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Église Anglicane

Église chrétienne d'Angleterre. L'Église anglicane est la branche de l'Église chrétienne établie en Angleterre à la suite de la Réforme. Elle est placée sous l'autorité tutélaire du monarque. L'Église d'Angleterre compte environ 27,5 millions de membres baptisés, soit les deux tiers de la population d'Angleterre.

Le christianisme en Angleterre

Le christianisme est attesté en Angleterre dès le début du IIIe siècle, notamment dans les écrits des premiers Pères de l'Église, Tertullien et Origène. Par ailleurs, trois évêques anglais furent présents au concile d'Arles en 314 ; d'autres assistaient au concile de Sardica en 347 et au concile d'Ariminum en 360. On trouve également un certain nombre d'allusions à l'Église de la Bretagne romaine dans les écrits des Pères du IVe siècle. Les rituels et la discipline de l'Église primitive furent largement introduits en Angleterre par les moines et missionnaires celtes et gaulois, jusqu'à l'arrivée de saint Augustin de Canterbury et de ses compagnons missionnaires de Rome en 597. Dès lors, les cultes celtes et romains devinrent le substrat des nouveaux cultes chrétiens, particulièrement en ce qui concerne les méthodes de calcul de la date de Pâques, l'organisation des monastères et le pouvoir du clergé. Cet état de choses se trouva clarifié au synode de Whitby (664) qui décida de rompre toute relation avec l'Église irlandaise et soumit l'organisation de l'Église anglaise à la discipline romaine.

Cathédrale de Canterbury (Angleterre)

Construite entre 1070 et 1504, la cathédrale de Canterbury (Kent) compte parmi les édifices religieux les plus célèbres d'Angleterre. Mélange des styles roman et gothique perpendiculaire, elle abrite la sépulture du Prince noir, fils du roi Édouard III. Exécutés au XIIe siècle, les vitraux sont sans doute les plus anciens d'Angleterre.

Au cours des quatre siècles suivants, l'Église de l'Angleterre saxonne connut une croissance et un développement identiques à ceux de toutes ses sœurs. Après la conquête normande (1066), l'influence continentale s'accrut en Angleterre, renforçant les liens entre l'Église anglaise et la papauté. Le pouvoir des papes, de Grégoire VII à Innocent III, s'étendit progressivement, de la fin du XIe siècle au début du XIIIe siècle. L'influence et les privilèges cléricaux s'étendirent aux affaires séculières. Les rois anglais du Moyen Âge tentèrent vainement de limiter les pouvoirs de l'Église et le champ d'application de la loi canonique jusqu'à l'accession au pouvoir d'Henri VIII

Une Église nationale

Les lois du Parlement, entre 1529 et 1536, établirent l'Église anglicane comme une Église nationale, indépendante de la juridiction papale. Henri VIII, vexé de se voir refuser par le pape Clément VII l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon, pressa le Parlement de promulguer une série de lois visant à dénier au pape toute autorité ou juridiction sur l'Église d'Angleterre. Il réaffirma ainsi l'ancien privilège du prince chrétien ou du monarque d'exercer un droit de suprématie sur les affaires de l'Église à l'intérieur de son royaume. Il invoqua des précédents dans les relations entre Église et État au sein de l'Empire chrétien d'Orient et jusqu'au IXe siècle sous Charlemagne. Malgré le caractère révolutionnaire de son action, Henri VIII reçut le soutien de la grande majorité de ses sujets, clercs et laïcs. Ce soutien massif s'explique par le fait qu'aucun changement significatif ne fut en fait apporté à la foi et aux pratiques catholiques traditionnelles et que l'identité nationale fut ainsi affermie.

Après la mort d'Henri VIII, l'influence de la Réforme se fit plus sérieusement ressentir. En 1549 parut la première édition anglicane du Book of Common Prayer (« Livre des prières communes ») dont l'usage fut rendu obligatoire au clergé anglais par l'Acte d'Uniformité. Une deuxième édition, reflétant davantage l'influence du protestantisme continental, parut en 1552, suivie de peu par la parution des Quarante-deux Articles, exposé doctrinal de la même veine.

Les deux ouvrages furent mis de côté avec l'accession au pouvoir de Marie Tudor (1553) qui replaça l'Angleterre sous l'autorité papale jusqu'à sa mort, en 1558.

L'avènement de la reine Elisabeth Ire qui succéda à Marie Tudor en 1558 mit un terme à la controverse religieuse. La plupart des lois ecclésiastiques d'Henri VIII furent remises en vigueur ; un Acte de Suprématie définit avec plus de circonspection l'autorité de la couronne au sein de l'Église et un nouvel Acte d'Uniformité établit l'usage du Book of Common Prayer en des termes modérés qui sont loin des excès de ferveur protestante de la deuxième édition. Le pouvoir des puritains augmenta sous le règne d'Elisabeth Ire. Ils réclamèrent pour l'Église d'Angleterre une réforme plus radicale, semblable à celle des protestants de Genève. Après l'accession au trône, en 1603, du premier monarque Stuart, Jacques Ier, l'effervescence religieuse en faveur de la Réforme fut étroitement associée à la lutte du Parlement contre l'absolutisme des Stuart. En 1645, le parti du Parlement fut assez fort pour interdire l'usage du Prayer Book. En 1649, le roi Charles Ier fut exécuté et la monarchie provisoirement renversée.

En 1662, après la restauration de Charles II, l'usage du Prayer Book remanié dans sa version actuelle fut rendu obligatoire par un troisième Acte d'Uniformité. L'Église anglicane subit une nouvelle épreuve lorsque le roi Jacques II tenta de réintroduire le catholicisme romain en Angleterre. Il perdit son trône au profit de Guillaume III et Marie II pendant la révolution de 1688.

Mouvements populaires

Depuis le XVIIe siècle, l'Église d'Angleterre fut traversée par une succession de mouvements qui ont contribué à son ouverture spirituelle et ecclésiastique. Au XVIIIe siècle, le réveil évangélique insuffla un nouvel esprit de piété et de dévouement personnel dans la pratique religieuse populaire de l'Église établie. Il permit aux fidèles de mieux réaliser la responsabilité qui incombe aux chrétiens dans la poursuite des missions, de l'éducation religieuse et des maux sociaux et moraux de l'époque. La figure la plus importante de ce mouvement fut John Wesley qui quitta l'Église anglicane avec quelques coreligionnaires pour fonder le méthodisme.

Au XIXe siècle, un autre mouvement destiné à ressusciter les éléments catholiques préservés dans l'héritage spirituel de l'Église anglicane, en dépit de la Réforme, fut fondé par un groupe de jeunes clercs de l'université d'Oxford. Les adeptes du réveil évangélique ou Low Church (appelé en français « la Basse Église »), se sentant proches par la piété et le culte du protestantisme, redoutaient l'enthousiasme excessif à l'égard des croyances et des pratiques du catholicisme manifesté par les catholiques de la High Church (« Haute Église »), attachés aux sacrements et à la liturgie catholiques. Ces craintes n'empêchèrent pas le mouvement d'Oxford, issu de la High Church, de se répandre et de transformer le visage de l'Église en Angleterre. Il contribua en effet à rehausser l'éclat de la dignité et la beauté des rituels et redonna au culte une place prépondérante dans la vie religieuse. De plus, il raviva l'intérêt théologique pour le caractère catholique et apostolique des sacrements et du ministère, de ses idéaux pastoraux et sa signification profonde.

Le développement du réveil évangélique et du mouvement d'Oxford au sein de l'Église d'Angleterre atteste de l'ouverture et la souplesse de la tradition anglicane, illustrée d'ailleurs par la coexistence au fil des ans des tendances divergeantes de la Low Church et de la High Church. Les anglicans, partagés entre ces deux mouvances, formèrent, vers la fin du XIXe siècle, le mouvement de l'Église libérale ou Broad Church. Ces différents courants provoquèrent souvent des tensions et des controverses. Toutefois, les anglicans estiment généralement que l'esprit d'ouverture qui aura permis à l'Église de maintenir en son sein des points de vue aussi différents constitue véritablement son génie propre.

Expansion

L'Église épiscopale protestante fut fondée aux États-Unis pendant la guerre d'Indépendance américaine, lorsque les membres de l'Église anglicane des anciennes colonies ne pouvaient plus prêter allégeance à leur Église mère sur le vieux continent. Plusieurs Églises furent établies par la suite et rattachées à l'Église d'Angleterre, formant la communion anglicane. En plus des Églises d'Angleterre, d'Irlande et du Pays de Galles, ainsi que l'Église épiscopale d'Écosse, des Églises anglicanes distinctes et indépendantes existent au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique occidentale, en Afrique centrale, en république d'Afrique du Sud, en Inde, en Chine, au Japon et aux Antilles. Ces Églises dirigent de nombreuses missions implantées presque partout dans le monde, le plus souvent au sein de populations marquées par la culture anglo-saxonne. Elles constituent une communion liée par une même foi et une même pratique.

Doctrine

La doctrine de l'Église d'Angleterre est exposée dans le Book of Common Prayer (« Livre des prières communes ») qui contient les principes de l'Église indivise ainsi que dans les Trente-Neuf Articles. Les quatre premiers conciles de l'Église y font autorité ainsi que les Écritures saintes interprétées par « les Pères catholiques et les premiers évêques ».

L'Église d'Angleterre se distingue de l'Église catholique principalement par son refus de reconnaître les prérogatives papales en matière de juridiction sur l'Église et d'infaillibilité dans la promulgation de la doctrine et la morale chrétiennes. Elle diffère aussi par son rejet des doctrines et de la discipline purement catholiques et par le fait qu'elle autorise la prêtrise des femmes. Toutefois, en dépit du précédent que constituent les ministres femmes dans l'Église épiscopalienne américaine, la prêtrise des femmes est encore jugée indésirable par un anglican sur dix, clercs et laïcs confondus. Une première motion statuant qu'« il n'existe aucune objection fondamentale à l'accession des femmes à la prêtrise » fut votée par le synode général de l'Église d'Angleterre en 1975 ; les premières femmes diacres furent ordonnées en 1987. Le synode général finit par approuver la pleine ordination des femmes en 1992. L'approbation du Parlement fut votée l'année suivante et les 22 premières femmes ministres de l'Église anglicane furent ordonnées le 12 mars 1994. Un certain nombre de prêtres, en majorité de tendance anglo-catholique (High Church), désapprouvèrent cette décision et quittèrent l'Église anglicane pour l'Église catholique romaine. Un système de visiteurs épiscopaux provinciaux fut instauré pour officier dans les paroisses n'admettant pas de femmes ministres.

L'Église anglicane et ses sœurs de la communion anglicane se démarquent de la plupart des Églises protestantes par l'obligation de l'ordination épiscopale de tous les membres de leur clergé, par leurs liturgies qui sont des versions traduites et revues des offices antérieurs à la Réforme, et par leur orientation spirituelle qui mêle l'héritage sacramentel catholique aux accents bibliques et évangéliques transmis par la Réforme.