Les collections gnostiques

Les écrits gnostiques qu’on a retrouvés peuvent être classés d’après les quatre lieux (rangés selon l’ordre chronologique des découvertes) où sont conservés les manuscrits: Londres, Oxford, Berlin, Le Caire. Dans la liste ci-dessous, qui constitue un inventaire complet de ces derniers, la référence de chaque texte cité comprend d’abord l’initiale du lieu de conservation (L, O, B ou C), puis, éventuellement, le numéro d’ordre (en chiffres romains) du cahier (codex ) et le classement de l’écrit à l’intérieur du cahier. L’astérisque indique que le titre, absent ou perdu, de l’ouvrage a été inventé par les premiers éditeurs ou par l’auteur de cet inventaire.

L   (Londres, British Museum. Addit. 5114)

Pistis Sophia *. Ce titre a été donné à un parchemin de 178 feuillets (= 356 pages) qui fut acquis en 1750 environ par A. Askew auprès d’un libraire londonien et qui comprend quatre parties. La première partie (pp. 1-114a) renferme des dialogues entre Jésus, Marie-Madeleine et les disciples et porte sur l’interprétation des Psaumes de David  et des Odes de Salomon  en fonction de la chute et de la repentance de Sophia. Les dialogues se poursuivent dans la deuxième partie (pp. 115a-233a) à propos du sauvetage de Sophia et de ses conséquences pour l’âme individuelle. La troisième partie (pp. 235a-318a) comprend des dialogues didactiques sur la nature du péché et de la repentance à partir d’exégèses de logia  de Jésus. Dans la dernière partie (pp. 318b-354b), les dialogues ont un caractère eschatologique très prononcé: Jésus y révèle les secrets de l’univers astral, formule les noms ineffables du Père des lumières et des éons, met en place les rites incantatoires qui permettront aux disciples d’acquérir la gnose.

O   (Oxford, Bodl. Bruc. 96)

Découverte en Égypte au milieu du XVIIIe siècle par un voyageur écossais, James Bruce, la collection d’Oxford incomplète et en très mauvais état, renferme deux ouvrages :

I. Livre du grand traité initiatique.  Ce recueil contient des recettes et des mots de passe qui doivent aider l’élu à traverser les mondes planétaires et qui sont établis à partir d’exégèses de diagrammes, de noms magiques et de combinaisons de groupes vocaliques, censés transcrire la géométrie et la sonorité de l’espace divin.

II. Topographie céleste *. Cet ouvrage, dans lequel manquent le début et la fin, s’apparente aux apocalypses de l’école de Plotin, dont il est contemporain. Il donne une succession ininterrompue d’invocations liturgiques, à travers lesquelles sont exposées les hiérarchies («profondeurs») du premier principe, celui-ci étant décrit comme existant et inexistant, au-delà des essences et source des essences, à la fois négateur de toute catégorie de parenté, de pensée, de langage, de nombre et affirmé comme père, intellect, démiurge, premier et second, à la fois extérieur aux séries qui découlent de lui et intérieur à elles, parce que c’est lui qui les fonde, les meut et les pense et parce qu’elles sont «foi, espérance, amour et vérité» de lui-même.

B    (Berlin, P. Berol, 8502)

Le document de Berlin, acquis en 1896 par Carl Schmidt au Caire, est un papyrus contenant quatre ouvrages :

I. Évangile selon Marie.  Cet écrit consiste en une exégèse paraphrastique de quelques préceptes évangéliques (un fragment de l’original grec est contenu dans le P. Rylands 463).

II. Livre des secrets, de Jean.  Cet ouvrage donne un exposé complet de la doctrine gnostique: le monde d’en-haut (Père-Mère-Fils), le monde d’en-bas (démiurge, sphères et corps humain), la rétribution et le retour. Trois autres témoins en ont été retrouvés dans les papyrus du Caire: C III, 1 (qui est proche de ce texte de Berlin); C II, 1 et C IV, 1 (qui en sont des versions plus développées).  (en savoir plus)

III. Sagesse de Jésus.  Il s’agit ici d’une adaptation de la Lettre d’Eugnoste  (C III, 3 et V, 1) au genre littéraire des révélations en style direct. On trouve un fragment de l’original grec de ce texte dans le P. Oxy. 1081 et les papyrus du Caire (C III, 4) en contiennent un second témoin copte.

IV. Acte de Pierre.  Ce document rapporte un épisode légendaire de la prédication de Pierre: il raconte comment la fille de l’apôtre échappe par la paralysie à un prétendant et comment celui-ci se convertit et meurt.

C   (Le Caire, P. Cairo Mus. Copt.4851, 10544-55, 10589-90, 11597, 11640)

Retrouvée dans la région de Nag‘ Hammadi (Haute-Égypte) en décembre 1945, l’importante collection du Caire comprend treize cahiers.

Voir Collection du Caire