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Groupe de clercs réunis autour de l'évêque Guillaume Briçonnet, de 1519
environ à 1525.
Le
cénacle de Meaux se donnait pour but de rénover l'Église catholique, dont
certains travers lui semblaient préjudiciables au travail pastoral. Autour de
Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, le groupe réunissait notamment Lefèvre
d'Étaples, Gérard Roussel, l'hébraïsant François Vatable,
les théologiens Martial Mazurier et Pierre Caroli, ainsi que, un temps, Guillaume Farel. Lefèvre
d'Étaples fut nommé administrateur de l'hôpital de Meaux (1521) et vicaire
général du diocèse en 1523.
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Ces importantes personnalités visaient à réformer les couvents, dont les
règles s'étaient relâchées, et à contraindre les prêtres à se consacrer
davantage à leurs paroisses. En effet, la plupart des prêtres préféraient
alors vivre en ville, et les charges des paroisses de campagne étaient de
fait occupés par des vicaires, au niveau de
formation intellectuelle moindre. Or, le cénacle de Meaux attribuait une
importance cruciale à la propagation de la parole de Dieu, et considérait en
conséquence que les curés devaient être parfaitement formés à cette tâche. Le
cénacle bénéficiait de la protection du roi François Ier et de sa sœur, Marguerite de Navarre, ainsi que de celle du
pape. Cependant, l'apparition de la Réforme, puis le succès des thèses de
Luther, entraîna l'affrontement avec la Sorbonne, gardienne de l'orthodoxie
romaine. En août 1521, les théologiens parisiens, conduits par Noël Béda, condamnèrent un sermon de Mazurier,
qui affirmait l'existence de trois Marie Madeleine, et non d'une seule selon
le dogme. Bientôt, d'autres membres du cénacle furent poursuivis, y compris
l'évêque de Meaux lui-même. Le procès dura de juin 1525 à
novembre 1526, et se termina par la dispersion du groupe, certains de
ses membres devant fuir jusqu'à Strasbourg pour échapper à la prison, voire
au bûcher, tandis que Briçonnet ne conserva son évêché qu'au prix d'un
renforcement de sa lutte contre les «hérétiques».
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L'échec du cénacle de Meaux montrait l'impossibilité de réformer l'Église de
l'intérieur, au point qu'on a pu parler de l'échec d'une «pré-Réforme» au
début du XVIe siècle. L'historien Lucien Febvre conteste cette vision
trop chronologique, et affirme que la chrétienté se préparait à cette époque
à affronter «un avenir bouillonnant, tumultueux et contradictoire», où
coexistaient diverses tendances qui se mêlaient et se combattaient, mais qu'
«à l'origine, il n'y a qu'un seul mouvement, un seul élan, une seule et même
poussée» animée par une seule volonté de rénovation des mœurs
de l'Église.
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