Il existe depuis des milliers d'années plusieurs
moyens (images, signes, dessins) de transmission de messages intelligibles.
L'écriture stricto-sensu existe seulement lorsque apparaît un
ensemble organisé de signes ou symboles, permettant de matérialiser
et transmette une pensée, un sentiment.
En Mésopotamie
L'histoire de l'écriture
débute aux environs du VIè millénaire avant Jésus
Christ, en Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate. La région
se partageait alors entre le pays du nord, Akkad, et le pays du sud, Sumer. Les Sumériens et les Akkadiens parlaient
des langues différentes ; ils vivaient en communauté dans
des villes, sous l'autorité d'un souverain, et sous la protection
de nombreux dieux.
Les premières
traces d'une écriture ont été découvertes sur
des tablettes d'argile, au pays de Sumer (temple d'Uruk). Ces tablettes d'Uruk
comportent des inventaires de grains, de bétail. Ils s'agit donc
de signes décrivant l'état d'une comptabilité. Ces
signes sont en fait des pictogrammes, des représentations stylisées.
Par exemple une tête de bœuf décrit cet animal, un triangle
pubien avec le trait d'une vulve désigne une femme. Ces pictogrammes
pouvaient être combinés pour exprimer une idée (d'où
le terme d'idéogrammes). Les chercheurs ont recensé environ
1500 de ces pictogrammes.

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Évolution des pictogrammes.
1è ligne : La tête
de bœuf désignait l'animal ; la 1è évolution
fut une rotation de 90° pour faciliter l'écriture, puis
évolution vers le remplacement progressif par une écriture
cunéiforme.
2è ligne : le triangle
pubien représente la femme, puis évolution vers le
cunéiforme.
3è ligne : combinaison
de 2 pictogrammes désignant les femmes des montagnes, puis
évolution. |
Au début du IIè millénaire, le pictogramme évolue
de la représentation d'un objet à son concept abstrait. Les
scribes utilisaient des tablettes d'argile et des "calames", roseaux taillés en pointe, puis plus
tard en biseau pour imprimer dans dans l'argile des empreintes en forme
de coins et de lignes formant des sortes de clous sensés représenter
les dessins primitifs. De là l'écriture "cunéiforme"
tire son nom, du latin "cuneus", clou.

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Tablette
d'argile et calames
Cette tablette présente
un exemple d'écriture cunéiforme réalisée
avec les "calames" dont on a recensé 3 types :
le triangulaire pour former les coins, celui à bout creusés
pour les clous et celui à bout rond pour les chiffres. |
A ce stade, chaque signe pouvait, selon le contexte, avoir
plusieurs sens. Dès lors que les signes ne représentent plus
qu'eux-mêmes, et non plus un objet ou un être, leur nombre diminue.
Le nombre de 600 a été avancé par les chercheurs.
L'étape suivante
de cette évolution fut considérable ; les signes furent utilisés
pour représenter les sons de la langue parlée. C'est la naissance
du phonétisme. Les Sumériens eurent le trait de génie
d'utiliser la méthode du rébus ; un pictogramme ne désignait
plus un objet ou un être, mais un autre objet au nom phonétiquement
voisin. Par exemple le pictogramme sumérien de la flèche qui
se disait "ti" désignait la vie qui se disait également
"ti".
Cette évolution
fut complexe, au point que les scribes sumérien utilisèrent
des signes "classificateurs" pour savoir si le signe évoquait
un son ou un objet.
Au début du
IIè millénaire, les Akkadiens dominèrent la Mésopotamie. Rapidement,
l'akkadien fut la seule langue parlée. Le sumérien fut relégué
au rang de "langue sacrée". L'écriture cunéiforme
devint alors une écriture à part entière, capable de
transcrire la langue akkadienne et la langue sumérienne. Elle fut
adoptée officiellement par le royaume Babylonien (-1760). Successivement et progressivement, les
sumériens, les akkadiens, les babyloniens puis les assyriens inventèrent
la correspondance, le courrier, les enveloppes (en argile).
Évolution de l'idéogramme
"roi" composé d'un homme et d'une couronne entre 2500 et 600
avant Jésus Christ
L'écriture
cunéiforme permit également de transcrire les hymnes, textes
et récits religieux, les formules divinatoires et la littérature.
C'est le cas de l'Épopée de Gilgamesh dont plusieurs tablettes et fragments on été
retrouvés.
Pourtant, l'écriture
demeura ostensiblement élitiste, très certainement de par
le pouvoir qu'elle conférait. Les scribes constituaient une caste
puissante, parfois plus que les courtisans, voire le souverain.
Le succès de
l'écriture cunéiforme l'amena à être utilisée
pour la transcription de langues diverses : du pays d'Elam et de l'ancienne
Perse (l'actuel Iran), ou encore des Hittites (l'actuelle Turquie d'Asie).
Elle se répandit donc de la Palestine à l'Arménie.
En Egypte
Parallèlement
au développement de l'écriture mésopotamienne, d'autres
systèmes se développent. C'est notamment le cas en Egypte
avec les "hiéroglyphes" du grec "hieros", sacré et "gluphein", graver. Selon les antiques égyptiens,
cette écriture leur fut donnée par le dieu Thot. Contrairement
au cunéiforme, abstrait, géométrique et quelque peu
austère, les hiéroglyphes sont poétiques, vivants,
car composés de dessins admirables : têtes humaines,
oiseaux, plantes et fleurs...
Les premiers hiéroglyphes
découverts remontent au IIIè millénaire avant Jésus
Christ. L'écriture hiéroglyphique n'a pratiquement subi aucune
évolution jusqu'en 390 après Jésus Christ. Cependant,
le nombre de signes passa progressivement de 700 à 5000 !
Contrairement à l'écriture
sumérienne, l'écriture égyptienne fut dès le
début utilisée pour représenter la langue parlée,
mère de l'actuelle langue copte. Dès l'origine elle transcrivait
des réalités abstraites et concrètes (agriculture,
médecine, éducation, religion, légendes, droit, littérature...
L'écriture égyptienne
était constituée de trois types de signes :
. les pictogrammes, dessins stylisés représentant
des objets ou des êtres,
. les phonogrammes, représentant des sons,
. les déterminatifs, indiquant de quelle catégorie de choses
ou d'être il s'agit.
Elle se lisait de droite
à gauche, le sens étant donné par l'orientation des
têtes humaines ou des oiseaux. Le support traditionnel de l'écriture
était le papyrus. Le papyrus est une plante des marécages de la
vallée du Nil. La tige était découpée en fines
bandes, assemblées en se chevauchant. Deux couches croisées
étaient superposées, la surface plane et souple ainsi obtenue
était séchée par pressions puis polie. On collait,
avec une pâte à base d'amidon, une vingtaine de feuilles à
la suite, produisant un rouleau de plusieurs mètres de longueur.
Le scribe travaillait assis en tailleur, le papyrus entre les genoux. Il
utilisait une baguette de roseau dont l'extrémité était
martelée ou taillée. L'encre noire était préparée
à base de suie et d'eau complété de gomme arabique.
Les titres et en-têtes étaient écrit à l'encre
rouge, obtenue par un mélange de poudre de cinabre, de sulfure de
mercure, ou d'oxyde de plomb.
Parmi les documents
découverts les plus fameux, figure le "Livre des morts"
écrit sous la XIXè dynastie pharaonique (XIIIè siècle
avant Jésus Christ). Ce livre est lu par les prêtres lors des
funérailles ; il raconte en une vaste fresque le parcours des morts
au-delà de la vie présente.

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Exemple de
hiéroglyphes couchés sur un papyrus.
Il s'agit du "Livre des
morts" qui décrivait le cheminement de l'âme des
défunts. Véritable viatique pour ce voyage vers l'éternité,
le livre était lu au cours des funérailles. |
En Egypte comme
en Mésopotamie, la connaissance de l'écriture est une source
considérable de pouvoir. Les scribes formaient ainsi une puissante
caste.
Pour faire face aux
contraintes de la vie quotidienne des scribes, la difficile et longue écriture
hiéroglyphique donna naissance à une écriture cursive
simplifiée, dite "hiératique" ou "sacerdotale". Vers 650 avant Jésus Christ, apparaît
une écriture cursive plus claire et rapide, appelée "démotique"
ou "populaire" couramment utilisée en Egypte.
La fameuse pierre de Rosette
qui permit à Champollion de découvrir le secret des hiéroglyphes,
figure le même texte en démotique, hiéroglyphe et grec.
Quelques caractères de l'écriture démotique ont survécu
dans l'écriture copte.
En Crète
Vers le IIè
millénaire, alors qu'en Mésopotamie, l'écriture cunéiforme
adoptait sa forme définitive, et qu'en Egypte les écrits hiéroglyphiques
abondaient, se développaient en Crète et en Grèce d'autres
formes d'écriture. Il s'agissait d'écriture également
hiéroglyphique, réalisées sur des tablettes d'argile
ou sur des pierre tendre comme la stéatite. Plusieurs fragments de
ces supports ont été retrouvés, comme le célèbre
"disque de Phaïstos" découvert en 1906. Malheureusement,
jusqu'à ce jour, ces écritures n'ont pas été
déchiffrées.
En Chine
Née vers le
IIè millénaire, et codifiée vers 1500 avant Jésus
Christ, l'écriture chinoise, composée de pictogrammes, est
atypique du point de vue de son évolution. Sa cohérence systémique
s'obtint entre 200 avant et 200 après Jésus Christ, et demeure
sensiblement inchangée depuis.
La légende veut
que trois empereurs aient engendré l'écriture, notamment Huang-Che au
XXVIè siècle avant Jésus Christ. Huang-Che aurait découvert
l'écriture en étudiant les corps célestes et les objets
présents dans la nature telles les empreintes d'oiseaux et d'animaux.
Les plus anciennes
traces connues de cette écriture ont été mises à
jour à la fin du XIXè siècle, en l'occurrence, il s'agissait
d'écailles de tortue et d'omoplates de cerf.
Il est à noter
que, parmi les pictogrammes constituant l'écriture chinoise, certains
ressemblent fort à des pictogrammes présents chez d'autres
civilisations. La calligraphie est particulièrement soignée,
les combinaisons de pictogrammes élémentaires s'avère
souvent très poétique. Un seul signe peut, selon la graphie,
avoir des significations nombreuses et variées. Par exemple, le son
"shi" peut signifier : savoir, être, puissance, monde, veiller
sur, voir, quitter, affaire, aimer...
L'écriture est
en fait le fondement de l'unité linguistique de la vaste Chine. Le
chinois courant se lit de gauche à droite, les chinois savant et
poétique se lit de haut en bas et de droite à gauche.
Écriture
chinoise : l'élément "pouvoir", précédé
de la clé "eau", signifie "rivière".
Le même élément
"pouvoir", associé à la clé "parole",
signifie "critiquer"
.
L'apparition
de l'alphabet
Le premier modèle
connu d'alphabet est celui des phéniciens daté des environs
du XIIè siècle avant Jésus Christ. Ce peuple était
composé de marchands et de navigateurs qui commerçaient avec
les peuples du pourtour méditerranéen oriental. Leur alphabet
fut ainsi connu des autres peuples.
Les signes de cet alphabet
sont probablement issus d'une évolution graphique de signes cunéiformes
ou démotiques (égyptiens). L'alphabet phénicien ne
comporte que des consonnes, ce qui est le propre des langues sémitiques
comportant peu de voyelles.
Au VIIIè siècle
avant Jésus Christ, apparaît l'alphabet araméen, du
pays d'Aram
(l'actuelle Syrie), proche de son aîné phénicien, et
l'alphabet hébreux. L'écriture hébraïque se lit
de droite à gauche et ne note pas les voyelles. La langue transcrite
est restée quasi inchangée depuis cette époque ! C'est
dans cette écriture qu'ont été rédigé
la plupart des livres de l'ancien testament.
Les écritures arabe et hébraïque, toutes deux toujours
en usage, ont probablement une source commune : l'alphabet phénicien.
Il faut cependant rester modeste et avouer que la filiation de ce dernier
vers les deux autres n'est pas connue. L'écriture arabe sous sa forme
actuelle est apparue au VIè siècle après Jésus
Christ et est donc légèrement antérieure à l'apparition
de l'islam. Mahomet l'utilisa pour l'écriture du Coran.
L'alphabet grec, constitué
vers le VIIIè siècle avant Jésus Christ comportait
des voyelles, dont la représentation fut vraisemblablement empruntée
à l'alphabet phénicien. Il s'agissait de consonnes que ne
possédait pas la langue grecque, ainsi naquirent les : A "alpha", E "epsilon", O "omicron",
Y "upsilon. Quant au I "iota",
il fut purement inventé.
Au Vè siècle
avant Jésus Christ, l'alphabet grec est constitué de 24 lettres
dont 17 consonnes et 7 voyelles, sous les formes majuscule et minuscule.
Les majuscules étaient utilisées pour écrire sur la
pierre, les minuscules plus cursives pour l'écriture sur papyrus
ou tablette de cire.
C'est de l'écriture
grecque que paraît une littérature abondante et pluridisciplinaire
: poésie, théâtre, récit, histoire et philosophie.
Notre civilisation est redevable à plus d'un titre de cette littérature.
De l'écriture grecque sont issues les écritures arménienne,
copte, géorgienne mais aussi l'alphabet latin, donc le nôtre.
En effet, la culture et l'écriture grecque furent vraisemblablement
transmises aux étrusques qui peuplaient alors l'actuelle Toscane.
Même si la langue
étrusque demeure mystérieuse, les fouilles funéraires
ont mis à jour de nombreuses inscriptions composées de signes
voisins de l'alphabet grec. Les étrusques régnèrent
sur Rome jusqu'au IVè siècle avant Jésus Christ, période
à laquelle les peuplades du Latium les en chassèrent. Une
des hypothèses les plus courantes veut que ces vainqueurs latins
durent emprunter aux étrusques leur alphabet. Une autre hypothèse
veut que les latins composèrent leur alphabet directement à
partir de l'alphabet grec.

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Écriture grecque
Extrait d'une lettre de l'empereur
Néron sur la liberté accordée aux grecs intégrés
à l'empire romain en 146 avant Jésus Christ. Elle
témoigne de l'influence de l'écriture grecque sur
l'écriture romaine. |
Au IIIè
siècle avant Jésus Christ, l'alphabet latin comporte 19 lettres.
Le X
et le Y
ont certainement été rajoutés plus tard, à l'époque
de Cicéron, soit au Ier siècle avant Jésus Christ.
Les romains utilisaient les majuscules et les minuscules pour les mêmes
raisons que les grecs.

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Écriture romaine
Il s'agit là de la "quadrata
monumentale", qui apparut au IIIè siècle avant
Jésus Christ. Elle fut utilisée pour graver, au burin
et au ciseau les textes destinés à l'ornement des
monuments romains. Elle fut, durant plusieurs siècles, et
demeure encore aujourd'hui, le prototype universel des inscriptions
sur les monuments. |
Aux IIè et IIIè siècles après Jésus Christ
apparaissent la "nouvelle écriture commune" et l'"onciale"
qui demeureront dans toute l'Europe, jusqu'aux environs de l'an 1000.
L'écriture indienne
est aujourd'hui considérée comme un avatar de l'alphabet phénicien.
C'est notamment le cas de l'alphabet brahmi, à l'origine du sanscrit,
et qui comportait des consonnes et des voyelles.
Les exceptions
Nous l'avons vu,
divers systèmes d'écriture ont existé et évolué
de par le monde antique. Cependant, il reste, de nos jours encore, de nombreuses
régions du monde où l'écriture est absente. Pour 3000
langues dénombrées dans le monde, seule une centaine sont
dotées d'un système d'écriture.
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