Controverse de Valladolid, août 1550 - mai 1551

Charles Quint réunit à Valladolid des juristes et des théologiens pour déterminer la manière dont les Indiens peuvent être légitimement soumis et convertis.

Sepúlveda justifie la guerre de conquête par la thèse aristotélicienne de la servitude naturelle. Leur barbarie condamne les Indiens à être dominés par les peuples civilisés. Cet assujettissement doit mettre fin aux violations de la loi naturelle, en particulier l’idolâtrie et les sacrifices humains aux idoles et faciliter la conversion.

Pour condamner la guerre au profit d’une forme pacifique de conversion et de conquête, Las Casas limite le pouvoir de l’Église au domaine spirituel et rejette la thèse de la barbarie : les Indiens respectent la loi naturelle et sont, conformément au droit naturel, propriétaires de leurs biens et politiquement souverains. Le théologien dominicain justifie même l’idolâtrie et les sacrifices humains dans la mesure où ils sont raisonnables pour la raison privée des lumières de la foi.

Aucune décision officielle n’a finalement tranché cette dispute restée célèbre. La couronne ne pouvait accepter ni la position de Sepúlveda, trop appréciée des colons, ni celle de Las Casas, qui invalidait la légitimité de toute la conquête. Cette controverse n’en est pas moins historiquement essentielle. Elle montre que, dès l’origine, l’impérialisme moderne européen a fait l’objet d’une interrogation et d’une critique radicales.

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