Cyprien, saint – Cyprien de Carthage Encarta (voir Universalis)
en latin Thascius Caecilius Cyprianus (v. 200-258), évêque de l'Église chrétienne en Afrique et martyr. Issu d'une famille d'aristocrates carthaginois, il distribua aux pauvres une grande partie de sa fortune lorsqu'il se convertit au christianisme vers 245. Il fut élu évêque de Carthage en 249. Peu de temps après débuta la persécution des chrétiens par l'empereur romain Dèce, et Cyprien s'enfuit de Carthage. Se sentant menacés, un grand nombre de chrétiens renièrent leur foi. Lorsque la persécution cessa en 251, sous le règne de l'empereur Gallus, l'Église était divisée au sujet des apostats et de ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques. Pour les premiers, Cyprien prônait l'indulgence, alors qu'il refusait d'accepter ceux qui tenaient leur foi des hérétiques. Sur le baptême, la position de l'Église, développée par le pape Étienne Ier (254-257), était opposée à celle de Cyprien, et la controverse fit rage entre les deux parties. En 257, l'année du martyre d'Étienne, Cyprien se rallia à la position défendue par celui-ci, qui fut ensuite confirmée par le concile d'Arles en 314 et érigée en position officielle de l'Église. Pendant une nouvelle vague de persécutions sous l'empereur Valérien, Cyprien fut jugé et décapité. Il est considéré comme un des plus grands Pères de l'Église, surtout à cause de ses thèses sur l'organisation hiérarchique de l'Église, exposées dans De catholicae ecclesiae unitate («!Sur l'unité de l'Église catholique!»). Il reste de nombreux ouvrages et soixante-cinq lettres de Cyprien. Sa fête est le 16 septembre.
CYPRIEN DE CARTHAGE 200 environ -258 Universalis
Un évêque confronté aux difficiles problèmes qui se posent à l’Église au milieu du IIIe siècle, tel est Cyprien de Carthage. La persécution de Dèce a fait des martyrs, mais aussi des apostats (lapsi): faut-il admettre ceux-ci à la pénitence et à la réconciliation ecclésiastique, et à quelles conditions? Des divisions sont nées après la persécution: comment sauvegarder l’unité de l’Église «catholique»? L’évêque est le centre de cette unité, signifiée et réalisée dans l’eucharistie. Quelles relations doivent s’établir entre les diverses Églises, et spécialement entre elles et l’Église de Rome? Celle-ci a-t-elle dans l’unité catholique un rôle de prééminence et d’autorité? À ces problèmes s’ajoutent les questions pratiques de vie chrétienne: l’aumône ou la prière, la modestie des vierges, etc. Sur tous ces points, l’évêque de Carthage, malgré les lacunes de son ecclésiologie, est un témoin privilégié de la Tradition.
1. Un pastorat mouvementé
Né au début du IIIe siècle à Carthage, où il est un rhéteur renommé, Cyprien est choisi comme évêque de cette ville peu après sa conversion (248-249). Bientôt éclate la persécution de Dèce (fin 249). Obligé de se cacher, Cyprien soutient par ses Lettres la résistance de ses fidèles. Rentré à Carthage, il doit régler le problème de la réconciliation des lapsi (les chrétiens qui avaient «failli» durant la persécution): en plein accord avec l’évêque de Rome Corneille, il prend à leur égard des mesures de miséricorde (concile de Carthage, 251), qui provoquent le schisme des rigoristes Felicissimus et Novat (à Rome, à la même époque, dans une situation analogue, c’est le schisme de Novatien). À partir de 255, Cyprien se trouve en conflit violent avec le successeur de Corneille, Étienne, au sujet de la validité du baptême administré par les hérétiques: trois conciles de Carthage (255, 256) maintiennent la tradition africaine, qui niait cette validité et rebaptisait les hérétiques qui revenaient à l’Église; Étienne tient pour la tradition opposée de l’Église de Rome. Le conflit faillit amener une rupture. Quand la persécution reprend sous Valérien, Cyprien, d’abord relégué à Curubis, est ensuite rappelé à Carthage, où il est condamné et décapité le 14 septembre 258. Les Actes de son martyre (Acta proconsularia, procès-verbal officiel du jugement et récit de l’exécution) sont un des plus beaux textes de ce genre qui aient été conservés.
2. Un témoin privilégié de la Tradition
Cyprien est un écrivain clair, formé aux règles de la rhétorique classique; sa langue a déjà les caractéristiques du «latin chrétien». Son œuvre la plus importante est le recueil des Epistulae, ses Lettres (quatre-vingt-une, dont seize de ses correspondants), document de première valeur pour l’histoire de l’Église du IIIe siècle: épiscopat, liturgie, baptême, eucharistie (Ep., LXIII), vie morale, persécutions. Il a laissé en outre le récit de sa conversion (Ad Donatum), des ouvrages d’apologétique (Ad Demetrianum; Ad Quirinum, recueil de citations bibliques), de morale et de pastorale (La Toilette des vierges, Les Lapsi, L’Oraison dominicale, Les Bonnes Œuvres et l’Aumône, La Patience, etc.), et surtout un écrit Sur l’unité de l’Église catholique (251), dont le texte comme la doctrine posent encore des problèmes.
C’est surtout la doctrine de Cyprien sur l’Église qui intéresse l’historien et le théologien. Cette doctrine est centrée sur l’Église locale et sur son unité (contre les schismes), dont le signe et le fondement sont l’évêque unique (Ép., XLIX, 2). Le fondement en est la parole de Jésus à Pierre (Matth., XVI, 18). L’unité de l’Église universelle est faite de l’unité dans la foi et de la concorde de tous les évêques qui possèdent tous ensemble l’épiscopat in solidum (De unitate Ecclesiae, V).
La doctrine de Cyprien sur la primauté de l’évêque de Rome n’est pas pleinement cohérente. Chaque évêque est indépendant dans son diocèse et n’a de comptes à rendre qu’à Dieu seul. D’autre part, l’Église de Rome est l’Ecclesia principalis, d’où est sortie l’unité de l’épiscopat (Ép., LIX, 14); de même que Pierre a reçu une «primauté» comme signe et point de départ de l’unité du Collège apostolique, Rome, l’Église de Pierre (Cathedra Petri), est le signe de l’unité des évêques entre eux. Mais cela n’implique pas une juridiction de Rome sur l’Église universelle. Cependant, il est visible que Cyprien tient à rester en communion avec l’évêque de Rome et sait recourir à lui quand besoin est. Il lui reconnaît implicitement une autorité qui était déjà dans les faits avant qu’on n’en fît la théologie.
Le chapitre IV du De unitate Ecclesiae nous est parvenu en deux recensions. L’une, plus courte, souligne «la primauté donnée à Pierre»; elle est authentique, quoi qu’on en ait dit. L’autre serait une révision due à Cyprien lui-même lors de ses discussions avec Étienne, mais on en discute encore!
L’ecclésiologie de Cyprien mérite d’être étudiée de près, surtout dans le dialogue de l’Église catholique romaine avec l’Église anglicane (épiscopalisme), comme avec les Églises orthodoxes (ecclésiologie de l’Église universelle ou de la communion entre les Églises particulières).
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CYPRIEN DE CARTHAGE (200/210 – 258)
Cyprien naît, probablement, à Carthage au moment où Tertullien
passe au montanisme. Issu d’une riche famille païenne, il se
convertit vers l’an 246. Il est élu évêque en 248/249 malgré la très
vive opposition de Novatien. Cyprien admire Tertullien. Il continue son
œuvre dans le domaine apologétique, moral et disciplinaire. Il quitte
Carthage au cours de la persécution de Dèce (250). Après son retour,
il pose la question des « lapsi » de façon rigoureuse et doit
faire face au schisme provoqué par le diacre Felissimus. Dès 255,
Cyprien s’engage dans la controverse sur le baptême des « hérétiques
», à propos du baptême reçu dans l’Eglise schismatique de
Novatien. Suivant la coutume de l’Eglise d’Afrique, Cyprien est
intransigeant : tout « hérétique », tout schismatique
revenant à « l’Eglise » doit recevoir à nouveau le baptême.
Le point de vue de Rome est tout autre et Cyprien entre en conflit avec
l’évêque Etienne. La controverse est interrompue par la persécution
de Valérien, pendant laquelle Cyprien est martyrisé (14 septembre
258).
L’unité de l’Eglise (251) constitue le traité de Cyprien qui
devait exercer l’influence la plus profonde. L’œuvre semble
attaquer le schisme de Felissimus, à Carthage, mais également (et
peut-être principalement) elle s’en prend au schisme semblable de
Novatien à Rome. Cyprien attribue la responsabilité des schismes et
des hérésies au démon. Chaque chrétien doit rester fidèle à
l’Eglise qui est la seule voie de salut. Il est impossible d’avoir
Dieu pour Père sans avoir l’Eglise pour Mère. En effet, l’Eglise
est « l’Epouse du Christ » et « l’homme qui, se séparant
de l’Eglise, s’unit avec une adultère se prive des promesses de
l’Eglise ». Par conséquent, le caractère fondamental de
l’Eglise est l’unité qui repose sur la fidélité à l’évêque.
Cyprien fait preuve d’un sens profond des devoirs imposés par sa
dignité épiscopale, qu’il considère, à la manière des romains,
comme une magistrature.
A Démétrien (252) est un traité qui se propose de réfuter un certain
Démétrien. Celui-ci accusait les chrétiens des calamités qui avaient
frappé l’Empire romain.
Parmi les Lettres de Cyprien, la LXIIIe, qui a parfois pour titre Sur le
sacrement du calice du Seigneur, revêt l’importance d’un traité.
Cette lettre interdit de remplacer, dans la Cène du Seigneur, le
traditionnel mélange de vin et d’eau par de l’eau seulement, selon
une habitude qui s’était diffusée dans quelques communautés chrétiennes
(à la suite de la pratique marcionite). Il s’agit du seul écrit
composé avant le concile de Nicée (325) qui soit consacré
exclusivement à la célébration eucharistique. Son importance est
fondamentale pour l’histoire du dogme chrétien. L’œuvre repose
entièrement sur l’idée du sacrifice : le sacrifice du prêtre est la
répétition de la Cène où le Christ s’offrit lui-même au Père
(14). C’est ainsi que Cyprien est le premier à affirmer de façon
explicite que le corps et le sang du Christ constituent l’oblation. La
Cène et le sacrifice eucharistique de l’Eglise sont la représentation
du sacrifice du Christ sur la croix.
Référence : Saint-Cyprien, correspondance. Texte établi et traduit
par le chanoine Bayard (Ed. « Les Belles lettres » 2 vol.
Paris, 1962)
Cyprien, Contre Démétrien. Ed. du Ad Demetrianum in M. Lavarenne,
Clermont-Ferrand 1940)
Cyprien, de l’unité de l’Eglise catholique. Traduction et notes de
P. de Labriolle (Paris 1942)