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Saint Ambroise ou Ambroise de Milan (v. 340-397), Encarta (voir Universalis)
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Un des plus célèbres Pères de l'Église et un des quatre docteurs de l'Église latine, à l'origine de la conversion de saint Augustin. Né à Trèves en Allemagne, Ambroise étudia le droit à Rome. Son père était préfet de la Gaule. Ambroise entra dans l'administration et, vers 370, fut nommé consulaire (gouverneur) romain de Ligurie et d'Émilie résidant à Milan. Venu assurer l'ordre lors d'élection épiscopale agitée, il fut élu évêque par acclamation populaire alors qu'il n'était encore que catéchumène. Baptisé et ordonné évêque en huit jours, le 7 décembre 374, il s'adonna à l'étude du grec et de la théologie. Il fut un très grand évêque. Sa production écrite est importante : il cherchait surtout à instruire ses fidèles et à réfuter l'arianisme qu'il combattit activement. Selon la doctrine d'Arius, condamnée au concile de Nicée en 325, le Verbe n'est pas éternel comme le Père, même s'il a reçu son existence avant le temps directement du Père. Il n'est pas de la substance du Père. Pour Arius, le Christ n'était qu'un intermédiaire entre Dieu et le monde, sans être Dieu lui-même.
Ambroise est connu comme un ami fidèle de sainte Monique, mère de saint Augustin d'Hippone. Il contribua à la conversion de celui-ci et le baptisa en 387.
En 390, il contraignit l'empereur Théodose Ier, empereur romain qui combattit le paganisme et sous le règne duquel le christianisme devint religion d'État, à une expiation publique pour avoir ordonné le massacre de sept mille personnes lors de l'insurrection de Thessalonique. C'était la première soumission de l'Empire romain face à l'Église. Ambroise mourut à Milan en 397.
Il est le saint patron de Milan et la bibliothèque de la ville, fondée en 1602 par le cardinal Frédéric Borromée, fut baptisée «!Bibliothèque ambrosienne!» en son honneur. Parmi ses ouvrages, on trouve un bon nombre de traités d'exégèse, de traités moraux Sur le devoir des clercs, des oraisons funèbres, dont celle de Théodose et des hymnes dites ambrosiennes dont quatre seulement semblent authentiques parmi celles qui nous sont parvenues (voir Grégorien, chant). On le fête le 7 décembre dans l'Église catholique. Voir aussi Christianisme.
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AMBROISE DE MILAN 339-397 (Universalis)
Ambroise de Milan, un des Pères de l’Église latine, né à Trèves en 339, mort à Milan en 397, a occupé le siège épiscopal de Milan de 374 à 397.
Sa politique religieuse achève la christianisation des institutions impériales romaines commencée au début du IVe siècle par Constantin, et aboutit en Occident à la suprématie de l’Église sur l’empereur dans le domaine religieux. Ses sermons et traités théologiques, presque tous adaptés ou traduits de sources grecques, se situent dans la tradition exégétique de Philon et d’Origène. Ambroise a transmis au Moyen Âge, après l’avoir hérité d’Origène, l’interprétation de la figure de l’«Épouse», dans le Cantique des cantiques, comme type de l’Église et de l’âme, épouses du Christ, et a ainsi définitivement fondé l’idéal de la virginité sur le mariage mystique entre l’âme et le Verbe.
1. La personnalité d’Ambroise : christianisme et romanité
On a dit d’Ambroise qu’il était «un grand prince de l’Église, faisant revivre, au sein d’une nouvelle forme de vie, les capacités politiques des sénateurs stoïciens du temps de Cicéron» (E. Bickel). En ce sens, bien que chrétien de naissance, Ambroise reste un Romain et même un ancien Romain. Pour lui, romanité et chrétienté s’identifient. À une époque où l’idée théocratique byzantine commence à se développer, son attitude politique a encore quelque chose de républicain: le pouvoir de l’empereur n’est pas absolu et reste soumis aux lois qu’il a édictées (Lettres XXI, 9 et XL, 2). Ambroise ne craint pas, d’ailleurs, de mobiliser la foule contre le pouvoir impérial et de rendre ainsi le peuple conscient de ses responsabilités politiques. Lorsque en 386 l’impératrice Justine veut attribuer une église de Milan à un évêque arien, Ambroise fait occuper la basilique Porciana par ses fidèles, maintient jour et nuit l’enthousiasme collectif en faisant chanter à la foule psaumes et hymnes, selon la coutume de l’Église grecque, qui s’introduira de la sorte en Occident, et oblige ainsi finalement l’impératrice à capituler devant cette arme nouvelle: la résistance passive. Mais Ambroise sait aussi traiter directement avec les grands et les puissants, que ce soit avec l’usurpateur Maxime, pour défendre les droits du jeune Valentinien II (383-384), ou avec Théodose, dont la forte personnalité finira par être conquise par Ambroise (388-395).
Le stoïcisme romain revit aussi, sous une forme nouvelle, dans le De officiis ministrorum d’Ambroise. Aux hommes d’action de son temps, Cicéron avait proposé un manuel stoïcien de conduite pratique, qu’il avait dédié à son fils. À ses fils spirituels, les ministres de l’Église, Ambroise dédie un ouvrage de titre analogue, et qui suit, point par point, le plan du traité de Cicéron. C’est qu’Ambroise perçoit une analogie entre les devoirs des fonctionnaires sacrés et ceux des hauts fonctionnaires de l’État romain. Mais, aux principes philosophiques et aux exemples stoïciens et romains, Ambroise substitue principes et exemples tirés de l’Écriture sainte. Caritas remplace Iustitia, Fides s’identifie à Sapientia.
La même christianisation des traditions romaines s’accomplit dans la prédication d’Ambroise. Cet homme d’action est un orateur dont l’éloquence, parée de tous les prestiges de la rhétorique, séduira tout spécialement Augustin. Comme Cicéron et Sénèque, Ambroise sait adapter rapidement à des fins d’exhortation et d’édification les œuvres spéculatives des Grecs, en laissant de côté les subtilités, indignes d’un Romain. Mais, cette fois, les sources grecques d’Ambroise, surtout Philon et Origène, sont «mystiques» au sens large du mot. Et Ambroise, homme d’action, est un méditatif, Augustin s’étonnera, en pénétrant dans la maison de l’évêque de Milan, ouverte à tous, de le voir lire sans remuer les lèvres, contrairement à la pratique, universellement répandue dans l’Antiquité, de la lecture à haute voix (Confessions, VI, III, 3).
2. Les principes de politique religieuse
Pour Ambroise, l’Église possède la vérité absolue, reçue de la parole même de Dieu, et elle a donc un droit imprescriptible d’intervenir politiquement lorsque cette vérité est menacée par le pouvoir civil. L’empereur est dans l’Église et non au-dessus de l’Église (Contra Auxentium, 36). Théodose qui, par mesure de répression collective, a fait massacrer le peuple de Thessalonique, doit se soumettre à la pénitence publique, comme n’importe quel chrétien (390). Mais l’empereur n’est pas seulement un chrétien à titre privé, le christianisme s’identifie avec l’Empire et doit être considéré comme religion d’État. Les chrétiens de Callinicum ont brûlé une synagogue et Théodose veut obliger l’évêque de la ville à reconstruire à ses frais l’édifice (388). Ambroise intervient: ce serait une atteinte intolérable au prestige de l’Église; et Théodose, invectivé publiquement par Ambroise, doit renoncer à sa décision (Lettre XL).
En 382, l’empereur Gratien, dans une série de mesures antipaïennes, avait fait enlever du Sénat de Rome l’autel de la Victoire. Au nom du parti païen, Symmaque adresse une pétition à l’empereur et Ambroise y répond. Les deux hommes, de même rang, de même culture, identifient tous deux Rome et leur religion. Symmaque défend la coutume des ancêtres, «les droits et les destinées de la patrie». Ambroise répond que Rome est maintenant adulte, que l’évolution est une loi irréversible de la nature, comme de la vie humaine: il faut accepter le progrès (Lettre XVIII, 23). Mais Symmaque le traditionaliste est tolérant: «Il n’y a pas un chemin unique pour parvenir à un si grand Mystère» (Relatio, 10). «Ce chemin unique, répond Ambroise, les chrétiens le connaissent par la voix même de Dieu» (Lettre XVIII, 8). Toutefois, l’intolérance d’Ambroise refuse l’effusion de sang. Il rompt la communion avec les évêques de Gaule qui avaient fait exécuter l’héritier Priscillien et il dénonce leurs «sanglants triomphes» (Lettres XXV et XXVI).
3. Les sources de l’œuvre littéraire et l’attitude à l’égard de la philosophie
Contraint d’enseigner avant d’avoir appris, Ambroise doit presque tout à ses collègues grecs contemporains: le groupe des «Cappadociens» tout d’abord, c’est-à-dire Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, mais aussi le savant Didyme l’Aveugle. La plupart du temps, Ambroise s’est contenté de traduire leurs œuvres en latin, en les adaptant: on a un exemple particulièrement intéressant de ce genre de traduction libre dans l’Apologia David, presque entièrement tirée du commentaire de Didyme l’Aveugle sur le psaume 50. Et il semble bien que ce soit grâce à ces modèles qu’il a été mis en contact, consciemment ou inconsciemment, directement ou indirectement, avec la tradition exégétique dans laquelle ils se situaient, celle d’Origène et celle de Philon d’Alexandrie, et, tout aussi bien, avec la coloration philosophique dont ils se plaisaient à orner leurs œuvres et qu’ils ont particulièrement empruntée à Plotin. Leur influence s’exerce tout au long de la carrière épiscopale d’Ambroise.
Dès les premières années, celui-ci leur emprunte le thème de la virginité, auquel il consacrera, jusqu’à la fin de sa vie, plusieurs traités (De virginibus, De virginitate, De institutione virginis, Exhortatio virginitatis). Il utilise ensuite leurs traités dogmatiques pour rédiger, de 378 à 382, le De fide, consacré à la théologie trinitaire, le De spiritu sancto et le De incarnatione. Plus tard, l’Hexaemeron et le De Nabuthe auront pour source Basile de Césarée. L’influence de Philon d’Alexandrie prédomine au début de l’épiscopat d’Ambroise. Le De paradiso, le De Cain et Abel, le De Noe et Arca, le De Abraham, composés en 377-378, sont si proches des Quaestiones in Genesim que Hans Lewy a pu reconstituer la partie perdue de cet ouvrage de Philon grâce au témoignage d’Ambroise. Hervé Savon a d’ailleurs montré de façon très convaincante avec quelle habileté Ambroise savait christianiser Philon et utiliser son texte pour le mettre au service de sa propre pensée.
À partir de 385, l’influence d’Origène va prédominer. Sans doute la trace de Philon est-elle encore très reconnaissable, notamment dans le De fuga saeculi; mais, désormais, le commentaire d’Origène sur le Cantique des cantiques va inspirer le De Isaac, le De bono mortis, les commentaires sur le psaume 118 et, d’une manière générale, toute la pensée d’Ambroise. D’autres thèmes origéniens se manifestent, par exemple la doctrine des trois morts dans le commentaire sur l’Évangile de saint Luc. On trouve aussi, dans ces différentes œuvres, la traduction continue de longs extraits des Ennéades de Plotin. Ambroise a-t-il connu directement les textes du grand néo-platonicien ou les a-t-il trouvés dans des sources patristiques grecques? Le problème n’est pas encore résolu. Il semble du moins qu’il faille dire, avec G. Madec, que ces abondantes citations de Plotin ne font absolument pas d’Ambroise un néo-platonicien chrétien: «Ambroise a prélevé des phrases de façon quasi littérale, mais anonyme. S’il a fait siens certains thèmes doctrinaux, il n’a pas estimé devoir en faire honneur aux platoniciens, ni faire exception de Platon et du platonisme dans son jugement général sur la philosophie.» Il y a chez lui une prévention généralisée contre la philosophie et les philosophes.
4. La place d’Ambroise dans l’histoire de la pensée chrétienne
La diversité de ses sources empêche Ambroise d’avoir une pensée originale et systématique. Mais le fait que ces sources se situent toutes dans une tradition continue, que l’on pourrait appeler «alexandrine» en pensant à Philon, à Origène et à Plotin, explique que l’ensemble de l’œuvre d’Ambroise ait un aspect extérieur d’homogénéité et possède un certain ton caractéristique, auquel contribue également la puissante rhétorique de l’orateur. Ambroise n’a joué dans l’histoire de la pensée qu’un rôle intermédiaire: il a transmis à Augustin et au Moyen Âge, sous une forme anonyme, de nombreux textes de Philon, d’Origène et des Pères grecs. Mais ce fait a été décisif pour l’évolution de la pensée chrétienne en Occident. L’idée du mariage mystique entre l’âme et le Verbe, issue de l’exégèse du Cantique des cantiques, deviendra un des fondements de la piété et de l’ascèse médiévales.
Historiens catholiques et historiens protestants ont respectivement tendance à juger diversement la politique religieuse d’Ambroise. D’autre part, la chronologie des œuvres est encore loin d’être établie avec sûreté. Le problème de datation de certains sermons est spécialement lié à celui de l’influence qu’Ambroise a exercée sur Augustin en 386.
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