Justin le Martyr, saint (v. 100-v. 165),
philosophe et théologien chrétien de langue grecque, qui fut l'un des premiers apologistes de l'Église à vouloir harmoniser la foi chrétienne avec la culture païenne. Il naquit à Flavia Neapolis, une cité romaine de Samarie, dans une famille païenne, et se consacra très tôt à l'étude de la philosophie grecque, notamment des écrits de Platon et des stoïques. Mais, après avoir découvert l'Ancien Testament et l'Évangile, il se convertit au christianisme : dès lors, il s'efforça, à travers ses enseignements et ses écrits, de transmettre sa foi. Il fut décapité sous le règne de l'empereur Marc Aurèle pour n'avoir pas accepté d'offrir un sacrifice aux dieux païens.
Justin fut inscrit au martyrologe de l'Église catholique romaine au IXe siècle. Il est l'auteur d'une Apologie de la religion chrétienne, une défense très bien argumentée des chrétiens accusés d'athéisme et de sédition par l'État romain, et du Dialogue avec Tryphon le Juif, compte rendu d'une conversation qui eut lieu à Éphèse, deux œuvres riches d'informations sur l'Église au IIe siècle.
Sa fête est célébrée le 14 avril.
JUSTIN L’APOLOGISTE (100 ? – 165 ?)
Justin est né dans une famille grecque de la colonie romaine de
Flavia Neapolis, en Samarie. Il raconte lui-même sa conversion au
christianisme comme résultat d’une longue quête de la vérité (DT.
2) : « La philosophie est un bien très grand et très précieux aux
yeux de Dieu ; elle seule nous conduit vers lui et nous réunit à lui. »
Avant d’embrasser la foi chrétienne, Justin a fréquenté diverses écoles,
mais c’est vers le platonisme qu’il se tourna. La pratique de la
dialectique platonicienne amène Justin à dialoguer avec les Ecritures
: le Christ, Parole de Dieu, était présent dès la création de monde.
Face à Marcion qui considère que la Loi est caduque et aux gnostiques
qui la méprisent, Justin offre aux chrétiens lettrés de continuer à
lire les Ecritures avec la foi au Christ et avec leur raison, une
position qui heurte de front le judaïsme. En adressant ses apologies à
l’empereur, Justin cherche à montrer que la foi chrétienne ne
s’oppose pas à la philosophie ; au contraire, la moralité chrétienne
est la meilleure preuve de loyalisme des chrétiens devant l’Etat
(Première Apologie, 10, 14, 17). Il devra, malgré tout, rendre raison
de sa foi devant le Préfet Urbicus.
La Grande Apologie : Adressée à Antonin, appelé « le Pieux »
pour son esprit de tolérance, La Grande Apologie se présente comme un
exposé thématique, selon la tradition littéraire des écoles de
philosophie. C’est un plaidoyer en faveur des chrétiens calomniés et
persécutés. Justin fournit un exposé doctrinal du christianisme, axé
sur la personne et l’enseignement du Christ, Logos, Fils premier-né
de Dieu, entré par son incarnation dans l’Histoire, mort crucifié,
puis ressuscité et retourné à Dieu en attendant la future parousie
(21-29). Epopée contrariée, paradoxale, mais annoncée par les prophètes
juifs (31-53). La dernière partie expose, de manière détaillée,
l’initiation chrétienne.
Le Dialogue avec le Juif Tryphon (env. 160) : Le dialogue se veut une
longue discussion, à Ephèse (d’après Eusèbe), avec Tryphon « hébreu
de la circoncision ayant fui la guerre actuelle et passé la plus grande
partie de son temps en Hellade et à Corinthe » (1, 1). La guerre
mentionnée est sans doute la révolte de 133-135 et il se pourrait que
Tryphon, « le plus célèbre des hébreux de ce temps-là »,
soit le rabbin Tarphon. Ce dialogue est un témoignage sur les rapports
entre juifs et chrétiens au IIe siècle. Le problème discuté est
celui-ci : le christianisme est-il l’héritier légitime d’Israël ?
Jésus est-il le Messie attendu ? L’Eglise est-elle la communauté
messianique ?
Requête au sénat (dite Deuxième Apologie) : L’unité des deux
apologies a été tantôt affirmée (E. Schwartz, H. H. Hochfelder),
tantôt la seconde fut considérée comme un appendice de la première
(A. Harnack, E. J. Goodspeed), tantôt on a vu deux apologies différentes
(A. A. T. Erhardt, P. Keresztes). L’écrit porte le débat devant
l’autorité de la ville. Justin se présente comme chef d’école et
donne crédit à Socrate et à Platon. Il réfute ensuite les
accusations contre les chrétiens (3-10), puis s’évertue à développer
l’excellence de la doctrine chrétienne, comme « nouvelle
philosophie » (10-14).
Traité de la résurrection (fragments) : L’authenticité du traité
semble aujourd’hui assez généralement admise. L’auteur affirme que
le corps est appelé avec l’âme à la résurrection. Cette promesse
repose sur l’unité d’un même dessein du salut, unité du composé
humain, où protologie (création) et eschatologie sont les deux pôles
d’une même économie que Dieu mène à son achèvement.
Référence : Justin martyr, œuvres complètes. Traduction de G. Archambault, L. Pautigny et Elisabeth Gauché (« Bibliothèque Migne », Paris 1994)
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