HERMAS (LE PASTEUR D’)

L’un des Pères apostoliques. Hermas n’est connu que par les détails autobiographiques que contient son œuvre: Le Pasteur; esclave de naissance, affranchi par la matrone qui l’avait acheté, il se serait adonné au commerce. Ayant perdu ses biens à la suite d’une dénonciation portée contre lui par ses propres fils, il aurait alors fait pénitence. Il se déclare contemporain de Clément de Rome (peut-être le pape Clément Ier, mort en 97 env.). Toutefois, le Canon de Muratori (VIIIe s.) qui donne la liste des écrits du Nouveau Testament reconnus comme canoniques par l’Église de Rome vers 180, affirme qu’Hermas était un frère du pape Pie Ier (mort en 155), ce que le contexte du Pasteur semble confirmer. La première partie de l’ouvrage est consacrée au récit de cinq «visions» qu’eut l’auteur (genre apocalyptique). Elles manifestent allégoriquement la gravité du péché et la miséricorde de Dieu, qui permet au pécheur repentant d’être pardonné une seconde fois — qui sera la dernière — des fautes commises après le baptême. À partir de la cinquième vision, un ange vêtu en berger — origine du titre de l’œuvre — explique les allégories. Le texte revêt alors un caractère plus éthique; il énonce douze préceptes moraux (objet de la IIe partie) et illustre au moyen de dix «similitudes» (paraboles) la béatitude promise aux vertueux (IIIe partie).

Irénée, Clément d’Alexandrie, Origène — qui a confondu l’auteur du Pasteur avec l’Hermas dont parle saint Paul (Rom., XVI, 14) — et Tertullien ont considéré le livre comme inspiré; mais le décret gélasien (fin du Ve s.) le classait parmi les apocryphes, et le Canon de Muratori ne le tenait pas pour canonique. Fort peu connue dans l’Église d’Occident, selon saint Jérôme, bien plus connue dans l’Église d’Orient, l’œuvre est contenue dans le Codex Sinaïticus. Divers manuscrits en grec, en latin et en éthiopien, et des fragments en copte et en persan en ont été découverts.

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PASTEUR D’HERMAS (LE) env. 96

Suivant le Canon de Muratori, Hermas est le frère de Pie Ier, évêque de Rome de 142 à 155 env.. Suivant l’œuvre elle-même, Hermas est un chrétien, esclave de naissance, vendu à Rome à une femme nommée Rodhé. Sans doute fut-il affranchi par elle. Daté de 96 par un indice du texte (une copie de l’écrit doit être adressée à Clément de Rome), Le Pasteur d’Hermas est tenu comme Ecriture par Irénée (CE. 4, 20, 2) et par Clément d’Alexandrie (Strom. 1, 29). Origène tient encore Le Pasteur pour inspiré, mais il n’ignore pas que certains estiment peu cette œuvre (ER. X, 31). Tertullien range d’abord Le Pasteur parmi les Ecritures (Orais. 16), mais, devenu montaniste, il repousse l’œuvre (Pudi. 10,11). Le Canon de Muratori en recommande la lecture, mais non pas la lecture publique. Eusèbe comme Origène attribuent l’œuvre à l’Hermas de l’Epître aux Romains. L’œuvre comprend cinq visions, douze préceptes et dix paraboles ou similitudes. La pensée dominante du Pasteur est de relever le chrétien tombé dans le péché. La tolérance du Pasteur s’oppose à l’encratisme dont l’esprit est très présent au IIe siècle. L’écrit parle du « Nom », du « Fils de Dieu », qui sont assimilés au « Saint-Esprit » ; il ne dit jamais « Jésus » ou « Christ ».

Référence : Hermas, le Pasteur, traduction et notes de R. Joly, in « Les Pères apostoliques » (« Foi vivante », Ed. Cerf, Paris 1991).