Concile de Chalcédoine Encarta (voir Universalis)
Définition du dogme de la personne du Christ
Quatrième concile œcuménique, réuni en 451 par l'empereur d'Orient Marcien sur l'ordre du pape Léon Ier, pour annuler les décisions du prétendu faux synode d'Éphèse et mettre un terme à la controverse eutychienne. Quelque six cents évêques participèrent aux dix-sept sessions qui se sont tenues entre le 8 octobre et le 1er novembre.
Le concile condamna l'eutychianisme (soutenu par le faux synode), également appelé monophysisme, doctrine selon laquelle Jésus-Christ n'aurait possédé qu'une seule nature, divine, et n'aurait pas de nature humaine. La définition chalcédonienne, fondée sur la formulation du pape Léon dans son Tome à Flavien, évêque de Constantinople, et les lettres synodales de saint Cyril d'Alexandrie à Nestor, affirma que le Christ possédait une nature à la fois divine et humaine, inséparables en Lui.
Le concile promulgua également vingt-sept canons régissant la discipline et la hiérarchie ecclésiastique ainsi que la conduite cléricale ; tous furent acceptés par l'Église occidentale. Cependant, un 28e canon, qui aurait accordé à l'évêque de Constantinople le titre de patriarche et un statut égal, en Orient, à celui du pape à Rome, fut refusé.
CONCILE DE CHALCÉDOINE Universalis
Convoqué en 451 par l’empereur Marcien à Chalcédoine (aujourd’hui Kadiköy), sur la rive asiatique du Bosphore, en face de Byzance, ce concile ne réunit que des participants orientaux, à l’exception de deux légats romains et de deux évêques africains exilés. Mais, à cause de son œuvre doctrinale, confirmée d’ailleurs par le pape saint Léon et rapidement reçue en Occident, ce synode est considéré comme le quatrième Concile œcuménique, aussi bien par le protestantisme classique que par l’orthodoxie et le catholicisme. L’ensemble des chrétiens tient ainsi pour normatives les décisions d’un concile oriental lorsqu’il s’agit d’exprimer l’identité originale de Jésus-Christ, à la fois fils de Dieu et fils de Marie. De cette reconnaissance du Christ comme vrai Dieu et vrai homme découle pour eux l’obligation de respecter à la fois toute la vérité des réalités humaines et toute la vérité divine.
L’union hypostatique
La définition de Chalcédoine peut se résumer en quelques expressions techniques : le Christ est une personne, mais il possède deux natures unies entre elles «sans confusion ni changement, sans division ni séparation»; les propriétés de chacune de ces natures restent sauves, mais appartiennent à une seule personne ou hypostase . Cette définition permet au croyant d’affirmer, sans contradiction, que Jésus-Christ est véritablement à la fois son Dieu et son frère, et par là même son Sauveur; de saisir aussi que Dieu, tout en devenant homme, ne cesse pourtant pas un instant d’être Dieu. Ce résultat n’a pu être acquis qu’au terme d’une difficile clarification des concepts de nature et de personne dont la tradition philosophique occidentale tirera profit.
Recueillant l’héritage des conciles précédents, Chalcédoine constitue une étape décisive dans l’élaboration du dogme chrétien. Sa définition reprend d’abord celle des conciles œcuméniques de Nicée et de Constantinople, qu’elle déclare être des exposés suffisants de la foi dans le Christ. Mais elle ajoute aussitôt que les nouvelles erreurs de Nestorius et d’Eutychès doivent être formellement répudiées – c’était la volonté expresse de l’empereur. Ainsi, après avoir renouvelé la condamnation du nestorianisme (selon lequel il existe deux personnes dans le Christ) portée par le concile d’Éphèse (431), Chalcédoine exclut l’erreur inverse du monophysisme d’Eutychès (une seule nature dans le Christ) qui risque d’absorber l’humanité du Christ dans sa divinité. Désormais, la christologie atteint un équilibre qui synthétise aussi l’apport des traditions théologiques d’Alexandrie, d’Antioche et de l’Occident.
Deux siècles de résurgences monophysites n’ébranleront plus cet équilibre, bien qu’ils aient marqué de façon décisive le destin religieux du Proche-Orient.
Luttes post-conciliaires, Constantinople et Rome
Pour des raisons fort complexes, la définition de Chalcédoine ne fut finalement pas acceptée par les Églises copte, syrienne et arménienne, ni par les Églises qui en sont nées: Église d’Éthiopie, Église syrienne de l’Inde. L’une de ces raisons fut la prétention de l’État byzantin à imposer l’orthodoxie: l’Église et l’Empire y perdirent leur unité et affrontèrent, affaiblis, la conquête musulmane. En ce sens, au moins, Eutychès a préparé les voies de Mahomet.
Enfin Chalcédoine fut le premier concile œcuménique à légiférer sur le monachisme, phénomène charismatique qui trouve désormais une place institutionnelle dans le christianisme. C’est l’intervention croissante des moines dans les questions doctrinales, en concurrence directe avec l’épiscopat, qui rendit sans doute nécessaire cette initiative.
Parmi les canons du concile, il faut encore retenir le vingt-huitième qui accorde à Constantinople des privilèges égaux à ceux de Rome, parce qu’elle est «honorée de la présence de l’empereur et du sénat et jouit des mêmes privilèges que l’ancienne ville impériale». Ce canon, cassé par le pape saint Léon, révèle un grave malentendu entre l’Orient et l’Occident sur la nature profonde de la primauté dans l’Église. Au principe religieux, affirmé à Rome, l’Orient oppose un principe politique. Cette divergence n’est sûrement pas étrangère à la consommation du schisme de 1054, qui se consolidera d’autant plus aisément que le refus de reconnaître Chalcédoine opposé par les Églises non byzantines avait laissé Latins et Grecs seuls face à face.
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