Egrégore

Ce mot est inconnu, en tant que substantif, des dictionnaires et encyclopédies de langue française. Je ne l’ai trouvé cité que deux fois dans l’encyclopédie Universalis. Une fois comme concept décrit par Pierre Mabille * dans Égrégores ou la Vie des civilisations, publié en 1938.

Attiré par l’hermétisme et par l’imaginaire, Mabille soupçonne l’alchimie d’être beaucoup plus que l’opération du faiseur d’or ou de l’ascète mystique.

Voici ce qu’il dit à propos de l’égrégore :

 « J’appelle égrégore, mot utilisé jadis par les hermétistes, le groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment »

Cité une seconde fois dans un article sur la magie et à propos des rites préparatoires à la chasse par René Alleau * :

« ... En animant le groupe par des cris, des danses, des travestis, en exaltant le sentiment de la force d’une communauté étroitement unie (…), la magie mimétique mettait les chasseurs dans un état de transe collective, et cette surexcitation permettait à chacun de dépasser (…) les bornes de ses perceptions individuelles. Alors se rassemblaient, en un seul faisceau d’énergie psychique orientée par le magicien sur l’animal figuré, tous les désirs de la communauté et se constituait ce que l’on nomme un « égrégore », c’est-à-dire non seulement une somme d’expériences individuelles mais aussi l’unité vivante d’une conscience commune. ... »

A mon sens, ces définitions ne sont pas satisfaisantes car elles ne rendent pas suffisamment compte de la réalité dans la magie qui opère lorsque se construit l’égrégore. J’ai donc réfléchi sur ce sujet pour vous proposer une définition qui me satisfasse.

Pour ce faire, j’ai procédé par analogie et je me suis arrêté sur la théorie philosophico-scientifique dite « holiste » (ou « holistique ») défendue par les tenants de l’Emergence dans l’apparition de la vie sur terre.

Voici donc ma définition de l'égrégore

« L’Egrégore est cet état émergeant d’un groupe de pensées fonctionnant sur un mode commun de concorde et de tolérance. Etat dont le tout est supérieur à la somme des parties et dont les propriétés sont irréductibles aux propriétés des constituants.

Cet état singulier, construit par le groupe, vit par le groupe et le transcende. Il met chacun des participants en situation d’empathie ou d’identification affective réciproque qui ouvre l’esprit à la compréhension et au partage attentif des idées.

Il n’a pas d’identité propre sinon, et accessoirement, celle du groupe qui l’a fait émerger. Cela veut dire que tout groupe de pensées fonctionnant sur le même principe fera émerger un état identique.

Il continue de vivre, hors le groupe constitué, dans chacun des éléments du groupe et confère à chacun le bénéfice du tout. Pourvu, bien sur, que ce groupe une fois constitué fusionne et perdure dans le temps et dans ses constituants. (Tel une batterie, conservant en l’état tous ses éléments et périodiquement rechargée.)

Cet état propice favorise pour chacun des constituants du groupe une réflexion plus riche et plus féconde et leur procure un bénéfice qui va au-delà du simple débat d’idées. »

JCP

 

PIERRE MABILLE (1904-1952)

Médecin, anthropologue et écrivain, né à Reims le 2 août 1904, Pierre Mabille fait partie de ces esprits lucides que le XXe siècle découvre tardivement. Partageant les préoccupations des surréalistes, il aborde, par une approche à la fois scientifique et poétique, l’étude de l’homme sensible et de ses pouvoirs insoupçonnés.

Interne des hôpitaux de Paris, chef de clinique (1931) puis chirurgien, il devient membre du groupe surréaliste en 1934 et collabore à la revue Minotaure. Il accueillera André Breton en Haïti, où il occupe le poste d’attaché culturel de 1940 à 1946. De 1949 à sa mort, en 1952, il sera professeur à l’École d’anthropologie de Paris.

___________________________________

© 2000 Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.

René Alleau

Historien des sciences et des techniques

Holisme

(…) le « holisme » consiste à affirmer que le tout est plus que la collection des parties. (…) Le holisme recouvre à peu près l’ancien vitalisme. (…) l’expression s’entend en au moins deux sens. Il peut s’agir soit de « qualités occultes » (comprenons : d’entités verbales), soit de forces qui ne se manifestent que dans les organismes. (…) « Holisme » est un terme nouveau, qui éventuellement sert à différencier la doctrine, qui admet l’importance, dans les phénomènes vitaux, du niveau et des structures d’organisation, d’avec la doctrine des forces vitales. Introduit dans les années 1920, le mot désigne, à l’origine, des doctrines, appelées aussi organicistes, qui visent à échapper à la fois au déterminisme et au finalisme, ou peut-être à les concilier, en insistant sur le caractère spécifique de l’organisme. Celui-ci est une totalité inanalysable. Les totalités présentes dans la nature ne s’expliquent pas par un assemblage de parties ; il y a quelque chose qui relie et ordonne ces parties, et qui n’est pas de l’ordre d’une causalité efficiente. Pour Aristote, c’est la forme, organisatrice et conservatrice de l’être vivant (forma est qua ens est id quod est). Ce principe de liaison a porté encore d’autres noms : entéléchie, force vitale, principe directeur. Le fait frappant, qui justifie et illustre le holisme au premier chef, est la capacité des embryons, au début de leur développement, de se régénérer à partir d’une de leurs parties : il faut que la partie refasse le tout ou que le tout refasse ses propres parties en se reproduisant lui-même (R. Ruyer, La Genèse des formes vivantes, chap. III). (…)  « Holisme » s’emploie encore comme synonyme de finalisme, non pas seulement pour désigner une variante de la conception kantienne où l’explication mécaniste est considérée comme universellement valide, et la cause finale comme un point de vue, d’ailleurs légitime (« jugement réfléchissant »). On range sous l’étiquette « holisme » l’hypothèse du rôle des formes et des fins comme guides de l’évolution (…),

Il existe plusieurs façons d’être holiste : admettre soit (1) une force vitale, soit (2) l’existence de formes, de types d’organisation qui tendent à se réaliser, de potentiels qui commandent l’apparition soit d’une structure instantanée, soit d’une structure qui persiste dans le temps. Il suffit, pour n’être pas mécaniste, de supposer que le vivant, qui n’existe que par ses parties, est tel que ses parties n’existent que par la vie du tout ; qu’il y a une action réciproque du tout et de ses éléments. S’ensuit que la vie est irréductible aux forces physico-chimiques.

Le holisme peut correspondre à des choix philosophiques différents. Par exemple, Bergson est représentatif de la thèse que les sciences physico-chimiques ne donnent que des moyens d’agir sur la matière et sont forcément réductionnistes ; que les phénomènes du vivant échappent au déterminisme, que la vie est créatrice et réalise ses objectifs en extrayant de l’énergie d’éléments matériels extérieurs. Une épistémologie pragmatiste peut conduire à une attitude holiste. Des conceptions platoniciennes et aristotéliciennes, imprégnées de finalisme, où la forme est dotée d’une sorte de pouvoir organisateur, ne peuvent trouver place que dans un cadre holiste.

Enfin, il arrive que « holisme » désigne chez les Anglo-Saxons l’antithèse de l’individualisme économique et social 

(« Holism », in P. Edwards dir., The Encyclopedia of Philosophy, 1967).

_______________________________

© 2003 Encyclopædia Universalis France S.A. – extraits - Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.

Emergence

L’émergence correspond à une conception révélée du vivant qui montre soudain des propriétés dont on ignore les fondements, entretenant un zeste de mystère, si ce n’est de mysticisme.

(Marie Christine Maurel  Professeur à l’Université Perre et Marie Curie et Directrice de recherche à l’Institut Jacques Monod)