EUSÈBE DE CÉSARÉE (265 env.-av. 341)
Né probablement à Césarée de Palestine, Eusèbe restera fidèle à cette ville jusqu’à sa mort, d’abord comme collaborateur du prêtre Pamphile, qui avait recueilli et enrichi la bibliothèque léguée par Origène à Césarée, puis comme évêque de cette cité après la persécution déclenchée par Dioclétien. D’origine modeste, il doit à son immense érudition le succès d’une carrière qui l’a conduit à l’épiscopat et qui a fait de lui le panégyriste officiel de l’empereur Constantin. La première partie de sa vie se passe aux côtés de Pamphile. Assisté d’une équipe de copistes, il révise et édite les livres saints et les autres textes de la bibliothèque. Eusèbe lit toutes les œuvres de la littérature profane ou chrétienne qui lui sont accessibles et constitue des recueils qui lui serviront à composer plus tard ses grands ouvrages. Pendant les premières années de la persécution (303-307), Eusèbe et Pamphile ne sont pas inquiétés. Mais, à la fin de 307, Pamphile est emprisonné ; il sera exécuté en 310. Eusèbe doit s’enfuir, d’abord en Phénicie, puis en Égypte. Avec la paix, il rentre à Césarée et est élu à l’épiscopat entre 315 et 320. C’est la période de sa production littéraire la plus intense. Il rédige une première version de son Histoire de l’Église, une Vie de Pamphile et un récit sur Les Martyrs de Palestine. C’est de cette période aussi que datent la Préparation évangélique et la Démonstration évangélique. Rapidement, Eusèbe est impliqué dans la querelle théologique soulevée par Arius, pour qui il prend parti. À partir du concile de Nicée, il est de plus en plus engagé dans la politique ecclésiastique. Lorsque Constantin meurt, en 337, Eusèbe se met à écrire un éloge enthousiaste du prince ami de Dieu qui venait d’inscrire dans l’histoire le triomphe longuement préparé de l’Église. On ignore la date de sa mort, qui est antérieure à 341.
Eusèbe est l’auteur de la première histoire de l’Église. Il avait préparé ce travail en dressant les tableaux synoptiques de ses Chronikoi Kanones qui, pour l’ère chrétienne, permettaient d’établir, par le rapprochement de différentes listes de successions épiscopales, le synchronisme des épiscopats et des règnes impériaux. C’est dans ce cadre chronologique préétabli qu’Eusèbe a ensuite inséré «les passages utiles cueillis chez les écrivains anciens» (I, I, 4). Car la documentation qu’il met en œuvre est limitée à un certain nombre de centres d’intérêt. L’Histoire n’a pas été publiée en une seule fois et a donné lieu à des remaniements importants en fonction des événements qui ont modifié la situation de l’Église dans l’Empire durant cette période (312-325).
La ferveur apologétique d’Eusèbe est claire dès ses premiers ouvrages. Il a réfuté, vers le début de la persécution, le Philalèthès du gouverneur Hiéroclès, centré sur une comparaison entre Jésus et Apollonius de Tyane. Mais c’est la lecture du traité en quinze livres du philosophe néo-platonicien Porphyre, Contre les chrétiens (271), qui semble avoir été l’événement déterminant quant à l’orientation de son activité littéraire. Très tôt, il a senti le besoin d’en présenter une réfutation en vingt-cinq livres, aujourd’hui perdus. Mais c’est l’ensemble de ses œuvres qui se veut une réfutation du philosophe. À travers Porphyre, c’est toute la civilisation antique qui, à grand renfort d’érudition, rejetait le christianisme comme constituant un refus irrationnel des valeurs de l’hellénisme. Eusèbe consacra le meilleur de lui-même à montrer, avec tout autant d’érudition, que le triomphe de l’Église était le phénomène historique décisif préparé depuis des siècles. La Préparation évangélique et la Démonstration évangélique constituent les deux pièces d’une même entreprise apologétique visant à justifier les chrétiens, que Porphyre accusait d’être passés du paganisme au judaïsme, puis de s’être à nouveau singularisés en rejetant la Loi juive. Dans la Théophanie enfin (333 env.), Eusèbe célèbre avec des accents triomphalistes la mission providentielle de l’Empire romain et voit en particulier dans le règne de Constantin le signe de l’action divine assurant la victoire de la foi chrétienne.
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EUSEBE DE CESAREE (env. 263 – 340)
Né, probablement, à Césarée de Palestine, Eusèbe reçoit une
savante formation chez Pamphile, dans l’école fondée par Origène.
Il doit à son immense érudition le succès d’une carrière qui l’a
conduit à l’épiscopat et qui a fait de lui le panégyriste officiel
de l’empereur Constantin. Dans les derniers mois de la grande persécution
de 303-307, Pamphile est emprisonné pour être exécuté en 310. Eusèbe
se réfugie d’abord à Tyr et, ensuite, en Egypte. Il retourne à Césarée
pour être élu à l’épiscopat entre 315 et 320. C’est la période
la plus intense de sa production littéraire. Il rédige une première
version de son Histoire de l’Eglise, une Vie de Pamphile, et un récit
sur les Martyrs de Palestine. L’Histoire a été construite à partir
d’un cadre chronologique préétabli dans lequel Eusèbe a ensuite inséré
« les passages utiles cueillis chez les écrivains anciens »
(1, 1-4). La documentation qu’il met en œuvre est limitée à un
certain nombre de centres d’intérêt. L’Histoire n’a pas été
publiée en une seule fois et a donné lieu à des remaniements
importants, en fonction des événements qui ont modifié la situation
de l’Eglise dans l’Empire durant cette période (312-325). C’est
de cette époque que datent la Préparation Evangélique et la Démonstration
Evangélique.
La Préparation constitue un ouvrage en quinze livres (parvenus entiers
dans le texte grec) par lequel Eusèbe se propose de réfuter le polythéisme
païen et de démonter la supériorité de la religion hébraïque, qui
aida à la « préparation à l’Evangile ». L’ouvrage se
veut « un guide qui puisse favoriser l’instruction, donner une
première introduction et s’adapter à nos récents convertis du
paganisme ».
Dans la Démonstration, Eusèbe réplique aux accusations des juifs qui
reprochent aux chrétiens de n’accepter le judaïsme que pour prétendre
aux droits du peuple élu, sans observer les obligations de la loi. Eusèbe
répond à cette critique par cette œuvre en vingt livres, dont il ne
reste que les dix premiers et un fragment du XVe. Il résulte de ceux-ci
que l’auteur ôte aux juifs l’usage privilégié des Ecritures.
Elles ont, à ses yeux, une valeur universelle et s’accomplissent dans
la religion chrétienne.
Rapidement, Eusèbe est impliqué dans la querelle théologique soulevée
par Arius, pour qui il prend parti. A partir du concile de Nicée, il
est de plus en plus engagé dans la politique ecclésiastique. Lorsque
Constantin meurt, en 337, Eusèbe écrit un éloge enthousiaste du
prince ami de Dieu qui vient d’inscrire dans l’histoire le triomphe
longuement préparé de l’Eglise. La ferveur apologétique d’Eusèbe
est claire dès ses premiers ouvrages. Vers le début de la persécution,
il réfute le Philalèthès, ouvrage du gouverneur Hiéroclès, qui
compare Jésus et Appolonios de Tyane. Mais c’est la lecture du traité
en quinze livres du néo-platonicien Porphyre, Contre les chrétiens
(271), qui semble avoir été l’élément déterminant quant à
l’orientation de son activité littéraire. Sa réfutation en
vingt-cinq livres est aujourd’hui perdue. Mais c’est l’ensemble de
son œuvre qui se veut une réfutation du philosophe. A travers
Porphyre, c’est toute la civilisation antique qui rejette le
christianisme comme constituant un refus irrationnel des valeurs de
l’hellénisme. Eusèbe s’emploie à montrer que le triomphe de
l’Eglise est le phénomène historique décisif préparé depuis des
siècles.
Référence : Histoire Ecclésiastique. Traduction et annotation par Gustave Bardy (4 vol. « Sources Chrétiennes », Ed. Cerf, Paris 1986-55-93-87)