d’un système
symbolique en trois grades soit…..sur la pression des partisans d’une
Grande Loge de Marque distincte et souveraine …. les minutes ne furent pas
adoptées et la démarche échoua.
Le 18 juin 1856, une patente fut accordée par le Grand
Chapitre Suprême d’Ecosse à la loge de Marque Saint-Marc qui prit le N°1
sur le registre des loges de Marque Ecossaises hors d’Ecosse. La charte N°2
fut accordée à la loge St John’s à Bolton et la N°3 à la loge Thistle
formée par des membres de la loge Bon Accord qui s’étaient soumis au Grand
Chapitre.
Le 23 juin 1856, la loge Bon Accord ainsi que les trois
loges précédemment citées se réunirent pour procéder à la formation de la
Grande Loge de Marque. Le Très Honorable Lord Leight en fut élu le premier
Grand Maître, charge qu’il occupa durant quatre ans.
Nonobstant cette création des chartes continuèrent
régulièrement à être octroyées par l’Ecosse au point que fin 1858 ces loges
étaient au nombre de 15 …
La nouvelle Grande Loge de Marque fut cependant, et au
prix de très longues tractations, reconnue comme conservateur du grade de
Marque en Angleterre en novembre 1875 par le grand Chapitre d’Irlande, en
août 1877 par le Grand Chapitre Général des Etats-Unis (intitulé depuis Grand
Chapitre Général International), en 1878 par les Grand Chapitres du
District de Columbia et de la Virginie Occidentale et enfin, en 1879, par
les Grands Chapitres de l’Illinois et du Québec.
Enfin, le 18 juin 1879, après 23 ans de conflit, le
Grand Chapitre Suprême d’Ecosse prit la décision de reconnaître la Grande
Loge des Maîtres Maçons de Marque d’Angleterre et du Pays de Galles comme
organisme légal chargé de régir ce grade dans ces pays. Il convint de
ne plus y accorder de charte de Marque, tout en préservant ses droits sur
les loges déjà patentées.
Après ces débuts laborieux, la Grande Loge prospéra
tant en Angleterre et au Pays de Galles que dans l’Empire et sur toute
l’étendue du globe. Elle compte à ce jour quelques 1250 loges regroupées en
41 Provinces et 30 Districts outre-mer, dans lesquelles travaillent plus de
60 000 Maîtres Maçons de Marque.
Comme précisé en préambule, c’est le 20 février 1953
que le grade fut introduit en France par la consécration de la loge Lutèce N°1171, qui porte désormais le N°1 sur
les registres de la Grande Loge des Maîtres
Maçons de Marque de France, érigée en juridiction souveraine le 31
mai 1997.
(1) - The Arch and the Rainbow — The Story of the Order of Mark
Master Masons and the Degree of Royal Ark Mariner, Lewis Masonic, Ian
Allan, Addlestone, 1996.
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